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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Saint-Valentin: les 10 cadeaux à éviter

Messieurs, qu’offrirez-vous à l’élue de votre cœur à l’occasion de la Saint-Valentin? Les femmes africaines sont habituées au pire...

«La femme est une eau fraîche qui tue, une eau peu profonde qui noie». L’énigmatique proverbe toucouleur montre à quel point l’Africain se méfie de la gente féminine tout autant qu’il la valorise au cœur de nombreuses structures sociales traditionnelles. N’en déplaise aux théoriciens des civilisations inégales, les sociétés africaines ne sont pas foncièrement misogynes. Mais trop souvent machistes, hélas, dans leurs tournures modernes.

La mayonnaise de la Saint-Valentin, comme celle d’autres fêtes copiées-collées d’Europe, commence à prendre en Afrique. Les domiciles ont adopté, depuis longtemps, les filaos-sapins de Noël et devraient trouver bientôt un équivalent pour les citrouilles d’Halloween. Les publicitaires ne s’y trompent pas et annoncent, dès le début du deuxième mois de l’année, toutes sortes de promotions dégoulinantes de petits cœurs rosâtres. Mais prévenons les amoureux du 14-février. S’ils veulent éviter une révolte des «Valentines», certains cadeaux sont désormais à proscrire:

Une robe de mariée pour fiancée de 13 ans

Si 18 ans est le seuil de l’union légale dans la majorité des pays du monde, les organisations non gouvernementales qui luttent contre le mariage précoce considèrent que dans les dix années à venir, plus de 100 millions de filles pourraient, sur la planète, s’être vu passer la corde au cou avant cet âge, notamment en Afrique de l’Ouest. Or, on constate, dans la plupart des pays en développement, que les adolescentes mariées sont les plus soumises aux rapports sexuels non protégés. En prime de la robe de mariée, le Valentin pourrait offrir, lors de la nuit de noces, un virus qui n’a rien à voir avec Cupidon.

Une coépouse trop jolie

La polygamie connaît un regain d’intérêt sur le continent; dans des pays en pleine transition démocratique, comme en Libye ou fut évoquée l'abolition de la loi interdisant le mariage multiple, mais aussi en Afrique noire. À supposer que votre «Valentine» ne soit pas rétive à l’idée d’accueillir une nouvelle épouse dure à la tâche, elle s’inquiètera de la découvrir trop jeune et/ou trop plantureuse…

Une maîtresse

Sorte de non-cadeau. Présent que le Valentin se fait à lui-même, en prétextant rendre service à son épouse. La maîtresse aiderait ainsi l’homme à éviter le cadeau précédemment énuméré: la coépouse. Problème: l’illégitime exigera, elle-même, un cadeau de Saint-Valentin…

Un flacon de mercure au chrome

Les violences domestiques et conjugales sont fréquentes, mais les législations africaines ne s’émeuvent guère de cette grave atteinte aux droits des femmes. Que cela n’encourage pas les Valentins à avoir la main leste, car les femmes maltraitées se confient de plus en plus à des associations comme «Troisième Millénaire pour le Développement» au Maroc, l’Association pour le Progrès et la Défense des Femmes Maliennes ou l'Association ivoirienne pour la défense de la femme (AIDF). Il y a des gifles qui reviennent comme des boomerangs…

Un bon pour un viol correctif

Certains mâles, peut-être secrètement épris de jeunes lesbiennes insensibles à leurs attributs, tentent d’exorciser les pulsions homosexuelles jugées maladives de leur Valentine désirée. Les viols de jeunes femmes gays sont tendance, par exemple, en Afrique du Sud. Selon l'ONG Luleki Sizwe qui lutte contre l'homophobie, par jour, en moyenne, une dizaine d’homosexuelles se feraient violer, rien qu'à Cape Town. Sur l’ensemble du territoire, chaque jour, ce serait 150 femmes qui subiraient, ce genre de «viols correctifs». Elles sont parfois battues, balafrées ou assassinées, sous le prétexte qu’elles doivent prendre conscience qu’elles «ne sont pas des hommes».

Un lot de lames de rasoirs

Rarement destiné à l’épilation, ce genre d’ustensile incite à pratiquer encore l’excision. Même si les mentalités évoluent, les législateurs, dans certains pays, tardent à contrecarrer expressément le libre exercice de telles mutilations génitales. Pourtant, aucun précepte religieux ne les encourage explicitement. Les discours politiques, eux, proscrivent toutes les discriminations fondées sur le genre. Au Nigeria, en Ouganda, en Somalie ou en Egypte, même si on interdit la «torture», les «blessures graves» ou les «pratiques sociales ou coutumières néfastes pour la santé», il n'existe aucune loi spécifique à l'encontre des mutilations génitales féminines.

Un programme de lapidation

Bienheureux les hommes qui financent, pour leur Valentine, une projection de jet balnéaire, dans le cadre d’une cure de thalassothérapie. Mais la projection de pierres sur une femme à moitié enfouie dans le sol n’a jamais massé avantageusement les vertèbres lombaires. Après le développement débridé d’un islamisme parfois dévoyé, le Nigeria et le Soudan pourraient ne plus être les seules contrées africaines à promouvoir une «charia lapidaire». Sont également à proscrire les séances de flagellation —hors goût sado-masochiste expressément revendiqué.

Un baluchon et des entraves

Le trafic des femmes continue de proliférer, notamment du fait de vides juridiques, en particulier en Afrique australe et centrale. Pointe-Noire (en République du Congo) abritait, en janvier dernier, les activités de lancement de la campagne préventive sous-régionale contre la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants. Véritables esclaves, les victimes sont exploitées dans le commerce, les travaux domestiques ou la prostitution. Vendre sa femme, ça soulage comme un divorce et c’est plus rentable que de payer une pension alimentaire ad vitam æternam.

Une minijupe en peau de léopard

Si elle n’a pas fait l’objet d’un trafic explicite —comme évoqué au point précédent—, votre «Valentine» pourrait tout de même deviner, dans le style vestimentaire que vous lui suggéreriez, une injonction à se prostituer pour faire bouillir votre marmite. La vie est chère pour tout le monde et l’échangisme économique peut être tentant. Pourquoi ne pas louer sa femme, au lieu de la vendre?…

Un exemplaire de code de la famille rétrograde

Une autre tendance actuelle consiste à faire régresser le statut personnel des femmes, en matière d’héritage, d’âge de l’union matrimoniale, de reconnaissance juridique du mariage religieux ou de garde des enfants. Le très démocratique Mali a montré la voie.

Les taquineries et la provocation font partie des jeux de la séduction, mais «l'amour vache» n’est pas indiqué à la Saint-Valentin. Attendez le 15 février…

Damien Glez

Damien Glez est un dessinateur burkinabé. Il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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