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Patrick Kidega, ancien rebelle de la LRA témoigne sur son passé de milicien

Avachi sur une chaise près de la gendarmerie d'Obo, dans l'extrême sud-est de la Centrafrique, Patrick Kidega a le regard vide: ce solide gaillard confie à l'AFP avoir été kidnappé à 15 ans en Ouganda par des miliciens de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), une des guérillas les plus sanglantes du monde.

"Un soir, en Ouganda, je suis revenu à la maison après l'école et, juste en arrivant, les hommes de la LRA sont sortis de la brousse, ils ont pris tous les gens du village, mes parents étaient ligotés aussi. Ils ont emmené tout le monde en brousse, mais ils n'ont gardé que les enfants", raconte-il aujourd'hui, vêtu d'un maillot du FC Barcelone.

Au total, il aura passé 15 ans en brousse, à circuler à pied entre les frontières de la Centrafrique, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Soudan, dans les rangs de ce groupe armé créé en 1986 par Joseph Kony qui voulait renverser le président ougandais Yoweri Museveni et instaurer en Ouganda un régime basé sur les Dix commandements.

Selon l'ONU, la rébellion a fait plus de 100.000 morts et enlevé plus de 60.000 enfants en Ouganda, au Soudan du Sud, en RDC et en Centrafrique. 

Les enlèvements sont sa spécialité. Les adultes sont retenus quelques jours pour transporter les biens pillés, quand les enfants enlevés deviennent des combattants.

Aujourd'hui, Patrick qui a fait défection fin 2017 et s'est rendu, attend son jugement à Obo, dernière ville centrafricaine de l'est du pays.

Comme lui, de nombreux combattants ont fui la LRA, suite à la traque menée, entre 2011 et 2017, par 2.000 soldats ougandais appuyés par une centaine de conseillers militaires américains basés à Obo.

Résultat, la guérilla n'est plus que l'ombre d'elle même et ne compterait plus que 200 membres, selon l'ONU.

- 'Sylvie' -

Patrick décrit son quotidien en quelques phrases pour résumer ses années passées au sein du groupe sanguinaire.

"Ma mission était de protéger notre chef en brousse. Parfois, on sortait dans un village, on prenait des gens et des vivres et on les ramenait en brousse. On devait seulement prendre les petits enfants", explique-t-il.

Il prétend que son chef s'appelait Joseph Agwé, et affirme n'avoir rencontré Joseph Kony qu'une seule fois, mais il a donné des versions différentes à des enquêteurs de plusieurs organisations venus l'interroger.

Une chose est sûre: la raison de sa défection s'appelle Sylvie. 

"C'est à cause de cette femme que je suis sorti, et je lui ai sauvé la vie. Mais on nous a séparés", dit-il. Sylvie a été enlevée par la LRA à Nzako, dans l'est de la Centrafrique, en 2012 et Patrick l'a prise pour femme. "J'ai eu un enfant avec elle, je les ai sortis tous les deux" des mains de la guérilla, poursuit-il.

Chaque jour, Sylvie quitte l'ONG Invisible Children qui l'a prise en charge, avec son enfant, pour venir voir Patrick dans sa résidence surveillée.

"Aujourd'hui, je ne sais pas si je vais pouvoir rester avec eux", ajoute Patrick, en bougeant nerveusement sur sa chaise.

"La procédure s'oriente plutôt vers une extradition en Ouganda", explique Claude Gérard Pacifique Kouzou, procureur de la région du Haut-Mboumou (sud-est). "Cela encouragerait les Ougandais de la LRA à faire défection", ajoute-t-il.

LRA

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