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8 février 1962 Métro Charonne, «massacre d'État» pour l'Algérie française

Le 8 février 1962, une manifestation est organisée à Paris par les syndicats et les partis de gauche français dont la CGT et le PCF. Ils protestent «contre le fascisme» et «pour la paix en Algérie». L’affrontement contre les forces de l’ordre fait neuf morts dans le métro Charonne. Selon le Temps d'Algérie, l'historien Alain Dewerpe, fils d’une des victimes, qualifie cet événement de «massacre d’État».

50 ans après, aucun jugement ni aucune reconnaissance de l'Etat français. Pour ce sinistre anniversaire, un rassemblement est organisé le 8 février par les syndicats et les partis politiques qui exigent «la vérité et la justice». Bertrand Delanoë, maire de Paris, est aussi présent à l’entrée de la station de métro Charonne.

Cinq semaines avant la fin de la guerre d’Algérie, l’OAS —Organisation de l’Armée Secrète dirigée par des ultras de l’Algérie Française— commet plusieurs attentats sur le sol français. Sont visées des personnalités contre la guerre d’Algérie comme André Malraux. Révolté, un collectif syndical appelle à des «manifestations populaires immédiates» sur les lieux des attentats.

Malgré l’interdiction du préfet de police Maurice Papon, le rassemblement a lieu. La sociologue Maryse Tripier, lycéenne à l'époque, explique:

«Nous savions bien que la manifestation était interdite, mais on y allait avec l'idée de se faire taper dessus comme d'habitude, pas avec l'idée de mourir

Boulevard Voltaire, direction place de la Nation, le cortège est bloqué par un cordon de forces de l’ordre. Les premiers affrontements ont lieu et dans la précipitation, les manifestants s’engouffrent dans la station de métro Charonne. Les forces de l’ordre les poursuivent à coup de matraque et jettent des grilles sur la foule entassée dans la descente d’escalier, rapporte le quotidien algérien L'Expression.

«Des grilles d'arbres en fonte sont descellées et jetées par les flics sur cette multitude affolée», écrit de son côté la comédienne Marina Vlady.

Roland Florian, militant de gauche, témoigne:

«J'affirme avoir vu un de mes voisins recevoir une grille sur la tête. Cela a fait un bruit mat, puis la tête de l'homme s'est renversée sur le côté, ses yeux se sont révulsés et son corps s'est laissé aller au gré du mouvement, glissant.»

Neuf personnes y trouvent la mort, dont une après plusieurs mois de coma, et des centaines sont blessées. L’historien Olivier Le Cour Grandmaison explique la volonté répressive du gouvernement de l’époque par une hypothèse politique:«Le pouvoir n'avait pas intérêt à ce que le Parti communiste fasse démonstration de sa force.» Pourtant, le 13 février suivant, «un million de Parisiens ont fait de grandioses obsèques aux martyrs de la liberté», titre l’Humanité.

Aujourd’hui, seule la mairie de Paris reconnaît l’implication de l’État français dans cette tragédie en inaugurant en 2007 la place du 8 février 1962. Une date qui à l’instar du meurtrier 17 octobre 1961 est ignorée par l’État français qui refuse de reconnaître toute responsabilité dans les crimes commis.

Lu sur L'Expression, Middle East Online, Mediapart, Afrik, Le Temps d'Algérie

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