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A Dakar, un manifestant lance une pierre en direction de la police, le 18 février. REUTERS/Stringer.
A Dakar, un manifestant lance une pierre en direction de la police, le 18 février. REUTERS/Stringer.

Sénégal: Attention au chaos!

A quelques jours du scrutin présidentiel, la tension monte. Les manifestations s'enchainent et les violences entre opposants et policiers se durcissent.

Ce week-end du 17 février a été encore marqué par de violents affrontements entre policiers et jeunes manifestants opposés à la candidature de Wade à l’élection présidentielle. Les rues de Dakar et de certaines localités du pays sont devenues le théâtre de courses-poursuites, tirs de gaz lacrymogènes avec leur lot de blessés et de personnes interpellées.

A une semaine du jour de vote, la tension est toujours vive au pays de la Téranga, une situation surréaliste dans un pays qui a toujours été au-dessus de la mêlée par son expérience démocratique exceptionnelle où la dévolution du pouvoir s’est toujours opérée de façon démocratique et sans violence. Tout le contraire de ce que les hommes politiques et les Sénégalais offrent comme spectacle au monde aujourd’hui.

La violence est devenue un moyen d’expression politique parce qu’apparemment, les moyens d’expression démocratique sont pris en otage. L’administration sénégalaise, disons le parti au pouvoir, a décidé d’interdire toutes les marches et les manifestations organisées par les mouvements tels le Mouvement du 23 juin (M 23) et «Y en a marre» pendant la campagne électorale. L’idée qui se cache derrière cette interdiction systématique est de permettre aux candidats de battre campagne sereinement.

Etouffer l'opposition

C’est un argument sécuritaire qui cache malheureusement, un intérêt politique et stratégique: priver l’opposition de cette arme redoutable qu’est la rue. Celle-ci a déjà voté, déjà choisi son camp et la laisser s’exprimer même pacifiquement ferait tache d’huile dans tout le pays et pourrait influencer les électeurs restés indécis jusque-là. Le pouvoir a donc décidé de bander les muscles en réprimant systématiquement les tentatives de regroupements des opposants à la candidature de Me Abdoulaye Wade.

Le revers de la médaille est la multiplication des accrochages aussi bien à Dakar que dans certaines localités du pays, éclipsant du coup la campagne électorale et les programmes des candidats. La violence a été au début et sera probablement à la fin du scrutin. Les esprits s’y sont préparés malheureusement et cela fait craindre le pire pour ce pays. Entre les proches de Wade qui annoncent leur victoire au premier tour et défient leurs contempteurs dans les urnes, et les anti-Wade qui, quelle que soit l’issue du scrutin, refuseront de le reconnaître comme président, le Sénégal est écartelé et risque de tomber dans un cercle vicieux.

Les médias font désormais état de nervis à la solde du camp de Wade, qui agresseraient les manifestants. Les violences risquent de prendre le scrutin en otage et pour ne rien arranger, Wade, en plein meeting dans le Nord du pays, a demandé à ses jeunes supporters de surveiller les bureaux de vote et mettre la main sur ses adversaires qui voudraient subtiliser ses bulletins de vote.

La Communauté économique des états de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et l’Union Africaine (UA) ont senti le danger en décidant de dépêcher à Dakar un médiateur. Une offre de service immédiatement rejetée par le pouvoir sénégalais qui ne veut croire qu’en la vérité des urnes, comme s’il voulait préserver encore quelque vertu démocratique. Wade veut certainement donner l’impression qu’il maîtrise la situation. Etre réélu le soir du 26 février est son objectif majeur. Mais pour ses principaux adversaires, le scénario ne s’arrête pas là. Et c’est cela tout le drame qui se noue au Sénégal.

Abdoulaye Tao (Le Pays)

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Abdoulaye Tao

Abdoulaye Tao. Journaliste du quotidien burkinabè Le Pays.

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