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Le prêtre de Tripoli a-t-il peur de Kadhafi?

Giovanni Innocenzo Martinelli, le prêtre de Tripoli, dérange. L'Italien, à la tête de l'église catholique romaine Saint François d'Assise de la capitale libyenne depuis plus de 25 ans, est fermement opposé à l'intervention de l'Otan, qui selon lui provoque une guerre aveugle sans s'intéresser aux raisons socioculturelles du soulèvement contre Kadhafi. Il fait régulièrement connaître sa position par des communiqués de presse. Rien d'indéfendable jusque-là; sauf qu'à trop critiquer l'Otan, l'ecclésiaste finit, peut-être malgré lui, à devenir le porte-parole de Mouammar Kadhafi.

C'est ce que soulignait le 3 juillet 2011 le quotidien américain Los Angeles Times, qui a rencontré ce véritable sosie de Jean-Paul II qui, comme son prédécesseur, considère toute guerre comme «immorale». S'il estime que l'Otan ne fait qu'aggraver la situation en Libye, le prêtre reconnaît que le Guide aurait pu éviter cette situation en se souciant davantage des difficultés socioéconomiques de l’est du pays, d’où est partie la rébellion.

Mais le quotidien s'étonne d'entendre Martinelli louer Kadhafi pour la liberté accordée au culte chrétien dans un pays à majorité musulmane, alors que c’est justement sur les «croisés» occidentaux que Kadhafi a rejetté la faute dès le début.

«Kadhafi est un Bédouin. Vous ne pouvez pas faire qu’un Bédouin change d’avis en le bombardant», a ajouté le prêtre à l’agence de presse du Vatican, Fides.

Martinelli, outre son statut délicat d’étranger catholique expatrié en Libye, craint-il les représailles en cas de critique du régime? Son église est la dernière debout à Tripoli. Le prêtre ferait-il du zèle pour protéger la communauté chrétienne?

Sa messe est un moment privilégié pour les travailleurs immigrés subsahariens. Car ces derniers sont pris dans un étau, régulièrement accusés d'être les mercenaires du colonel. «[La messe du dimanche] nous donne du courage», affirmait un Togolais au Los Angeles Times.

Dans sa dernière déclaration à Fides, Giovanni Innocenzo Martinelli dit:

«Il est vraiment difficile de penser à un éloignement volontaire de Kadhafi parce que, comme l’a réaffirmé récemment son fils, le leader entend demeurer en Libye. D’un point de vue formel, Kadhafi n’est ni le président, ni le Premier ministre de la Libye mais il est certainement un symbole de ce pays qui, au cours de ces quarante dernières années, a grandi avec lui.

Je crois qu’il faut comprendre l’esprit de cet homme qui se sent en quelque sorte le "père" de la Libye moderne. Il existe certainement des accusations qui pourront faire l’objet d’un jugement mais il faut tenir compte de cette réalité pour ne pas créer de dialogues privés de fondement.»

Lu sur le Los Angeles Times