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Dar Es Salam, Tanzanie. © Arnaud Bébien, tous droits réservés
Dar Es Salam, Tanzanie. © Arnaud Bébien, tous droits réservés

Les Indiens investissent la Tanzanie

Arrivés il y a plus d’un siècle, les Indiens jouent aujourd’hui un rôle économique majeur dans les grandes villes d’Afrique de l’Est, notamment en Tanzanie.

Un samedi matin ordinaire à Dar Es Salam, la capitale économique tanzanienne sur les bords de l’océan Indien. Azam, le géant national de l’industrie agro-alimentaire, sert sa traditionnelle soupe des pauvres aux plus déshérités.

Le patron d’Azam, un Tanzanien d’origine indienne, est là comme toujours, glissant un mot sympathique aux bénéficiaires. Car s’il a réussi, il n’oublie pas de partager. Cette image est sans doute celle qui incarne le mieux ce que sont aujourd’hui en Tanzanie les descendants des Indiens arrivés en 1900 pour travailler dans l’administration coloniale britannique: les piliers de la vie économique dans les grandes villes.

A Mwanza, seconde ville de Tanzanie sur les bords du lac Victoria, nous retrouvons le prêtre indien John Biju. Père blanc, du nom de la congrégation française, il officie depuis une dizaine d’années en Afrique de l’Est. Il porte un regard pertinent sur la forte communauté indienne en Tanzanie.

«En Tanzanie, ils sont intégrés, et on peut voir la nouvelle génération se mêler aux Africains. Ils sont Tanzaniens, tout le monde le pense. Ils s’investissent de plus en plus en politique afin d’apporter leur connaissance et leur réseau au développement du pays. Le gouvernement s’appuie d’ailleurs sur eux.»

Le nombre de Tanzaniens d’origine indienne est estimé à 100.000 au Kenya et 90.000 en Tanzanie. Leur présence est aussi loin d’être négligeable en Ouganda, en Zambie, au Mozambique et au Zimbabwe.

Malgré un siècle de présence, les familles indiennes de Tanzanie n’ont rien perdu de leur culture. Dans le quartier indien de Dar Es Salam, les conversations se font en hindi, en plus du kiswahili, la langue nationale. On ne compte plus les temples de toute obédience, les restaurants, les épiceries, les magasins d’habillement, les salons de coiffure, les écoles, les librairies ou vidéothèques proposant des DVD made in Bollywood.

S’appuyant sur cette diaspora, le gouvernement tanzanien fait les yeux doux aux investisseurs indiens. Et la stratégie porte ses fruits, comme le prouve cette annonce du mois de janvier dernier: en 2011, l’Inde va investir la bagatelle de 250 millions de dollars (presque 180 millions d’euros) dans une dizaine de projets en Tanzanie.

Le plus gros investissement concerne une nouvelle usine sidérurgique, pour 220 millions de dollars (158 millions d’euros). On attend 5.000 embauches, contre 400 dans l’usine actuelle.

Le deuxième plus important investissement verra le constructeur Bajaj lancer des lignes d’assemblage auto et moto pour 20 millions de dollars (14,3 millions d’euros), avec la création de 500 emplois à la clé.

L’agriculture n’est pas en reste, puisqu’une usine de semences est également prévue, pour un montant de 3 millions de dollars (2,15 millions d’euros). Là aussi, près de 500 Tanzaniens devraient être embauchés.

Quant au magnat indien des affaires Mukesh Ambani, encouragé par le ministre du Tourisme et le président de l’archipel semi-autonome de Zanzibar, il vise le tourisme des grands parcs animaliers et des îles tanzaniennes de l’océan Indien, avec la construction de plusieurs hôtels de luxe.

Tous ces investissements n’auraient pas été possibles sans les Indiens de Tanzanie, qui assurent l’entremise avec le gouvernement et les investisseurs. Même chose pour les bourses d’études, qui permettent chaque année à des dizaines de Tanzaniens de se former en médecine et ingénierie en Inde.

A Arusha, «capitale» du safari où l’on ne compte plus les agences, les plus importantes d’entre elles existent depuis une quarantaine d’années et sont tenues par des Indiens. Dans ces agences, les effectifs sont pléthoriques. Les Tanzaniens qui y travaillent apprécient le professionnalisme des Indo-Tanzaniens. Tel Moses, chauffeur-guide:

«Je travaille pour une compagnie indienne. C’est la plus grosse d’Afrique de l’Est pour le safari. Nous avons plusieurs milliers de clients par an. C’est vrai que nous sommes un peu moins bien payés qu’ailleurs, mais nous avons tous les mois du travail, peu importe la saison. Ce n’est pas le cas chez les autres compagnies, dépendantes des hautes et basses saisons. Nos patrons sont aussi loyaux, tous les chauffeurs sont là depuis de nombreuses années.»  

Outre le tourisme, les Indiens sont à la pointe dans l’informatique et l’électroménager: grâce à leurs réseaux, ils proposent dans leurs magasins les produits dernier cri en provenance de Dubaï, d’Inde ou de Chine. Demandez donc à n’importe quel expatrié si l’assurance de trouver tel ou tel produit ne rend pas la vie plus facile.

Depuis l’indépendance du Tanganyika en 1961 —qui formera la Tanzanie avec Zanzibar à partir de 1964—, le gouvernement a toujours travaillé main dans la main avec les Indiens. Ce qui explique aussi pourquoi ils s’y sentent bien.

«En Tanzanie, on est très accueillants, on ne fait pas de différence. Tout le monde est le bienvenu», conclut un Tanzanien, fier de son pays.

Arnaud Bébien

Arnaud Bébien

Journaliste français installé en Tanzanie, spécialiste de l'Afrique de l'Est.

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