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Libye - Les expropriés sous l'ère Kadhafi réclament la restitution de leurs biens

«C'était en 1976. Il nous a tout pris: nos usines, nos appartements, nos voitures. Il a vidé notre compte en banque et ne nous a laissé que cette maison» explique Badria El Buray à une journaliste d'Al-Jazeera.

Il, c'est le défunt Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen déchu tué le 20 octobre dernier après plusieurs semaines de fuite. Malgré sa mort, son souvenir hante toujours de nombreux Libyens, et les problèmes dans le pays sont loin d'être résolus. A commencer par le cas de ces expropriés qui demandent aujourd'hui la restitution de leurs biens confisqués sous l'ère Kadhafi.

Selon la règle n°4 du Livre vert instauré par Mouammar Kadhafi dès 1975, leurs biens avaient été saisis, revendus ou loués à d'autres citoyens à des prix bien en-dessous du marché. Près de quarante après, ils réclament réparation.

«Mon père a essayé de nous protéger; de défendre nos biens, raconte Badria El Buray, mais il a été battu et est décédé de ses blessures le soir-même. J'ai du trouver un emploi pour nourrir mes douze enfants» poursuit-elle.

Badria El Buray a conservé tous les documents prouvant que les usines, appartements ou voitures appartenaient à sa famille. Depuis 1976, elle n'a cessé de se battre pour récupérer ses biens. Aujourd'hui âgée de 71 ans, elle n'hésite pas à venir devant le bureau du nouveau Premier ministre libyen, Abdurrahim El Keib, pour faire entendre ses réclamations... Comme bien d'autres.

Le nouveau gouvernement libyen se dit à l'écoute de ses plaintes —il a reçu un petit nombre de ces plaignants comme l'atteste le reportage d'Al Jazeera—, mais avoue que le problème sera difficile à résoudre.

«On ne peut pas rendre les maisons maintenant, c'est trop compliqué, cela demande beaucoup de recherches, explique à Al-Jazeera le vice ministre de la Justice libyenne, Khalifa Ashour. Nous avons mis en place un livre de registres pour les expropriations depuis la libération de la Libye mais il y a des centaines de demandes. La nouvelle justice libyenne a pris le dossier en main mais cela prendra du temps. Cette loi sera revue et annulée seulement à condition qu'elle garantisse la sécurité du pays» 

Preuve que ces revendications sont de plus en plus nombreuses à Tripoli, la capitale libyenne, explique la journaliste d'Al-Jazeerah, la multiplication de graffitis sur des murs ou des maisons avec pour message «Cette maison appartient à la famille de...»

Un enjeu de plus auquel le nouveau gouvernement libyen doit faire face. La paix en Libye est loin d'être trouvée.

Lu sur Al-Jazeerah

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