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Sénégal: Y'en a marre bouscule la donne dans le combat démocratique


Fadel Barro s'exprime lors d'un meeting de

Le mouvement Y'en a marre, créé il y a treize mois par des rappeurs pour exprimer "le ras-le-bol" au Sénégal, a bousculé partis et syndicats en devenant le fer de lance du combat pour pousser le président Abdoulaye Wade à renoncer à briguer un troisième mandat.

"Nous voulons faire une révolution démocratique au Sénégal, en changeant les choses par le vote", déclare Fadel Barro, journaliste et coordonnateur du mouvement créé par un groupe d'amis.

A l'approche de la présidentielle de dimanche, le mouvement qui possède une forte capacité de mobilisation a multiplié les initiatives contre la candidature de M. Wade, 85 ans, élu une première fois en 2000, réélu en 2007 pour cinq ans et qui se représente pour un nouveau mandat de sept ans.

"Wade doit déclarer qu'il n'est pas candidat pour sortir par la grande porte. La Constitution et son âge ne lui permettent pas de se présenter", selon le rappeur Cyrill Touré dit "Thiat", un de ses dirigeants.

La dernière chanson des rappeurs du mouvement est intitulée "Faux! Pas forcé", un jeu de mots pour appeler M. Wade à éviter de "forcer" pour être candidat, "un faux pas" qui ferait trébucher le Sénégal, selon ses auteurs.

Les violences préélectorales ont fait au moins six morts sepuis fin janvienr, des dizaines de blessés et d'arrestations.

Les prises de position de Y'en a marre valent à ses responsables "harcèlement, intimidation, tentatives de corruption de l'autorité qui veut casser le mouvement", note Fadel Barro.

Sept de ses membres, dont les rappeurs Simon et Kilifeu, devaient ainsi être jugés mercredi pour "participation à une manifestation interdite".

Ils avaient été arrêtés le 16 février à Dakar par la police qui avait alors empêché le mouvement d'organiser l'opération Fanaan (veillée en langue wolof), un sit-in permanent interdit contre la candidature de M. Wade, que le ministre de l'Intérieur Ousmane Ngom, a assimilé à "un délit de vagabondage".

"Pacifique et laïque"

Le 16 janvier 2011, quand le mouvement a été créé, "il y avait 20 heures de coupures d'électricité" par jour à Dakar, rappelle Fadel Barro. "Nous avons dit qu'il fallait faire quelque chose. Le mouvement a été porté par des rappeurs du groupe Keur Gui qui avaient un passé dans la contestation" des pouvoirs.

Y'en a marre, qui se veut "volontaire, pacifique, laïque et indépendant des partis", mobilise une large population, la jeunesse surtout qui se reconnaît dans ses appels à "changer le système et s'occuper des préoccupations des Sénégalais", selon M. Barro.

L'opposant Ibrahima Sène le voit comme "l'expression d'un ras-le-bol" d'une jenesse délaissée, sans travail, sans perspective d'avenir.

Depuis, Y en a marre s'est ancré dans le Mouvement du 23 juin, coalition de partis d'opposition et d'organisations de la société civile, qui tire son nom de cette journée de 2011 où les manifestations ont contraint M. Wade à retirer le texte qui devait permettre d'élire président et vice-président avec 25% des voix.

"Thiat" reproche au président sa "gestion gabegique", de s'être détourné des préoccupations des Sénégalais pour avoir, par exemple, "préféré changer les moteurs de son avion à la place de ceux du navire Le Joola", qui assurait la desserte Dakar-Ziguinchor et dont le naufrage en septembre 2002 a fait près de 1.900 morts.

"Le combat ne s'arrête pas en 2012", dit-il, car Y'en a marre veut sensibiliser pour voir éclore un "nouveau type de Sénégalais", qui refuse de monter "dans un bus surchargé, ne jette pas de déchets dans la rue, refuse de corrompre un policier, un Sénégalais conscient de ses droits et devoirs".

Selon Malick Ndiaye, sociologue à l'université de Dakar, "Y'en a marre est un interprète du mécontentement social au Sénégal" et mène son action "au nez et à la barbe des cadres traditionnels" de contestation que sont les partis et les syndicats.