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Manifestation contre la violence de la guerre à Tripoli le 26 novembre 2011. Reuters/Mohammed Salem
Manifestation contre la violence de la guerre à Tripoli le 26 novembre 2011. Reuters/Mohammed Salem

Un an après, les Libyens n'ont pas le cœur à la fête

Nombre de médias africains sont convaincus que la mort de Kadhafi n’a pas mis fin au «bourbier libyen».

Il y a un an jour pour jour, les rebelles de Benghazi se lançaient dans un long et éprouvant bras de fer avec le régime de Mouammar Kadhafi. C'est dans cette ville que tout a commencé. Un an plus tard, ses habitants fêtent la victoire en arborant le drapeau libyen. Scènes de liesse dans la capitale de la rébellion libyenne où l'ambiance est à la fête, peut-on lire sur le site d'RFI.

«Mais les Libyens ont-ils le cœur à la fête?», s’interroge le quotidien burkinabé l’Observateur avant de répondre: «Assurément non, tant les lendemains restent incertains, les zones à pacifier étant nombreuses»

Quatre mois après la capture et la mort du guide Mouammar Kadhafi, la Libye se trouve encore enlisées dans les méandres de la transition politique. Fort de leurs armes, les milices et les tribus font la loi dans le pays et ralentissent le processus de normalisation et de désarmement, dont Moustapha Abdeljalil se fait le porte-parole.

Ce retour à la normal, nombre de journaux africains ne l’attendent pas de sitôt, convaincus que la mort de Kadhafi n’a pas mis fin au «bourbier libyen». L’ombre du roi des rois africains plane toujours sur le désert, au grand dam des autorités libyennes.

«Les ex-rebelles du CNT sont maintenant califes à la place du Guide, formule ainsi Fazoline, au Burkina-Faso. Leurs alliés occidentaux peuvent se frotter les mains, fiers d’avoir eu la peau de Kadhafi. Mais la Libye est loin d’avoir retrouvé la paix.»

«Encore loin de l'eldorado»

Et le quotidien burkinabé de faire un parallèle entre la situation d’après-guerre en Libye et le bourbier afghan et irakien.  Dans les trois cas, les occidentaux ont eu un rôle crucial, quasi déterminant. Et pour quel résultat? Pour le site d’information GuinéeConakry, «on est encore loin de l’eldorado». La joie suscitée par la mort de Mouammar Kadhafi est vite retombée et laisse place dorénavant aux doutes et aux rancœurs à l’égard de «milices parfois aussi criminelles que l’ex-maître de la Libye».

«A un système dictatorial est en train de succéder un autre système dictatorial, avec en prime, une inquiétante dose d’islamisme zélé», renchérit le site guinéen.

Cette inquiétude, de nombreuses organisations internationales la partagent, notamment Amnesty international qui a récemment dénoncé les actes de tortures infligés aux ex-combattants de Mouammar Kadhafi dans les prisons libyennes.

«Il y a un an les Libyens ont risqué leur vie pour réclamer justice. Aujourd'hui, leurs espoirs sont mis en péril par des milices armées sans foi ni loi qui foulent aux pieds les droits de l'homme en toute impunité», a affirmé Donatella Rovera d'Amnesty International.

«Comme par le passé, on torture, en emprisonne et on tue dans une révoltante impunité. Seule l’identité des victimes a changé, ajoute le site Guinée Conakry.

Pour une partie de la presse africaine de ce vendredi 17 février, Kadhafi l’africain n’était pas plus mauvais que ses successeurs. 

Passez le Sahara et le ton diffère quelques peu. Le site Au Fait Maroc préfère s’attacher aux traits de la Libye post-Kadhafi, sans tomber dans l’éloge d’un règne de plus de quatre décennies. Si l’on en croit une enquête faite auprès de la population libyenne, 25% d’entre-elle souhaite un homme fort à la tête d'un pays, encore marquée par une organisation tribale anarchique. Et si il y a avait un modèle à retenir pour les Libyens interrogés, ce serait celui des Emirats arabes unies.

A bien des égards, les incertitudes marquent toutefois ce premier anniversaire de la rébellion contre le clan Kadhafi. Malgré les ultimatums du gouvernement, les milices refusent de rendre les armes et de quitter Tripoli. Un an après le début de l’insurrection, la balle est toujours dans le camp des ex-rebelles.

Nadéra Bouazza

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Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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