mis à jour le

Iván Bolado (en rouge), joueur de l'équipe nationale de Guinée équatoriale.	 REUTERS/Luc Gnago
Iván Bolado (en rouge), joueur de l'équipe nationale de Guinée équatoriale. REUTERS/Luc Gnago

Le beau parcours de la Guinée équatoriale

Inconnue avant le début de la CAN, la Guinée équatoriale a réalisé un joli parcours dans le tournoi. Malgré sa défaite en quart de finale face à la Côte d'Ivoire.

Mise à jour du 5 février: En s'imposant face à la Guinée équatoriale (3-0), l'équipe nationale de Côte d'Ivoire a validé son billet pour les demi-finales de la CAN 2012. Didier Drogba a marqué les deux premiers buts des éléphants. La Guinée équatoriale n'avait jamais réussi à se hisser jusqu'à ce stade de la compétition.

***

 

Danilo, Javier Balboa, Juvenal Edjogo-Owono… Ces noms ne vous disent rien? Normal, ces joueurs évoluent dans l’équipe nationale de Guinée équatoriale. Classée au 151ème rang mondial du classement FIFA, cette sélection n’avait jamais participé à la moindre compétition internationale avant cette CAN 2012. Pourtant, la Nzalang Nacional est parvenue à se qualifier pour les quarts de finale de la compétition, à la surprise générale.

Une nation très ambitieuse

En 1995, la Guinée-équatoriale se lance dans la production pétrolière. A partir des années 2000, ce petit pays coincé entre le Gabon et le Cameroun jouit d’une forte croissance économique grâce à l’or noir. Prospère, la Guinée-équatoriale souhaite dorénavant rayonner sur le devant de la scène internationale.

«La Guinée équatoriale essaie d’occuper tous les champs qui leur permettent d’être visible aux yeux de la communauté internationale. […] Leur objectif est de montrer que le pays est en pleine expansion», indique Samuel Denantes-Teulade, président de l’association France-Guinée équatoriale, à Slate Afrique.

Le football est l’un des outils utilisés par le pouvoir pour assurer sa promotion. Le 4 septembre 2006, la Confédération africaine de football (CAF) confie au Gabon et à la Guinée équatoriale l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2012 (CAN).

Deux ans plus tard, le pays accueille la Coupe d’Afrique des Nations de football féminine. Un an avant cette évènement, deux nouveaux stades ont été inaugurés. Le stade de Malabo a une capacité de 15.000 places, et le stade de Bata, (ville portuaire du pays) peut accueillir 22.000 personnes (pour la CAN, l’enceinte est étendue à 35.000 places).

«La Guinée équatoriale est un pays de plus en plus riche. Elle a des moyens qui lui permettent d’offrir des primes corrects aux joueurs, de bonnes conditions d’entraînement et cela se ressent.»

En effet, la Guinée équatoriale a de gros moyens et l’a fait savoir à ses joueurs. Ainsi, avant le début de la CAN, le pouvoir promet une prime d’un million de dollars (773.000 euros) aux joueurs en cas de victoire face à la Libye.

Le 21 janvier, les Equato-guinéens jouent le premier match de la CAN 2012, la première rencontre de leur histoire dans la compétition. Et grâce un but de Javier Balboa, la Nzalang Nacional défait les Libyens (1-0). Une victoire qui lui permet de débuter idéalement cette CAN et d’empocher le million de dollars.

Une somme à laquelle il faut ajouter une deuxième prime de 24.000 dollars (18.500 euros) payée cette fois-ci par la fédération de football de Guinée équatoriale. Cela correspond au montant prévu lorsque l’équipe remporte un match. Et pour s’être qualifié en quart de finale, le onze équato-guinéen a reçu une troisième prime de 43.000 dollars (33.100 euros).

Mais l’argent ne peux pas, à lui seul, expliquer le succès de la Guinée équatoriale. La Nzalang Nacional peut également compter sur la population équato-guinéenne.

Un soutien de poids

Depuis le début de la CAN, l’équipe jouit d’un soutien sans faille de son peuple. Contrairement aux autres matchs, qui sont peu regardés, les rencontres de la Guinée équatoriale attirent les foules dans les stades.

«Il y a un soutien de la population très important et assez inattendue. Les stades sont pleins», tient à préciser le président de l'association.

«Les supporters sont complètement surexcités dès qu’ils  voientt apparaître un joueur de leur équipe J’ai discuté avec un Français qui a assisté à Guinée équatoriale-Sénégal. Il m’a dit que c’était de la folie. Il n’avait jamais vu une telle ambiance dans un stade. C’est étonnant de la part des Equato-guinéens qu’on a pas l’habitude de voir dans les stades.»

Avant cette compétition, les Equato-guinéens n’avaient pas une passion folle pour leur équipe nationale. Un manque d'enthousiasme qui peut s’expliquer par la fragilité de le la formation:

«La sélection n’est pas très stable, c’est une équipe qui change souvent.»

Une équipe instable

Le 10 décembre 2010, le Français Henri Michel arrive à la tête de la sélection équato-guinéenne.

«Mes ambitions, c'est de réussir l'organisation de la CAN, le challenge est de créer une équipe solide», avait-il déclaré en conférence de presse.

La Guinée équatoriale ne dispose pas de grandes cellules de détection. A l’époque, la sélection nationale est très faible. Le technicien français va donc prospecter dans d’autres pays.

«Henri Michel a fait effectuer des tests à de nombreux joueurs.»

L’objectif est de faire venir des footballeurs performants et de les naturaliser. Finalement, Henri Michel n’ira pas au bout de son contrat. Le 21 décembre, le Français, qui avait déjà quitté son poste en octobre avant de se rétracter, démissionne. L’ancien sélectionneur des Bleus ne supportait plus l’ingérence du ministre des Sports.

Le Français est remplacé par Gilson Paulo (qui a récemment prolongé son contrat). Le Brésilien va, quant à lui, faire appel à des joueurs équato-guinéen évoluant en deuxième division et troisième divion en Espagne.

«L’équipe nationale a quasiment été créée il y a un mois après le départ d’Henri Michel. Jusqu’au moment où l'on a eu la liste définitive des 23 joueurs, on ne savait pas du tout qui il y allait avoir dedans», ajoute le président de l'association France-Guinée équatoriale.

Une bonne partie des joueurs ont découvert la sélection équato-guinenne avec cette CAN. Ainsi, on recense dans la sélection 10 équato-guinéens nés en Espagne (certains sont métis, né de parents équato-guinéen et espagnols) 5 Camerounais et d'autres joueurs issus du Brésil, du Liberia, de la Colombie, du Nigeria ou encore de la Côte d'Ivoire. On ne retrouve que 2 «vrais» équato-guinéens (né dans le pays et évoluant dans son championnat).

Les joueurs de l'équipe nationale n'ont quasiment jamais joué ensemble. Pourtant leur bilan est très positif: deux victoires face la Libye et le Sénégal (2-1), et une défaite contre la Zambie (0-1).

Un parfum d'Espagne

Ivan Bolado est un parfait exemple de la politique mise en place par Paulo. Le joueur de 22 ans est né à Santander et évolue au FC Carthagena, club de deuxième division espagnole. Son père a des origines équato-guinéenne. C’est donc tout naturellement que le jeune attaquant est appelé par la Nzalang Nacional.

La forte présence de l'Espagne n’est pas un hasard. La Guinée équatoriale est une ancienne colonie espagnole et le pays de la péninsule ibérique y a laissé des traces (le pays est majoritairement hispaphone).

Si, avant la CAN, la Nzalang Nacional ne passionnait pas les foules, le football a toujours été un sport très populaire dans le pays. Les Equato-guinéens suivent avec passion la Liga, le championnat de football espagnol.

«Lors des classicos FC Barcelone-Real Madrid, on ne trouve plus personne dans les rues.»

Champion d’Europe 2008, championne du monde 2010, l’Espagne est actuellement la meilleure équipe du monde. Une grande partie de la formation équato-guinéenne est née en Espagne et/ou joue dans un championnat ibère.  

Si les hispano-équato-guinéens sont très loins du niveau des Xavi, Iniesta et autres Villa, ils vivent néanmoins dans un pays où le football est roi. Les métis ont hérité d’une double culture et ne sont donc pas insensibles au succès de la Roja.

«Ce sont des joueurs qui se sentent champion du monde quelque part.»

Aussi, certains de ces joueurs ont pu insuffler un esprit de la gagne à cette modeste équipe inexpérimentée. Une touche supplémentaire qui pourrait les emmener au-delà des quarts.

En route vers la finale?

Qualifiée pour les quarts de finale, la Nzalang Nacional n’a plus rien à perdre. Et les joueurs ne veulent sûrement pas s’arrêter en si bon chemin. Pour poursuivre leur parcours, les hommes de Gilson Paulo vont devoir battre les Eléphants de Côte d’Ivoire, grands favoris de cette CAN.

Cette année la compétition est très ouverte. Personne ne s’attendait à la débâcle sénégalaise (qui a perdu ses trois matchs de poules) et encore moins à la déconvenue des Lions de l’Atlas du Maroc.

Face à des Eléphants peu en vue lors des matchs de poule, tous les espoirs sont permis. Les Equato-guinéens disposeront, une fois de plus du soutien de leur peuple, qui les supporte avec ferveur depuis le début de la compétition.

Mais malgré des prestations de faible qualité, la Côte d’Ivoire reste l’une des plus grandes équipes d’Afrique. La génération dorée du football ivoirien tutoie les sommets depuis plusieurs années et rêve de soulever le trophée continental qui, jusque là, lui a échappé.

Emmenée par les frères Touré, Drogba, Gervinho, la sélection ivoirienne reste redoutable. Il faudra donc réaliser un véritable exploit pour venir à bout des Eléphants. Et si le miracle se produit, la Nzalang Nacional, galvanisée par cette incroyable performance, pourrait même se hisser jusqu’en finale:

«Si elle arrive à battre la Côte d’Ivoire, je pense que tout le monde commencera à y penser.»

Jacques-Alexandre Essosso

A lire aussi

Afrique: ton football fout le camp!

Football: dans le famille Touré, je demande Kolo

Football: dans la famille Touré, je demande Yaya

Mali: Giresse fait son nid chez les Aigles

Jacques-Alexandre Essosso

Journaliste à SlateAfrique.

Ses derniers articles: Le transhumanisme, une aubaine pour l'Afrique  James Bond connaît très mal l'Afrique  En Afrique, les bookmakers percent la Toile 

CAN 2012

Lions indomptables

Pourquoi Eto'o dit non à son pays

Pourquoi Eto'o dit non à son pays

Egypte

Pourquoi le football risque de mourir

Pourquoi le football risque de mourir

Football

Le salaire de Gerets, un secret d'Etat?

Le salaire de Gerets, un secret d'Etat?

Côte d'Ivoire

Mondial 2014

Les Algériens doivent éviter le scénario des Ivoiriens

Les Algériens doivent éviter le scénario des Ivoiriens

Attentes

Le cœur de l'Afrique bat déjà au rythme du Brésil

Le cœur de l'Afrique bat déjà au rythme du Brésil

Espoirs

Les chances de l'Afrique au Mondial

Les chances de l'Afrique au Mondial

Didier Drogba

Football

La Premier League, nouvelle terre d'accueil des joueurs africains

La Premier League, nouvelle terre d'accueil des joueurs africains

Steven LAVON

Football: la BD sur la carrière de Didier Drogba arrive en France

Football: la BD sur la carrière de Didier Drogba arrive en France

Isidore AKOUETE

Mondial 2014 : Absent face au Sénégal, Tioté a très mal

Mondial 2014 : Absent face au Sénégal, Tioté a très mal