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Des policiers anti-émeute garde un poste de campagne de Wade. REUTERS/Stringer.
Des policiers anti-émeute garde un poste de campagne de Wade. REUTERS/Stringer.

Tribune: comment faire tomber le régime de Wade

Le président Abdoulaye Wade brigue un troisième mandat présidentiel. Les Sénégalais se doivent de réagir et devraient s'inspirer du printemps arabe.

Le 26 février prochain, c’est la date à laquelle se tiendra l’élection présidentielle sénégalaise. Ce jour est attendu avec beaucoup d’impatience mais aussi d’appréhension  par tout un peuple, car jamais scrutin n’aura suscité autant de passions dans le pays depuis cinquante ans.

Wade, encore une fois

Déjà, cinq pertes en vies humaines ont été enregistrées à Dakar et à Podor depuis la validation de la candidature du président sortant par la justice constitutionnelle. L’une des explications à cette tension pré-électorale est sans doute liée à la question de la participation de Wade dans la course présidentielle.

En effet, la présence de Gorgui à cette élection est très fortement critiquée par l’opposition et par une bonne frange de la société civile. À l’étranger, des voix se sont aussi élevées pour la dénoncer. Mais, curieusement, ici le combat contre un troisième mandat de Wade semble n’être porté que par les seuls partis politiques et mouvements citoyens. 

Après douze années pleines et entières  passées à la tête de l’Etat du Sénégal, le maitre du «Sopi» ne veut assurément  pas passer la main. A près de 90 ans, il envisage de briguer un énième mandat. Cette obstination à vouloir rester au pouvoir est pathétique et semble montrer à la face du monde un homme qui a perdu, à la fois, intelligence et flair politiques. Car, comment comprendre qu’il veuille encore s’accrocher au pouvoir à un âge aussi avancé? Une seule raison peut-être. D’après Jacques Baguenard, expert international et professeur de Science Politique: 

«Les hommes politiques monopolisent le jeu politique en nous prenant en otages pour régler leurs déséquilibres tout en faisant croire qu’ils gèrent nos destins» (Les Drogués du Pouvoir, Economica, Septembre 2006). 

Wade fait certainement partie de ceux-là. En tout cas, au vu des actes qu’il pose, il est dans cette logique. Le vieil homme nargue le peuple. Car, soutient-il, il lui faut encore un nouveau mandat afin de pouvoir terminer ses nombreux chantiers en cours de réalisation.

Accro au pouvoir

La vérité est qu’il use de cet alibi pour soit demeurer éternellement au pouvoir soit pour le transmettre, à mi-mandat, à quelqu’un de son entourage qu’il aura préparé. D’aucuns le soupçonnent tout simplement  de vouloir mettre son fils aux affaires.

Quoi qu’il en soit, le projet dynastique (s’il en est un) que Me Wade porte pourrait être une  dangereuse menace pour le pays, sa stabilité et son avenir politique. D’où l’attention avec laquelle elle doit être considérée. Paradoxalement, le peuple subit les événements sans réagir. Cela n’a rien d’étonnant.

Les Sénégalais sont connus pour être  plus des  tribuns qu’autre chose. En effet,  depuis 2000, le père de Karim ne cesse de tripatouiller la Constitution qu’il tient comme un  banal cahier de brouillon. Et, personne ne semble s’en offusquer! De sa bouche, il dit des choses graves qui pourraient déclencher une guerre civile, opposer les confréries religieuses, déchirer le tissu social. Personne ne dit rien. 

Par ces actes anti-démocratiques, il ridiculise et infantilise  les institutions de la République. Passifs, les Sénégalais ferment les yeux. Aujourd’hui, il force sa candidature à un troisième mandat. Là-encore, motus et bouche cousue. Mais, enfin,  quand est-ce que les Sénégalais vont-ils  s’indigner face aux dérives de cet homme qui a tourné le dos à son peuple?

Il est temps de réagir

Sous d’autres cieux, des milliers d’hommes et de femmes se seraient levés pacifiquement, chaque jour, pour s’opposer aux dérives monarchiques et autoritaires d’un pouvoir incarné par un homme qui ne voit que lui-même, sa proche famille et ses courtisans. La preuve en a été donnée en Tunisie et en Egypte où la détermination des peuples a eu raison des dictateurs longtemps habillés en démocrates.

Ce ne sera certainement jamais le cas ici car l’indignation n’est pas nôtre. C’est regrettable. Ici, tout passe comme lettre à la poste! Si dans certains pays africains il y a des guides religieux (évêques, cardinaux  ou imams), des intellectuels ou autres personnes publiques  qui dénoncent, au risque de se faire tuer ou d’aller en prison, les abus de leurs gouvernants, ce n’est pas le cas au Sénégal. 

Nos leaders d’opinion, pour la plupart, ne courent que derrière des prébendes et des honneurs que leur donne la proximité d’avec le pouvoir. Tous ou presque ont toujours soutenu les tenants du pouvoir. Beaucoup ont été tour à tour senghoristes, dioufistes puis wadistes. Certainement, après le 26 février,  ils seront tanoristes, mackystes, seckistes ou autres  si le pouvoir change de main. Ceux-là ne feront  jamais  du Sénégal une République moderne, démocratique et prospère. Ignorons-les alors!

La lutte pour la démocratie et la  sauvegarde des institutions doit être l’affaire de tous. Le peuple sénégalais doit lutter de toutes ses forces  pour défendre ses droits. Au cas échéant, il sera soumis comme il l’a été depuis 2000. Si Wade passe, il aura raison sur tous. Les mauvaises langues ne diront-elles pas de nous sénégalais que nous avons le chef que nous méritons?

Amadou Sarr

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Amadou Sarr

Angliciste et chercheur en relations internationales.

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