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Un chantier de construction à Addis-Abeba, janvier 2010. REUTERS/Thomas Mukoya
Un chantier de construction à Addis-Abeba, janvier 2010. REUTERS/Thomas Mukoya

Les cités, version éthiopienne

Pour répondre à un besoin croissant de logement dans les grandes villes éthiopiennes, le gouvernement a lancé depuis 2005 un plan de développement urbain. Des dizaines de milliers d'immeubles sont construits en périphérie des villes.

Le quartier de Gulele se dresse sur les hauteurs Nord d'Addis-Abeba, au-dessus du quartier de Piazza, le vieux centre-ville hérité des Italiens. Au-dessus des vieux immeubles du début du 20ème siècle, des petits bouis-bouis en taule, des maisons de bric et de broc, les grosses barres d'immeubles modernes, de trois ou quatre étages de Gulele. Ce sont les «condominiums» ou «condos» pour les intimes.

Depuis 2005, le gouvernement éthiopien s'est lancé dans une vaste politique de renouvellement urbain et de construction. Pour répondre à la demande de logement croissante dans les villes éthiopiennes, il a construit près de 80.000 condominiums. La majorité sont situés à Addis-Abeba, dans les quartiers périphériques de la capitale comme CMC, Jemo, Ayat, Semit, Bashawold Chilot ou encore Yeka. Mais huit autres villes bénéficient du programme comme Bahir Dar ou Mekele.

Le gros lot

Dans son appartement du condominium de Gulele, Mahatemwork Tesfaye se réjouit, il vient de gagner à la loterie un autre logement, dans un condo beaucoup plus récent à CMC, la banlieue est d'Addis-Abeba:

«J'ai vraiment hâte. Je suis extrêmement heureux car j'ai gagné. C'est un appartement, je vais avoir mon chez moi.»

Comme Mahatemwork Tesfaye, 63.677 familles ont déjà bénéficié d'un logement dans un condominium. La mairie les distribue par loterie. Ceux qui ont remporté le gros lot ont ensuite 30 ans pour payer les 40.000 birrs, soit environ 1800 euros requis par la ville pour devenir les heureux propriétaires de leur appartement.

«Chaque mois je vais devoir payer entre 100 et 120 birrs (4 à 6 euros). Ce n'est pas grand-chose pour ce que je vais avoir. L'appartement a deux chambres, un salon, une salle de bain et une cuisine. C'est fantastique. C'est même trop pour moi. Je vais devoir me trouver une femme maintenant», conclut Mahatemwork Tesfaye.

La ville d'Addis-Abeba a reçu fin 2011 un prêt de 4,4 millions de birrs (environ 200.000 euros) de la Banque commerciale d'Ethiopie afin de poursuivre son projet de développement urbain. Près de 42.000 nouveaux condominiums sur 16 sites différents autour de la capitale devraient être construits, dont 80% verraient le jour d'ici septembre 2012.

«Les condominiums devraient nous permettre de résoudre les problèmes de logement à Addis-Abeba, de réhabiliter les zones délabrées et de créer des emplois», se félicite Kuma Demkesa, maire de la capitale.

Selon la mairie, 72.000 personnes seront employées par ces chantiers.

Naissance d'une banlieue

«Mon condo est immense. Il y a une vingtaine de bâtiments. C'est comme un village, non pas un village, une ville! C'est impressionnant!», se réjouit Mahatemwork Tesfaye.

Pourtant dans ces «villages», il y a bien peu de choses. Pour l'heure, la plupart des condominiums ne sont pas encore reliés à la ville par des routes d'asphalte. Les commerces sont très peu présents. Les écoles également. Yare Daclilu a gagné un appartement dans le condo de Semit il y a plus d'un an, mais sa famille et lui n'y habitent toujours pas.

«C'est beaucoup trop loin de tout. Nous avons l'habitude de vivre à Piazza, au cœur de la ville. Notre condo est loin du centre-ville, de mon travail, de l'école des enfants. Je ne veux pas dépenser mon salaire en transports», se plaint-il.

Yare Daclilu a donc décidé de continuer à louer la maison gouvernementale qu'il habite depuis des années. Ces maisons sont gérées par les autorités publiques, leur loyer est infime mais leur qualité reste aussi déplorable. Pour ne pas perdre sa future propriété, Yare Daclilu a décidé de louer son condo à de la famille proche.

Révolution des modes de vie

C'est toute la mixité sociale d'Addis-Abeba et les modes de vie traditionnels qui sont menacés. Les Ethiopiens avaient pour habitude de vivre en famille dans de petites maisons où ils pouvaient avoir quelques animaux, poules ou chèvres. Dans les condominiums, il leur faut maintenant apprendre à partager les espaces communs.

«Au début c'était très difficile. Nous n'avions pas cette culture de vivre tous ensemble, dans un espace restreint. Les gens venaient de régions différentes, de quartiers différents, de cultures différentes. Il était dur de vivre en tant que communauté», explique Getachew Abyie, un des gagnants du premier tour de loterie en 2005.

A la différence de beaucoup de mégalopoles africaines, la capitale éthiopienne ne connait pas encore l'opposition quartiers d'affaire chics contre bidonvilles. Les grands centres commerciaux de l'avenue Bole côtoient des petites échoppes de taule et des cafés de fortune. L'ambassade de France et ses 80 hectares de parc est voisine des petites maisons pauvres des hauteurs de la capitale.

Mais depuis que la politique des condominiums a démarré, les populations pauvres quittent le centre-ville pour être parquées dans ces cités de ciment à des kilomètres d'Addis-Abeba. Les immeubles de bureaux et les centres commerciaux prennent la place des anciennes maisons gouvernementales tandis que les populations désargentées, souvent jeunes, souvent inactives, sont regroupées et mises de côté.

Les condominiums sont construits à la va-vite en matériaux pauvres. Ceux qui ont plus de cinq ans affichent déjà les blessures du temps: fissures, canalisation rouillée, pression d'eau balbutiante... Le scénario semble familier. Les ghettos risquent de prendre forme. Demain, les condominiums pourraient devenir les cités de l'Ethiopie et Addis-Abeba pourrait perdre une certaine forme d'harmonie sociale.

Gaëlle Laleix

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Gaëlle Laleix

Gaëlle Laleix. Journaliste française. Spécialiste de l'Afrique. Installée à Addis Abeba.

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