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Les Chipolopolo soulèvent leur trophée, 12 février 2012, Libreville, Gabon. REUTERS/Thomas Mukoya
Les Chipolopolo soulèvent leur trophée, 12 février 2012, Libreville, Gabon. REUTERS/Thomas Mukoya

Pourquoi les deux équipes méritaient de gagner

Pourquoi la finale de la CAN a fait vibrer l’Afrique.

A ceux qui affirment que la CAN est un «tournoi de nains», la finale du 12 février a apporté un bien beau démenti. Jusqu’à la dernière seconde de cette finale entre la Zambie et la Côte, les spectateurs auront vibré. Jusqu’à la dernière seconde, la coupe a hésité. Devait-elle se donner aux Eléphants de Drogba ou aux Chipolopolo de Renard?

Certes, à la fin du temps réglementaire le score était encore vierge. Mais à aucun moment, le supporter n’a été endormi par la torpeur tropicale. Le jeu était vif, rapide. Les deux équipes sont très techniques. Certes, quelques maladresses ont été commises. Le terrain est si gras que le ballon échappait parfois aux joueurs, mais le match est resté indécis jusqu’au bout.

Aucun exploit n’a été réalisé par les attaquants, mais c’est surtout la dimension psychologique de cette finale qui s’est révélée passionnante.

Le Petit Poucet face aux Elephants

Les Ivoiriens n’étaient pas à leur meilleur niveau. Les Eléphants étaient parfois patauds. Ils jouaient visiblement avec la peur au ventre, celle de passer une fois encore à côté du destin que le monde du football leur promet depuis si longtemps. Depuis le début de cette CAN, ils portent l’étiquette de favori. Ils ne l’ont jamais refusé d’ailleurs.

De Didier Drogba à Gervinho en passant par Yaya Touré, leurs joueurs se sont imposés dans les meilleurs clubs européens. Face à eux, une sélection zambienne que personne n’attendait à pareille fête. Petits poucets de la compétition, ils ont croqué deux ogres de la CAN: la Sénégal et le Ghana.

La Côte d’Ivoire avait tout à perdre. Et la Zambie tout à gagner. Et ça se voyait sur le terrain. Les Zambiens multipliaient les exploits techniques, jouant sans pression comme pour un match de gala.

Comme dans toutes les dramaturgies réussies survient un coup de théâtre. Le pénalty de la 66 minute. Gervinho a été fauché dans la surface de réparation. Didier Drogba se charge de le tirer. Spécialiste des pénalties, combien en-a-t-il marqué sans trembler sous le maillot de l’OM ou sous celui de Chelsea? Et Didier rate l’immanquable. Son ballon s’envole dans les airs.

Après plus rien, ne sera comme avant. Didier ne sera plus que l’ombre de lui-même jusqu’à la fin de la partie. Celui qui a tant de fois sauvé les Eléphants a succombé à la trop forte pression.

Le Renard des surfaces

A ce moment, l’autre homme fort du match entre en scène. Hervé Renard, l’entraîneur français de la Zambie qui hurle comme un possédé. Il enguirlande l’arbitre. Il l’accuse de ne pas siffler les fautes des Ivoiriens. D’avoir peur d’eux. Didier Drogba intervient. D’un geste, il lui fait signe de «la fermer». Mais il en faut plus pour faire taire le Renard survolté qui était en train de prendre l’ascendant sur ses adversaires.

Le temps joue en faveur de son équipe: des joueurs plus jeunes, plus frais physiquement. Les deux équipes se dirigent vers la séance de tirs au but. La Zambie possède un ascendant psychologique. Même le grand Didier Drogba n’a pas pu marquer ce pénalty. Alors que pourront les autres Ivoiriens.

Didier Drogba va-t-il avoir le courage de repartir à l’assaut? Va-t-il participer à la séance de tirs au but? Didier n’est pas du genre à se défiler. Malgré son épuisement visible, il frappe et marque. Mais ce ne sera suffisant, Kolo Touré et Gervinho, peut-être les deux meilleurs du match côté ivoirien échouent face au portier zambien. La messe est dite. La Zambie l’emporte 8 tirs au but à 7. Les Zambiens prient le ciel. Ils chantent au milieu de la pelouse.

Les Ivoiriens s’effondrent. Tout le monde a une pensée pour Drogba. Il la voulait tellement cette CAN qui lui a toujours échappé. Déjà en 2006, en finale, la Côte d'Ivoire avait échoué aux tirs au but.

Triste fin de parcours pour les Ivoiriens. Mais très belle aventure pour les Zambiens: ils se sont imposés grâce à leur collectif sans faille. Les Zambiens voulaient vraiment cette victoire. Sur le terrain, ils se battaient aussi pour leurs aînés: l’équipe zambienne victime d’un tragique accident d’avion en 1993.

Alors la victoire zambienne est une belle aventure qui a enchanté l’Afrique. C’est aussi celle d’un homme Hervé Renard, entraîneur peu connu en Europe qui a su galvaniser son équipe. Une formation qu’il connaissait particulièrement bien pour l’avoir déjà entraîné en 1993.

L'éléphant n'a pas dit son dernier mot

Avec la Zambie, il a su imposer sa marque. Ce qui n’est pas été le cas de l’entraîneur de la Côte d’Ivoire. Pouvait-il sortir Didier Drogba au moment où celui-ci était à bout physiquement? Difficilement imaginable.

Le capitaine Drogba exerce-t-il une trop grande influence sur la sélection ivoirienne ? De même que le capitaine Eto’o domine la sélection camerounaise.

Malgré les talents de leurs joueurs, ces deux sélections n’arrivent pas à s’imposer. N’est ce pas aussi parce que leurs entraîneurs n’exercent pas toute l’influence qu’ils devraient avoir sur le jeu? Ne sont-ils pas trop fréquemment sous la coupe des politiques et des joueurs les plus influents.

La victoire de la Zambie c’est aussi celle de Renard et de son coaching. Celle d’un inconnu qui sort brusquement de l’ombre. Une belle histoire en somme.

Et pour Didier Drogba ce n’est sans doute pas la der des ders. La CAN revient l’année prochaine. Alors que jusqu’à présent, il fallait attendre deux ans. Un signe du destin. La chance qui serait enfin du côté de Didier Drogba et des siens. En tout cas, Drogba le mérite. L’éléphant n’a pas dit son dernier mot…

Pierre Cherruau

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Pierre Cherruau

Pierre Cherruau a publié de nombreux ouvrages, notamment Chien fantôme (Ed. Après la Lune), Nena Rastaquouère (Seuil), Togo or not Togo (Ed. Baleine), La Vacance du Petit Nicolas (Ed. Baleine) et Dakar Paris, L'Afrique à petite foulée (Ed. Calmann-Lévy).

Ses derniers articles: Comment lutter contre le djihad au Mali  Au Mali, la guerre n'est pas finie  C'est fini les hiérarchies! 

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