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Maroc - L'enfer des enfants des rues de Casablanca

Véritable problème de société au Maroc, les enfants des rues sont au cœur du dernier dossier réalisé par l’hebdomadaire marocain Actuel.

Les journalistes de cette publication sont allés à la rencontre des «chamkers», les abandonnés, qui errent sur les trottoirs de Casablanca.

«Alors que les "mieux lotis" vendent des chewing-gums aux feux rouges, certains mendient ou fouillent dans les poubelles pour trouver de quoi manger, et d’autres acceptent de monter dans la première voiture qui passe pour une poignée de dirhams et un aller simple en enfer», peut-on lire dans le magazine.

Dans la capitale économique du Maroc, «Rédouane, 13 ans, drogué, prostitué», traîne la nuit. Sans se poser de questions, il grimpe dans la première voiture qui passe. Pourtant, «il n’est pas orphelin, ses parents vivent à Lalla Meriem et son grand frère est marié. Il rentre chez lui quelquefois, se lave, mange, se repose un peu puis retourne à la nuit et ses vapeurs de colle.»

Comme tant d’autres gamins, il est sous l’emprise de Hamid, le chef de bande.

«Cet homme a une trentaine d’années et, comme dans Oliver Twist de Charles Dickens, règne sur un petit groupe d’enfants perdus qui ont eu le malheur de croiser sa route.»

Beaucoup de ces garçons et filles de la rue en sont réduits à vendre leur corps.

«Les réseaux de prostitution enfantine n’existent donc pas qu’à Marrakech, pour une clientèle étrangère aisée en quête d’interdit, mais aussi ici, pour une clientèle locale, qui ne nage pas dans l’opulence», explique Actuel.

Pour tenter d’aider ces jeunes, «peut-être un millier, dont 300 qui passent chaque nuit dans la rue», le Samu social fait le tour chaque nuit de Casablanca.

«En véritable service d’aide d’urgence, les trios qui composent les Equipes mobiles d’aide (EMA) du Samu social vont quotidiennement à la rencontre des enfants des rues, leur apporter une écoute, du réconfort, des conseils pas toujours suivis, du café chaud, des sandwichs au fromage et des soins de premiers secours», explique le journaliste.

Cette structure accueille aussi au quotidien des jeunes dans son centre où «des éducateurs sociaux, des psychologues, des médecins et des médiateurs essaieront, dès le lendemain matin, de recréer le lien familial brisé ou de trouver une solution concrète pour le bénéficiaire.»

Les travailleurs sociaux se battent sans relâche pour que ces enfants ne tombent pas dans l’oubli. Mais comme le souligne, Actuel, le problème réside surtout dans l’indifférence de la population et des autorités.

«Ils ne sont que quelques centaines dans cette ville. Est-il vraiment impossible de les aider? Le Samu social manque cruellement de moyens. Et nous manquons tous de volonté pour oser nous attaquer à ce fléau. Nous vivons dans une société qui ignore ces enfants et c’est une honte collective que nous partageons tous, du gouvernement aux passants.»

Lu sur Actuel

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