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Sénégal - Youssou Ndour attend de la France qu'elle dénonce Wade

A dix jours du premier tour de l’élection présidentielle au Sénégal du 26 février, Youssou Ndour, s’est confié au quotidien gratuit français Direct Matin.

Dans cette interview, la star sénégalaise et puissant homme d'affaires devenu leader d’opposition au président sortant Abdoulaye Wade rappelle les origines de son engagement politique et le combat qu’il entend mener jusqu’au bout.

Mondialement connu grâce à sa musique, le chanteur de 52 ans souhaitait mettre sa notoriété au service de son pays.

«J’ai vu que la démocratie dans mon pays était torpillée. Il y a un an, et demi j’ai donc monté le mouvement citoyen «Fekke ma ci bollé» («Je suis là, donc, j’en fais partie», en wolof) afin de contribuer à l’émergence d’un nouveau citoyen sénégalais, mieux informé. Des milliers de personnes ont compris mon message, et ont demandé à ce que je joue un rôle», confie-t-il au quotidien.

Pour lui, sa candidature a été écartée dans le seul but de se débarrasser d’un concurrent trop dangereux.

«Le pouvoir a peur de moi. Il s’agit d’une décision politique. L’argument selon lequel j’avais un nombre insuffisant de signatures est ridicule. Je pense qu’ils ont été surpris par ma candidature. Au Sénégal, il n’existe pas d’institut de sondage, mais les renseignements généraux font des études. Et apparemment, nous étions très bien placés pour les élections, voire majoritaires.»

C’est à travers le Mouvement du 23 juin que Youssou Ndour entend peser sur le jeu politique. Ce mouvement citoyen est né des émeutes à Dakar contre le projet de loi du président Abdoulaye Wade, visant à modifier la Constitution pour faire un 3ème mandat.

«Nous sommes beaucoup de leaders à y être représentés, quasiment toute l’opposition. Nous menons la bataille de manière pacifique, et manifestons même si cela nous est interdit. Le président Wade n’a pas le droit de se représenter. Et je sais que je représente une grande partie de l’opinion. Mon mouvement s’organise donc pour les «vraies» élections. Celles du 26 février n’auront aucune valeur. Les «vraies» auront lieu peut-être dans quelques mois, ou dans un an.»

Pour Youssou N’Dour, des réactions violentes sont à prévoir si Wade est élu, et c’est à la communauté internationale d’agir.

«Je ne suis pas pour l’ingérence, mais la Constitution est bafouée. J’ai entendu les déclarations du Quai d’Orsay, mais cela ne suffit pas. Il est du devoir de la France de nommer clairement le responsable de cette situation: le président Wade.»

Pour lui, Wade est prisonnier de son entourage qui veut qu’il conserve le pouvoir à tout prix.

«J’ai pitié de lui: c’est un vieil homme, le plus vieux président au monde (85 ans, ndlr). Sans Wade, je suis persuadé que le Sénégal pourra retrouver la place qui lui revient dans le concert des nations.»

Lu sur Direct Matin

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