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Tunisie - Pourquoi les journalistes d'Attounissia sont traités comme des criminels

Le directeur du journal tunisien Attounissia Nassreddine Ben Saida a entamé une grève de la faim depuis le 18 février. Il est en détention et en attente de son procès prévu le 23 février.

Son crime: avoir publié en couverture de son quotidien une photographie du footballeur allemand d’origine tunisienne Sami Khedira tenant dans ses bras sa compagne mannequin complètement dénudée. Une affaire qui en dit long sur la méfiance des autorités tunisiennes à l’égard des médias.

Depuis la Tunisie s’emballe. Quand les uns dénoncent l'atteinte à la liberté d’expression, d’autres fustigent de telles unes, qui contreviennent à la culture du pays et qui dépassent les lignes rouges. Désormais, Nasreddine Ben Saïda, le directeur du journal Attounissia doit rendre des comptes à la justice tunisienne. 

Le rédacteur en chef du journal tunisien Habib Guizani, arrêté puis relâché le lendemain, revient sur l'arrestation et sur toute l’affaire dans une interview pour le site Tekiano. Extraits.  

«Le scénario de notre arrestation a été bien orchestré. Quand je suis arrivé au siège du journal le matin du 15 février, on m'a informé qu'on avait de la visite. Deux personnes: un homme et une femme, qui se sont avérés être agent et officier de police judiciaire, attendaient le directeur du journal M. Nassreddine Ben Saida. A son arrivée, il les a reçus dans son bureau, et est venu m'informer qu'ils voulaient se réunir avec nous au sujet de la photo de la Une du journal», confie Habib Guizani.

Très vite, les deux hommes ainsi qu'n autre journaliste sont conduits au siège de la police judiciaire. Les agents réclament la saisie du numéro dans les kiosques.

«Nous avons alors téléphoné à l'un des responsables du journal pour l'inciter à bouger rapidement et en saisir le maximum(…) Ensuite on nous informe que nos portables sont confisqués jusqu'à nouvel ordre et que nous étions en état d'arrestation!(…) Après avoir rédigé un procès d'arrestation, on nous a conduits, tous les trois, au centre de détention de Bouchoucha, escortés par des agents de la police, les mains menottées, comme des criminels», ajoute le rédacteur en chef.

A leur sortie du centre de détention, les trois hommes comparaissent devant le procureur, après 9 heures d'attente dans une géôle. Pour le rédacteur en chef, cela ne fait aucun doute: l’affaire est politique.

«On veut mettre la main sur la presse et lui confisquer sa liberté», conclut Habib Guizani.

Lu sur Tekiano

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