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Sénégal - Y a-t-il un ministre guinéen dans l'avion?

Rater l'avion? Jamais de la vie. Telle pourrait être la devise du ministre guinéen des Transports et des Travaux publics, Bah Ousmane. Le 31 janvier, le vol DN022 de Senegal Airlines était paré au décollage à l’aéroport de Dakar à destination de Conakry, capitale de la Guinée. Au bout de la piste, l’appareil a stoppé net et fait demi-tour pour embarquer un passage particulier.

Celui-ci était arrivé avec 20 minutes de retard après l’arrêt des enregistrements et la fermeture des portes de l’avion, rapporte l’hebdomadaire guinéen Le Populaire. Bah Ousmane tombe sur un stagiaire qui commet l’erreur de l’enregistrer avant de prévenir le commandant de bord. Ce dernier refuse dans un premier temps d’accéder à la requête du ministre lui demandant de stopper l’avion pour qu’il monte. Le ministre passe alors «un à deux coups de fil» à des personnalités haut placées et menace d’interdire l’atterrissage de l’avion à l’aéroport de Conakry si jamais il n’embarquait pas. Ce qui a obligé l’équipage à faire demi-tour pour prendre le retardataire, alors que l’avion était au bout de la piste et s’apprêtait à décoller.

Une fois à bord, l’incident était censé être clos. Mais des passagers excédés par le comportement du ministre se seraient mis à le railler, le filmant et photographiant avec leurs téléphones. Ce qu’il aurait très mal pris.

Arrivé à l’aéroport de Conakry avec une heure de retard, Bah Ousmane exige du commandant de bord des excuses publiques «pour avoir failli décoller sans lui». Devant le refus de l’intéressé, le ministre ordonne l’immobilisation de l’avion qui a duré 2 heures 30 minutes. Conséquences: les passagers Conakry-Dakar ont raté leur vol de correspondance de la compagnie Iberia à destination de Madrid (Espagne). Eux n’avaient pas le même carnet d’adresses que le ministre pour ne pas rater leur vol.

Ces bisbilles aériennes entre le Sénégal et la Guinée ne sont pas les premières du genre. Début novembre 2011, le Sénégal avait fermé son espace à tout trafic aérien en provenance ou à destination de Conakry en représailles au blocage à Conakry d’un appareil de la même compagnie Senegal Airlines par les autorités guinéennes. Le motif invoqué était une prétendue redevance de 70 millions de FCFA (106.714 euros) due à l’Etat guinéen par la défunte compagnie Air Sénégal International. Un incident qui avait mis à mal les relations diplomatiques entre Dakar et Conakry déjà fragilisées par l’accusation portée contre le Sénégal par le président guinéen Alpha Condé d’être une «base-arrière» d'asssaillants après l’attaque de son domicile le 19 juillet 2011.

Senegal Airlines assure un vol hebdomadaire entre Dakar et Conakry avec un flux très important à cause notamment de nombreux Guinéens qui vivent et travaillent au Sénégal. Cet énième incident n'est pas de nature à réchauffer les relations entre les autorités des deux pays.

Lu sur Le PopulaireDeplacementspros, Air-Journal

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