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Sarkozix, Ali Bongo et Wade au pays de la Françafrique

Accusé de racisme Tintin a été acquitté en Belgique. Qui sera le prochain sur la sellette? Et si l’on voyait l’actu en “comics”? Texte et dessin de Damien Glez.

Tintin, héros belge devenu star internationale depuis le film de Steven Spielberg, ne verra pas ses aventures congolaises passées à la moulinette. Ce n’est pas faute de harcèlement judiciaire. Dès 2007, Bienvenu Mbutu Mondondo, ressortissant de la République démocratique du Congo vivant au pays du reporter à la houppe, réclamait l’interdiction de l’album “Tintin au Congo”, dénonçant «une BD raciste, faisant l’apologie de la colonisation et de la supériorité de la race blanche sur la race noire». Il se serait contenté de l’imposition, sur les albums, d’un bandeau d’avertissement ou d’une préface expliquant le contexte de l’époque à laquelle le dessinateur Hergé avait écrit son scénario.

Hergé victime de la propagande colonialiste

Mais le tribunal de première instance de Bruxelles vient de débouter le plaignant, le 10 février dernier. Pas question de censurer la réédition de 1946 de cette bande dessinée –version colorisée et allégée de celle de 1920. Selon la cour, Hergé ne pourrait être accusé d’intentions discriminatoires, ni d’incitation à la haine raciale. Agé de 23 ans au moment où il écrivait cette histoire, et n’ayant jamais mis les pieds en Afrique, il aurait été lui-même une victime de la propagande colonialiste. Tintin ne serait que le reflet fidèle de l’aveuglement “civilisateur” des colons. Le représentant de l’éditeur Casterman y décèle moins du «racisme» que du «paternalisme gentil».

Les bulles des personnages africains de “Tintin au Congo” continueront de charrier, en toute impunité, des phrases de “petit nègre” comme «Li missié blanc très malin», pendant que le chien Milou continuera d’houspiller les “indigènes” en déclarant «Allons, tas de paresseux, à l’ouvrage!». La conservation de cette version rénovée serait donc garante d’un témoignage d’époque authentique, de la trace d’une certaine vérité historique. Quoiqu’un chien qui parle, ce soit assez peu conforme à la vérité…

Faut-il se réjouir? La jurisprudence n’aurait-elle pas suscité des plaintes à l’infini? Aurait-il fallu gommer le gaulois Obélix de la bande dessinée française, sous prétexte qu’il représente une caricature indécente des personnes en surpoids? Aurait-il fallu censurer Iznogoud au motif qu’il alimenterait un racisme anti-persans-que-d’ailleurs-on-croit-toujours-que-ce-sont-des-arabes? Aurait-il fallu interdire les Schtroumpfs bleus ou les Simpson jaunes qui tourneraient en dérision les couleurs de peau minoritaires?

Tintin s’est mis à parler le wolof

Comme pour se faire pardonner d’avoir évoqué une langue française torturée en Afrique centrale, il y a un siècle, Tintin s’est mis à parler le wolof dans «Kumpag Wangalang Wi», récente version du «Secret de la Licorne» dédiée au Sénégal…

Ainsi soit-il. La petite histoire de la BD continuera de témoigner de l’Histoire avec un grand “H”. Encourageons alors le neuvième art à témoigner déjà de l’époque actuelle. Gaffeuses, exubérantes et caricaturales, les personnalités politiques n’ont-elles pas déjà l’air de personnages de BD? Fermons les yeux et osons quelques rapprochements…

À bien regarder le crâne et la démarche d’Abdoulaye Wade, le “Gorgui” a tout de Goorgoorlou, ce débrouillard sénégalais imaginé par l’artiste TT Fons. L’actuel président du Sénégal “débrouille” comme il peut pour garder sa place. Il se veut l’authentique représentant du peuple de la Teranga, sourd aux critiques venues de l’étranger, notamment de la Gaule. La Françafrique serait ce bastion qui résiste encore et toujours à la normalisation géopolitique qu’impose la mondialisation. On y aperçoit Astérix-Sarkozix, le petit Gaulois teigneux, Obélix-Ali-Bongo, tombé dans la marmite françafricaine quand il était petit, Assurancetourix-Ndour, barde idolâtré en Gaule ou Panoramix-Jammeh, le voisin agaçant qui prétend être un druide guérisseur… 

Côté western, si Robert Mugabe (le président du Zimbabwe) –champion en onomatopées dégainées plus vite que son ombre– peut revendiquer le rôle de poor lonesome cowboy, le casting des quatre frères Dalton est évident. Quatre chapeaux de cowboys sont déjà vissés sur des crânes politiques: ceux de Goodluck Jonathan (président du Nigeria), Yoweri Museveni (président de l'Ouganda), Salva Kiir et Jean-Pierre Bemba. Il ne reste plus qu’à les classer par la taille. La vie publique africaine comptant peu de femmes, Ellen Johnson Sirleaf devrait alternativement jouer le rôle de Ma Dalton et de Calamity Jane. Maternel prix Nobel de la Paix et virile dame de fer. Ayant côtoyé des pistoleros, elle devrait parfaitement incarner les deux personnages.

Comme la Belgique a ses Schtroumpfs, l’Afrique a ses hommes “bleus”, les Touaregs, même si leur actualité malienne porte peu à sourire. Le professeur Marzouki a la dégaine ahurie du professeur Tournesol. Denis Sassou Nguesso a la fine moustache et les costumes rayés du dragueur ivoirien Jo’ Bleck.

Au-delà du mimétisme physique, les personnalités ont souvent vocation à devenir des personnages. Même si la houppette est plus longue et que les pantalons ne sont pas de golf, y a du Tintin dans le globe-trotter Bernard-Henri Levy. L’un a un toupet et l’autre du toupet. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara espère être un incontesté “ADO de Yopougon” et faire oublier l’escroc Cauphy “Koudou” Gombo.

Du haut de sa Commission assiégée, au milieu de sa paperasse, Jean Ping, lui, a des allures de Gaston Lagaffe. Il lui reste quelques mois pour puiser dans ses origines asiatiques pour se transformer en un imbattable Sangoku

Damien Glez

Damien Glez est un dessinateur burkinabé. Il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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