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L'équipe nationale du Mali assiste à la séance de tirs au but en quart de finale face au Gabon. REUTERS/Thomas Mukoya
L'équipe nationale du Mali assiste à la séance de tirs au but en quart de finale face au Gabon. REUTERS/Thomas Mukoya

Mali: les miraculés de la CAN ont la foi

De leur match inaugural en phase préliminaire de la CAN, perdu face au Cap-Vert, à leur victoire face au Gabon en quart de finale, le destin des Aigles dans la compétition n'a souvent tenu qu'à un fil. Un parcours sinueux à l'image de l'histoire de la sélection de Bamako.

Mise à jour du 11 février 2012: Lors de la petite finale de la CAN, le Mali s'est imposé le 11 Février (2 à 0) face au Ghana. Une belle revanche pour l'équipe entraînée par le bordelais Alain Giresse.

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La Coupe d'Afrique des nations version 2012, le Mali a bien failli la rater. Au coude à coude avec le minuscule Cap-Vert dans son groupe de qualification, les Aigles ne doivent alors leur salut qu'à une meilleure différence de buts. Des débuts difficiles, transformés en formidable épopée par la suite. Qualifiée pour la septième fois de son histoire pour la grande messe du football continental, la sélection rêve aujourd'hui de disputer sa seconde finale dans la compétition.

Finaliste de la CAN en 1972 face à la République du Congo qui s'imposa 3-2, les Aigles ont ensuite entamé une traversée du désert longue de 22 ans. Sous la dictature de Moussa Traoré, le pays est même écarté à deux reprises du tour préliminaire de la CAN par les instances africaines, pour raisons politiques. Le Mali renouera avec la prestigieuse compétition en 1992, un an après la chute du dictateur.

Débute alors un âge d'or pour le Mali. Trois fois demi-finaliste de la CAN entre 1994 et 2004, le pays organise même l'édition 2002 sur son sol. Poussé par son public dans ce qui fut un succès populaire, il ne parviendra cependant pas à franchir la marche des demi-finales, sur laquelle il bute depuis 1972.

«Une route sinueuse»

En retrait depuis 2004, les Aigles ont refait leur nid dans le dernier carré de la CAN cette année. Mais de l'aveu même du sélectionneur Alain Giresse, ancienne légende du football français, «la route fut sinueuse». Placé dans le groupe B lors de la phase de poule, avec le Botswana, la Guinée et le grand Ghana des frères Ayew, le Mali s'est qualifié aux forceps en arrachant son sésame pour les quarts dans son dernier match face au Botswana.

Éliminés virtuellement à la 50e minute après l'ouverture du score des Zèbres, Seydou Keita et les siens ont repris la main sur le match à distance qu'il menait contre la Guinée (toujours en course pour se qualifier), en égalisant cinq minutes plus tard (55e) puis en doublant la mise à la 74e minute. Bilan, une victoire 2-1, la seconde place du groupe derrière le Ghana et un billet pour affronter le Gabon dans son stade de Libreville en quart de finale.

Outrageusement dominé par un pays co-organisateur jouant devant 40.000 spectateurs acquis à sa cause, le Mali ne voit pas le jour pendant la majeure partie du match. Menés au tableau d'affichage par les Panthères, après l'ouverture du score de Mouloungui (1-0, 55e), les joueurs d'Alain Giresse, chanceux, évitent le pire.

Les Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang et Daniel Cousin frappent à deux reprises les poteaux des Aigles au cours de la partie. La déroute est proche. Mais le miracle survient à la 83e minute, quand une mauvaise intervention d'Ovono, le gardien des Panthères, profite au malien Cheick Diabaté, attaquant de Bordeaux (dans le sud-est de la France), qui ne se fait pas prier pour égaliser. La loterie des tirs au but se chargera ensuite de choisir son vainqueur, le Mali d'Alain Giresse.

L'ogre ivoirien

«Se retrouver en demi-finale c'est un résultat plus que positif qu'a atteint l'équipe nationale», s'est félicité le sélectionneur «Gigi» en conférence de presse.

Un discours, qui avant le match contre l'ogre ivoirien, sonne comme une évidence face à la tâche qui attend les Aigles. En 21 rencontres face à la Côte d'Ivoire, le Mali ne l'a emporté qu'à une reprise, pour 6 nuls et 14 défaites. Et depuis le début de la CAN, la balance statistique penche également en faveur des Éléphants. Dans le sillage de Didier Drogba, les Ivoiriens ont inscrit huit buts sans en encaisser un seul. Quand le Mali affiche un bilan de quatre buts encaissés pour quatre buts marqués.

Surtout, face à la dream team ivoirienne, qui, outre Didier Drogba, compte aussi dans ses rangs le Ballon d'or africain 2011 et joueur de Manchester City Yaya Touré, le Gunner Gervinho (Arsenal) ou Salomon Kalou (Chelsea), le Mali s'appuie sur un effectif qui ne compte qu'une star, Seydou Keita le milieu de terrain du FC Barcelone.

Articulé autour de son emblématique capitaine Cédric Kanté, l'autre ancien des Aigles, l'équipe d'Alain Giresse se compose en majorité de jeunes joueurs évoluant en Ligue 1 (14 joueurs sur 23 jouent dans le championnat français). Une recette qui sans faire d'étincelles a fait ses preuves, le coaching gagnant du sélectionneur faisant le reste. Comme lors du quart de finale face au Gabon, où Alain Giresse fit entrer en jeu le jeune talent Cheick Diabaté, qui égalisa quelques minutes plus tard.

Le bruit des armes

Mais la vie de la sélection n'est pas un long fleuve tranquille. Comme un vestige du passé, la politique a ressurgi ces derniers jours dans le quotidien des Aigles. Alors que depuis mi-janvier l'armée malienne fait face à une offensive des rebelles touareg qui a entraîné le déplacement de milliers de personnes, Seydou Keita a pris la parole pour lancer un appel à la paix:

«On devrait être contents mais on est triste par rapport à tout ce qui se passe au Mali. […] On ne connaît que la paix, on ne veut que la paix. C’est pour ça que je lance un appel. Il faut que les gens au Nord arrêtent de s’entretuer.»

Un geste fort de la part du footballeur. Et si le Mali a l'occasion de réaliser un véritable exploit en éliminant la Côte d'Ivoire, sur qui mise tous les pronostiqueurs, une élimination des Aigles ne serait pas un échec pour la nation.  

«Le football n'est qu'un jeu. Il n'y a rien de plus important que la vie», a conclu, philosophe, Seydou Keita.

Camille Belsoeur

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Journaliste français.

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