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Afrique du Sud: les Gupta, la famille qui murmure

Leur nom rime avec scandale. L'ombre des frères Gupta, dont le domicile à Johannesburg a été perquisitionné mercredi matin par la police sud-africaine, apparaît dans la plupart des affaires de corruption qui éclaboussent le président Jacob Zuma.

- Leurs origines

Ajay, Atul et Rajesh Gupta ont grandi dans une famille de la classe moyenne de Saharanpur, dans le nord de l'Inde.

En 1993, un an avant l'élection à la présidence de Nelson Mandela, Atul s'envole vers Johannesburg, poussé par son père alors convaincu que l'Afrique du Sud allait devenir "la nouvelle Amérique", ainsi que l'a expliqué un porte-parole de la famille.

Il y sera rejoint par ses frères quelques années plus tard, notamment Ajay qui a suivi des études d'expert-comptable à New Delhi.

La famille Gupta a gardé des attaches dans sa région natale puisqu'Ajay y a fait construire un temple pour le dieu Shiva, d'une valeur estimée par les médias indiens à 13 millions d'euros.  

- Leurs intérêts 

Si l'Afrique du Sud n'est pas forcément devenue l'eldorado imaginé par le patriarche Gupta, les trois frères ont réussi en moins de vingt ans à y bâtir un puissant conglomérat d'entreprises qui en a fait une des familles les plus riches du pays.

En 1994, ils créent Sahara Computers, une entreprise de matériel informatique qui emploie aujourd'hui 10.000 personnes.

Ils possèdent également des parts dans plusieurs mines, notamment d'uranium, un secteur prometteur dans un pays qui caresse l'idée de relancer son programme nucléaire.

Dans leur épais portefeuille, les Gupta possèdent également le journal progouvernemental New Age, créé en 2010, et la chaîne d'information en continu ANN7 lancée en 2013.

Leur luxueuse propriété, dans le quartier huppé de Saxonwold à Johannesburg, est évaluée à 52 millions de rands (environ 3,3 millions d'euros).

- Les polémiques

Incontournables dans le paysage économique sud-africain, les Gupta sont sous le feu des projecteurs pour leurs liens avec le président Zuma.

Ce dernier ne s'est jamais caché de son amitié avec la famille, qu'il a rencontrée au début des années 2000 avant son accession à la magistrature suprême, en 2009.

Un des fils du président, Duduzane Zuma, dirige d'ailleurs Sahara Computers et fait partie du conseil d'administration de plusieurs mines du groupe.

Ciblée en 2016 par un rapport explosif de la médiatrice de la République, la famille Gupta est soupçonnée d'avoir utilisé cette relation privilégiée pour imposer à Jacob Zuma la nomination de certains ministres et obtenir l'attribution de contrats publics.

En 2016, le vice-ministre des Finances Mcebisi Jonas a affirmé que les Gupta lui avaient proposé le portefeuille du Trésor.

Quelques mois plus tôt, la présence du ministre des Mines Mosebenzi Zwane à une réunion en Suisse entre la société Tegeta Exploration and Resources, appartenant aux Gupta, et le géant Glencore au sujet du rachat d'une mine de charbon avait déjà suscité des questions sur leur influence au sommet de l'Etat.

En 2016, celui qui était alors le ministre des Finances, Pravin Gordhan, a dévoilé plus de 70 transactions considérées comme "suspectes" d'entreprises détenues par les Gupta, pour un montant de 6,8 milliards de rands (461 millions d'euros). Gordhan a été limogé par Jacob Zuma en mars 2017. 

Depuis octobre dernier, une commission d'enquête parlementaire a encore épaissi le dossier Gupta, dont la proximité avec M. Zuma a été qualifiée par l'opposition de "cartel aux tendances mafieuses".

Un ancien président du conseil d'administration du géant public de l'électricité Eskom, Zola Tsotsi, a décrit ainsi aux députés le pouvoir de la fratrie. "Tony (surnom de Rajesh Gupta) m'a dit un jour (...): +Nous sommes ceux qui vous ont mis en place, nous pouvons vous en faire partir+."

Avant toutes ces affaires, un autre épisode avait en 2013 valu à la famille les foudres de l'opinion publique.

Rempli d'invités venus assister au mariage d'une nièce de la famille, l'Airbus A330 privé des Gupta avait été autorisé à atterrir sur la base militaire de Waterkloof, près de Pretoria, réservée aux chefs d'Etat et aux manoeuvres militaires.

Les 200 invités avaient échappé à tous les contrôles d'immigration et même profité d'une escorte policière pour parcourir les 160 km qui les séparaient de Sun City, ville réputée pour ses casinos, où avait lieu le mariage.

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