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Zuma poussé vers la sortie, un feuilleton

En l'espace de deux mois, le très contesté président sud-africain Jacob Zuma, au coeur de plusieurs scandales de corruption, a vu son pouvoir s'effriter jusqu'à le pousser au bord de la démission. Retour sur les temps forts de cette saga qui tient le pays en haleine:

- Ramaphosa dirige l'ANC -

En décembre 2017, le Congrès national africain (ANC) se réunit pour élire son nouveau chef, qui succédera à Jacob Zuma. 

La bataille est serrée, l'enjeu de taille. Le prochain chef du parti est assuré de devenir le prochain président de la République si l'ANC remporte les élections générales en 2019.

Dans cette course, le sortant Zuma soutient son ex-épouse, Nkosazana Dlamini Zuma, face au vice-président Cyril Ramaphosa.

A l'annonce des résultats le 18 décembre, le suspense est à son comble. Après une nuit blanche, M. Ramaphosa est déclaré vainqueur à une faible majorité.

Dans la salle de conférence de Soweto surchauffée, ses partisans exultent et applaudissent à tout rompre. Le visage de Jacob Zuma reste impassible, ses mains fermement posées sur la table. Le chef de l'Etat sait que pour lui, le vent a tourné.

- Zuma s'accroche -

Le 4 février au soir, le "Top Six" - les six plus hauts responsables de l'ANC, dont Cyril Ramaphosa - se rend à la résidence de Jacob Zuma à Pretoria.

"Nous avons dit au président Zuma (...) que nous voulions que Ramaphosa prenne les rênes de l'ANC et aussi celles des affaires de l'Etat", a raconté le trésorier du parti, Paul Mashatile.

Mais le président n'en a cure. "En gros, le président Zuma nous a dit: +je n'irai nulle part+", a expliqué M. Mashatile lors d'une intervention privée dont l'enregistrement a été obtenu par le site d'informations Times LIVE.

- Discours reporté -

Deux jours plus tard, le 6 février, coup de théâtre, le discours annuel du chef de l'Etat devant les députés est reporté. Une première dans l'histoire de la démocratie sud-africaine.

"Nous avons pensé qu'il était nécessaire d'assurer un climat politique plus propice", justifie la présidente du Parlement, Baleka Mbete, qui redoute que l'intervention de M. Zuma dans l'hémicycle ne soit fortement perturbée.

Officieusement, il s'agit de donner du temps aux nouvelles négociations qui se préparent en coulisses.

La crise qui déchirait l'ANC paralyse désormais l'Etat.

- Tête-à-tête -

Le président Zuma tend la main à son vice-président et désormais rival, Cyril Ramaphosa. Les deux hommes engagent des discussions "directes" le 6 février au soir.

Mais les tractations piétinent. Le président n'est pas du genre à s'avouer vaincu. Selon la presse locale, il négocierait l'immunité ou, au moins, la prise en charge de ses frais judiciaires.

Cyril Ramaphosa exclut tout passe-droit. Dimanche, devant des milliers de partisans de l'ANC réunis au Cap (sud-ouest), il rappelle avec fermeté que "ceux qui sont corrompus et ont volé l'argent des pauvres seront jugés".

- Rappel -

Lundi, la principale instance de décision de l'ANC se réunit une nouvelle fois pour essayer de dénouer la crise. 

Le président tente de jouer les prolongations. Il exige de rester au pouvoir encore trois ou six mois. Refus de l'ANC.

Lors d'une suspension de séance en pleine nuit, Cyril Ramaphosa se rend à la présidence pour arracher la démission de Jacob Zuma. Là encore, il essuie un refus. Le président "était très arrogant", selon un responsable de l'ANC.

Dans la foulée, après treize heures de discussions-marathon, le parti accouche finalement d'une décision: il exige officiellement sa démission. La balle est dans le camp de Jacob Zuma.

- Baroud d'honneur -

Mercredi à la mi-journée, le président n'a toujours pas réagi. Lassé d'attendre, l'ANC annonce le vote jeudi d'une motion de défiance. Son départ est désormais acquis.

Deux heures plus tard, le chef de l'Etat brise le silence lors d'un entretien baroque de 45 minutes à la télévision. Détendu, assis de trois-quarts dans un fauteuil, la chemise ouverte, il juge "injuste" la décision de l'ANC de le rappeler.

Dernier baroud d'honneur, il refuse de dire s'il va démissionner ou non. "Je ferai une déclaration" plus tard dans la journée, dit-il simplement, laissant planer, encore un peu, le suspense.

Hasard du calendrier ou pas, le matin même à Johannesburg, la police a perquisitionné le domicile de la sulfureuse famille Gupta, au coeur de la plupart des scandales qui impliquent le président, et procédé à trois arrestations.

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