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Tunisie - Des salafistes font pression pour le niqab au lycée

En Tunisie, la montée du radicalisme islamiste se fait de plus en plus pressante. Après l'université, c'est le lycée qui est ciblé par des salafistes qui veulent forcer les établissements publics d'enseignement à autoriser le le port du niqab, ou voile intégral, par les jeunes filles. Au lycée Fattouma Bourguiba, à Monastir (centre-ouest du pays), le scandale couve depuis plusieurs jours. 

Le 8 février, des salafistes ont investi l'établissement, rapporte Tuniscope. Le 9 février, la voiture d'une enseignante du lycée Fattouma Bourguiba, à Monastir a été saccagée, rapporte Business News. Un acte qui a été suivi le lendemain, par des élèves portant le niqab qui se sont présentées devant le lycée accompagnés d'individus étrangers à l'établissement. 

Cette intrusion fait suite à un autre évènement survenu le 2 février.

Ce jour-là, cinq élèves refusent de retirer leur niqab pour assister aux cours. Pour trancher, le directeur du lycée, Mansour Dabbabi, fait appel au ministère de l’Education qui lui rappelle, que le port du niqab est interdit dans un établissement scolaire.

Mansour Dabbabi discute avec les élèves pour leur faire part de la décision du ministère. Mais déterminées à garder leur niqab, les lycéennes préfèrent sécher les cours. L’action des salafistes du 8 février a été menée pour soutenir les étudiantes désirant porter le voile intégrale.

Le directeur du lycée a témoigné pour Business News. Le groupe de salafistes, qui se nomme «les supporters des mounaqabet et les habitués des mosquées», est arrivé devant le lycée le matin. Les intrus se sont d’abord vus refuser l’accès par le portier. Finalement, après avoir discuté avec le directeur, trois personnes ont pu entrer dans le bâtiment. A l’intérieur, Mansour Dabbabi a échangé avec ses interlocuteurs avant de les inviter à quitter l’établissement.

S’appuyant sur la circulaire ministérielle, le directeur n’a laissé entrer aucune personne portant le niqab. Les salafistes ont quitté le lycée sans heurts mais ne comptaient pas s’arrêter là. Une pétition revendiquant le droit aux jeunes filles portant le niqab d’accéder au lycée était sur le point d'être lancée.

Dans une déclaration, Ali Harbi, secrétaire général du syndicat de base de l'enseignement secondaire, a affirmé que des individus avaient menacé le directeur de l'établissement et les enseignants.

La détérioration du véhicule d'une enseignante devant le lycée traduit la détermination des salafistes à imposer leurs pratiques par tous les moyens. La voiture a été transportée à la direction régionale de l’Enseignement et aux services du procureur de la République. Une plainte a d'ores et déjà été déposée.

Ces évènements font écho aux troubles que connaît l’université de la Manouba. Depuis plusieurs mois, des salafistes manifestent sur le campus et réclame le droit du port du niqab à l’université. Le bâtiment de la direction de la faculté des Lettres, des Arts et des Humanités a même été occupé. Certains n’hésitent pas à prendre à partie les femmes qui portent une «tenue vestimentaire irrespecteuse». Cette situation a fortement perturbé la tenue des cours et des examens.

Lu sur Business News, Tuniscope

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