Sénégal: Wade de plus en plus isolé

Abdoulaye Wade fait, de plus en plus, l’unanimité contre lui. A l’extérieur comme à l’intérieur du pays, ou dans son propre camp, les défections se multiplient.

Abdoulaye Wade salue ses partisans, le 31 janvier 2012, à Dakar. REUTERS/Stringer .

Le vent tourne, mais Abdoulaye Wade ne veut rien entendre. Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé lui conseille-t-il une «relève générationnelle»? Ce sera pour plus tard. A en croire l’explication de texte aussitôt donnée par Serigne Mbacké Ndiaye, le porte-parole de la présidence sénégalaise, Wade et Juppé sont en fait sur la même longueur d’ondes: le président Wade pensera à l’alternance générationnelle —mais seulement «à partir de 2012». Lui demande-t-il de partir? Ousmane Ngom, le ministre de l’Intérieur, prend des accents «gbagbistes» pour dénoncer une «ingérence étrangère dans les affaires intérieures du Sénégal». De même que Madické Niang, le ministre des Affaires étrangères, qui estime que le «Sénégal n’a de leçons de démocratie à recevoir de personne». Wade n’en continue pas moins d’être critiqué de toutes parts… Wole Soyinka, prix Nobel de littérature, l’a comparé le 2 février à Robert Mugabe en tant «qu’octogénaire inamovible» s’accrochant au pouvoir.

«Mais qu’est-ce qui leur arrive pour penser que s’ils quittent le pouvoir, la terre va s’arrêter de tourner?», a ainsi lancé le célèbre auteur nigérian.

Fodé Sylla, ancien président de SOS Racisme en France, a lui aussi appelé Wade à «sortir par la grande porte». Bientôt, c’est l’artiste ivoirien Tiken Jah Fakoly qui va demander aux chefs d’Etat de prendre exemple sur Nelson Mandela, plutôt que de se tailler des Constitutions sur mesure pour rester au pouvoir. Deux nouvelles chansons, Alerte et La porte de l’histoire, vont sortir le 25 février —à la veille du premier tour de la présidentielle au Sénégal. Mais là encore, rien ne garantit qu’Abdoulaye Wade se sente spécialement visé.

Seuls les faucons restent influents

A l’international, il ne reste plus qu’un seul chef d’Etat pour le soutenir ouvertement, en la personne de son fantasque voisin, Yayah Jammeh, président de la Gambie. A l’intérieur de son propre camp, Abdoulaye Wade, devenu président en 2000 à la faveur d’une large aspiration du Sénégal pour le Sopi («changement» en wolof, son slogan de campagne), est loin de faire l’unanimité. Seuls les faucons et les partisans les plus durs restent influents autour de lui, parmi lesquels Cheikh Tidiane Sy, ministre de la Justice et ancien conseiller de Mobutu Sese Seko, mais aussi Farba Senghor, ancien ministre et chargé de la propagande du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir), ou encore Aïda Mbodj, vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Les défections se sont multipliées ces derniers mois. Depuis janvier 2011, un vent de fronde souffle au sein du PDS. Certains ont marqué leur désaccord sur un énième projet de réforme constitutionnelle alors lancé par Abdoulaye Wade. Le président envisageait d’imposer, à quelques mois de la présidentielle du 26 février 2012, un ticket présidentiel (un président et un vice-président) éligible au premier tour avec une majorité simple de 25% des voix. N’ayant pas écouté les critiques au sein de son parti, Abdoulaye Wade a finalement dû renoncer à son projet sous la pression de la rue, après les émeutes du 23 juin.

Opposé depuis le début à cette réforme constitutionnelle, l’idéologue du PDS, Lamine Ba, vice-président de l’Internationale libérale et administrateur général adjoint du parti au pouvoir, a claqué la porte en septembre. Il s’affiche depuis aux côtés d’Idrissa Seck, ex-Premier ministre de Wade et présidentiable. Aminata Tall, une dirigeante historique du PDS, ancienne ministre des Collectivités locales et ex-secrétaire générale de la présidence, a elle aussi démissionné du PDS, en mars 2011. Elle a d’abord préparé sa propre candidature à la présidentielle, avant d’y renoncer pour finalement rejoindre Macky Sall, un autre ancien Premier ministre de Wade tombé en disgrâce.

Craintes de poursuites judiciaires

Autre perte de poids pour le PDS: Abdou Fall, qui a rendu sa double casquette de ministre d’Etat et de directeur du cabinet politique du président, le 25 janvier, alors qu’il était déjà au placard depuis plusieurs mois.

Tout comme Lamine Ba, cet homme avait été l’un des rares à oser critiquer le projet de réforme constitutionnelle abandonné le 23 juin —un projet avec lequel Wade s’est mis une large part de l’opinion à dos.

La liste est longue, de ceux qui ont quitté le navire, comme Serigne Babacar Diop, ancien responsable des cadres du PDS, qui a rejoint Idrissa Seck en septembre, ou encore Bacar Dia, responsable d’un parti allié du PDS, le Front populaire écologiste (FPE), qui s’est désolidarisé en décembre. Jusqu’au niveau local, la grogne monte, comme à Podor, où les jeunes libéraux ont lancé un ultimatum au gouvernement.

Alors qu’on s’interroge sur les perspectives d’avenir de Karim Wade, le très impopulaire fils du président, les mauvaises langues accusent les responsables du PDS de se ménager des portes de sortie dès maintenant, par crainte d’avoir des comptes à rendre plus tard, en cas d’alternance. Moustapha Niasse, l’un des principaux rivaux d’Abdoulaye Wade à la présidentielle du 26 février, a en effet promis des poursuites judiciaires contre les dignitaires du régime Wade ayant notamment détourné des fonds publics.

Sabine Cessou 

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3 réactions
La mugabisation de Wade
Soumis par Delalune, le 04/02/2012 à 10h26

Malheureusement, le peuple sénégalais n'est pas aussi doux comme veut le croire Wade. Ils vont le lyncher dans la rue. Tout ceci se terminera dans le sang. Ce sera un triste spectacle de voir l'octogénaire malmené dans ses larges boubous par des jeunes en colère... Non, mais quel salopard! Lui qui a imploré Kadhafi de lâcher le pouvoir, lui qui a conseillé Gbagbo de respecter le choix de son peuple...

WADE DOIT AUSSI PARTIR COMME KHADAFFI...
Soumis par NYAMBARINDON, le 04/02/2012 à 10h59

Voici l'homme qui est allé,il y a à peine 6 mois,faire des injonctions au leader d'un autre pays souverain,de "partir".
Un pays qui n'était pourtant pas du tout voisin du sénégal.
un pays qui n'avait pourtant attaqué le Sénégal d'aucune manière que ce soit.
Un pays qui ne faisait que faire face à une rébellion,savamment entretenue par les puissances occidentales.

Alors,au nom du droit d'ingérence désormais consacré,tous les africains qui ont été choqués de voir et entendre ABDOULAYE WADE, en juin 2011,demandant à Khadaffi de "partir",depuis Benghazi (en Libye!)
demandent à leur tour à ABDOULAYE WADE de partir aussi.

WADE
Soumis par kalannsar, le 04/02/2012 à 15h36

Je suis attristé de voir le SENEGAL sombré dans la pagaille après tout ce passé démocratique.Le pays a une culture du respect de l'age et l'estime du peuple sénégalais vaut plus que le pouvoir ou la fortune.Wade doit se résaisir car l'Afrique à plus besoin de deux NELSON MANDELA que de deux MUGABE;

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mise à jour 04/02/2012, 3 réactions (réagir)

 
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