SlateAfrique

mis à jour le

Les graffeurs tunisiens s'invitent dans les villas Trabelsi

L'entourage de Ben Ali avait-il songé qu’un jour, leurs belles demeures deviendraient des lieux d’expression artistique en Tunisie? Depuis le départ du président déchu, chassé par la révolution qui a secoué le pays entre décembre 2010 et janvier 2011, ses nombreuses résidences ainsi que celles de ses proches sont envahies par des artistes, principalement des graffeurs.

L’équipe d'Ir7al (pour «irhal», «dégage» en arabe), un site d’information créé par trois étudiants en journalisme pour relayer le mouvement de contestation en Tunisie, a suivi huit jeunes tagueurs. Ces artistes, rejoints par un graffeur parisien et une créatrice de mode ont pris pour cible une résidence de Behlassen Trabelsi, un des frères de Leïla, l'épouse de Ben Ali. La maison est située à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Tunis, la capitale, entre La Marsa et Gammarth.

Le groupe de tagueurs conduit par les Tunisiens Hafedh, alias «Sk-one» et Moeen, alias «Meen-one», ont donc choisi ces belles demeures abandonnées par leurs propriétaires depuis la révolution tunisienne pour en faire leur atelier, le temps d’un après-midi.

Ir7al propose une série de clichés où les internautes peuvent voir les artistes en action. Sur les murs de la bâtisse de Behlassen Trabelsi, par exemple, on peut lire des graffitis aux accents provocateurs et même révolutionnaires:

«Je taggue dans le salon ou tu matais la télé, Belh…», «Le crabe chez les Trab!!!» ou encore «Censurez la censure», inscrit sur un mur placardé de coupures de journaux satiriques.

Les deux jeunes tagueurs Hafedh et Moeen font partie des artistes à qui la révolution a donné des ailes, fait savoir le magazine Fatcap. Aujourd’hui, ils veulent faire connaître l’art du graffiti, encore bien jeune en Tunisie.

«J’ai fait un mur à l’Université de Carthage, une semaine seulement après le départ de Ben Ali. A l’invitation des responsables de l’établissement», raconte Hafedh.

Agé de 26 ans, il vient de la banlieue sud de Tunis et graffe depuis une dizaine d’années:

«J’ai commencé en regardant des vidéos de graffiti que je me repassais des dizaines de fois. J’avais une toile de deux mètres sur deux chez moi et je m’entraînais dessus, jusqu’à ce que j’arrive à reproduire ce que j’avais vu», confie-t-il.

C’est lors d’une exposition qu’il rencontre son compère Moeen. Originaire de Bizerte, ce dernier, étudiant à l’école des Beaux-Arts de Tunis, revient sur les difficultés matérielles d’exercer leur art pour les graffeurs tunisiens, malgré la liberté récemment conquise:

«Il n’existe aucun graff-store en Tunisie. Pour les bombes, on se débrouille pour en trouver; mais elles ne sont généralement pas de bonnes qualité. En plus elles coûtent 20 dinars pièce [10 euros, ndlr]. Et pour les caps [les embouts], impossible d’en trouver ici. Il faut les importer. Beaucoup se sont découragés à cause de tout ça.»

Lu sur Ir7al, FatCap