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Namibie - Le premier Africain noir qui veut devenir «Mister Gay World»

Il est devenu l'homosexuel le plus connu de son pays, la Namibie. Wendelinus Hamutenya, 25 ans, a remporté le 26 novembre 2011 le premier concours de beauté «Mister Gay Namibie». Décoré de son titre, il est retourné au village de son enfance où il a reçu un accueil triomphal.

Un grand changement pour lui, qui à 18 ans annonçant son homosexualité, est emmené par la police à la demande de son père, direction le service psychiatrique de l'hôpital de Windhoek, la capitale.

«Gagner le titre de Mister Gay en Namibie a permis d'ouvrir le débat sur les gays (...). J'ai reçu des félicitations venues de partout, également de personnes hétérosexuelles», a-t-il déclaré.

Pour Coenie Kukkuk, directeur Afrique du concours Gay World, cette élection est un signe que «l'Afrique avance».

L’homosexualité reste en effet très difficilement acceptée sur le continent, particulièrement en Ouganda et au Cameroun où des lois «anti-gay» sanctionnent très fermement les homosexuels.

En Namibie, la loi de 1927 punissant la sodomie n'est plus appliquée depuis l’indépendance du pays en 1990. La Constitution condamne d'ailleurs toute discrimination fondée sur le sexe, la race, la couleur de peau, l'origine ethnique, la religion ou le statut social ou économique.

Cela n’a pas empêché le président de l'époque, Sam Nujom, de déclarer en 1996: «Les homosexuels doivent être condamnés et rejetés dans notre société». Puis, cinq ans plus tard, il récidive: «La police a l'ordre de vous arrêter, vous déporter et vous emprisonner». En 2000, le ministre Jerry Ekandjo aurait pour sa part soutenu que la police devait «éliminer» les homosexuels «de la face de la Namibie».

D’ailleurs, deux semaines après avoir reçu son titre, le jeune lauréat a été passé à tabac et volé par deux hommes. Aidé par des voisins, il a fini à l'hôpital avec des contusions aux côtes et des coupures au nez et au front.

«J'ai porté plainte au poste de police le plus proche. J'y suis retourné il y a quelques jours pour voir si des progrès avaient été faits. Les policiers m'ont répondu que le dossier s'était perdu.»

Cette agression a été fermement condamnée par Out-Right Namibia et a déclenché un tollé parmi les groupes gay et sur les réseaux sociaux. Mais Linda Baumann, directrice de l’ONG, rappelle que si les mentalités changent, de nombreux homos doivent encore se marier avec une femme pour se plier aux conventions, tandis que les lesbiennes sont régulièrement victimes de viols de la part d'hommes qui cherchent à les «guérir».

Très actif sur l'Internet, Wendelinus Hamutenya espère que son expérience aidera les homosexuels namibiens à sortir du placard.

«Je voudrais visiter toute la Namibie pour parler aux gens d'acceptation et de tolérance.»

Cette victoire fait de lui le premier Africain noir à concourir pour le titre mondial de Mister Gay World qui aura lieu en avril à Johannesburg, en Afrique du Sud. La mission du lauréat est de représenter la communauté gay et de lutter contre les discriminations.

Depuis la fin de l'apartheid qui réprimait l'homosexualité, l'Afrique du Sud s'affiche comme la nouvelle destination privilégiée des homosexuels. D'après Skye Grove, porte-parole de Cape Town Tourism, chaque année, sur les 1,5 million de touristes au Cap, 15% sont homosexuels.

Lu sur The Namibian, Queerlife South Africa, AFP

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