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Egypte - Le «Charlie Chaplin arabe» condamné pour «diffamation envers l'islam»

Adel Imam a été condamné à trois mois d’emprisonnement pour «diffamation envers l’islam» dans ses œuvres artistiques par un tribunal du Caire, le 2 février. L’acteur égyptien écope également d’une amende de 1.000 livres égyptiennes, soit 126 euros.

Asran Mansour, avocat proche des salafistes, a porté plainte. Selon lui, l’acteur a ridiculisé l’islam, le jilbab et la barbe. Pour l'acteur Adel Imam, c’est l’incompréhension:

«Tous les films ou pièces de théâtre dans lesquels j'ai joué ont été soumis à la censure. Si celle-ci les avait jugés diffamatoires, elle les aurait interdits.»

Les rôles qui lui portent préjudice datent des années 90 comme dans Al Irhabi (Le Terroriste) sorti en 1994, il interprète un musulman fondamentaliste. Ou encore en 1998, lorsqu’il tourne en dérision les leaders autocratiques dans la pièce Al Zaeem (Le Leader).

A 71 ans, l’acteur reconnu dans le monde arabe a à son actif une centaine de films et une dizaine de pièces de théâtre. Son travail a toujours été considéré comme blasphématoire par les islamistes. Sur un plateau télévisé en 1998, il a eu une discussion très tendue avec trois islamistes des Frères musulmans, un parti aujourd’hui à la tête du Parlement égyptien.

Adel Imam a déclaré «faire appel de la sentence.» Selon plusieurs médias, la nouvelle a ébranlé le milieu artistique. Une manifestation de soutien est en prévision pour dénoncer les «procès portant atteinte à la liberté d’expression», dont celui de l'homme d'affaires égyptien Naguib Sawiris.

Considéré comme le «Charlie Chaplin arabe», Adel Imam est reconnu dans le monde entier. En 2006, L’Immeuble Yacoubian a obtenu le grand prix du long métrage de l’Institut du Monde Arabe à Paris. Pour ce film de Marwan Hamed, il a également reçu le prix du meilleur acteur.

Depuis 2010, l’acteur égyptien est ambassadeur de bonne volonté pour le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Dans sa biographie, cette instance internationale le décrit comme,

«un symbole pour les gens, promouvant la tolérance et les droits de l'Homme dans le monde arabe. Durant sa riche carrière, il a mêlé humour et tristesse pour dépeindre les gens ordinaires qui sont victimes d'injustice.»

Lu sur Emarrakech, Au fait Maroc, Le Monde, AFP

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