SlateAfrique

mis à jour le

Afrique du Sud: Zuma défend un bilan mitigé dans sa lutte contre le chômage


Le président sud-africain Jacob Zuma rencontre la directrice générale du FMI Christine Lagarde, le 7 janvier 2012 AFP/Archives Elmond Jiyane

Le président Jacob Zuma cherchera à donner de l'espoir aux Sud-Africains jeudi, malgré un taux de chômage préoccupant, dans son discours annuel sur "l'état de la Nation", étape importante de sa course à l'investiture de son parti pour décrocher un second mandat en 2014.

"La question clef sera celle de la création d'emplois. Aura-t-il un bon carnet de notes à montrer?", s'interroge l'analyste Aubrey Matshiqi au Centre d'études politiques.

Jacob Zuma, qui a fait de la question sa priorité numéro un, a plusieurs façons de lire les dernières statistiques publiées mardi: si le nombre de ses compatriotes ayant un emploi a augmenté de 2,8% dans l'année, celui des chômeurs recensés a également progressé, de 2,6%, dans un contexte d'augmentation de la population en âge de travailler.

"Il y a davantage de Sud-Africains au chômage maintenant que lorsque le président Zuma a promis de faire de 2011 +l'année de l'emploi+ dans son (dernier) état de la Nation", a pointé Sejamothopo Motau, député de l'Alliance démocratique (opposition).

En Afrique du Sud, pays le plus riche du continent, le taux de chômage officiel est tout de même redescendu à 23,9% à la fin 2011, un niveau d'avant la crise.

Mais en ajoutant ceux --toujours plus nombreux-- qui ont renoncé à chercher du travail, plus de 6,5 millions de Sud-Africains adultes sont sans emploi dans ce pays d'environ 50 millions d'habitants, selon le bureau national des statistiques.

Le gouvernement a promis la création de 5 millions d'emplois d'ici 2020, ce qui permettrait de faire baisser le taux de chômage à 15%.

Mais la timide reprise de l'économie sud-africaine, à peine remise de sa récession de 2009, s'est compliquée avec la crise de la zone euro. L'agence de notation financière Fitch a même abaissé sa perspective le mois dernier, la jugeant désormais négative.

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit prudemment que la croissance ne dépassera pas 2,5%, au mieux, cette année. Alors qu'il faudrait atteindre les 7%, et s'y tenir, pour résorber le chômage.

La question de l'emploi est de fait une préoccupation majeure sur les pages que la présidence a ouvertes sur les réseaux sociaux afin de tester l'humeur du public.

"il n'y a pas d'emplois"

"Monsieur le Président, à nouveau la création d'emplois! Nous, les jeunes d'Afrique du Sud, nous avons des diplômes, mais il n'y a pas d'emplois", a écrit un utilisateur de Facebook.

Un jeune de 29 ans décrit les conditions de vie des Noirs pauvres de sa province du Limpopo (nord), après plus de dix-sept ans de pouvoir du Congrès national africain (ANC), le parti de M. Zuma:

"Tout semble désespéré ici. Aucun changement. Mais, au gouvernement, vous avez promis des services publics! Je ne pleure pas parce que je veux quelque chose de compliqué. L'eau courante et des routes goudronnées décentes suffiront, afin que nous puissions fièrement dire que nous profitons des avantages de notre gouvernement démocratique!"

Réputé pour sa capacité à rebondir quelle que soit la situation en dépit de ses piètres talents d'orateur, Jacob Zuma s'attend à une année difficile, alors qu'un ANC profondément divisé doit se choisir un nouveau patron en décembre.

Il veut se succéder à lui-même, tandis que de nombreux opposants internes veulent s'en débarrasser. S'il parvient rester à la tête du parti, il devrait être reconduit sans problème à la présidence du pays en 2014.

"Indirectement, il pourrait vouloir envoyer un message aux membres de l'ANC pour dire que c'est lui le seul maître à bord. Non seulement comme que chef de l'Etat, mais aussi comme président de l'ANC", avance Aubrey Matshiqi.

Les "kremlinologues" du parti dominant vont donc traquer les signes, dans ce discours de jeudi qu'ils craignent aussi fade que les précédents.