Mali: le pouvoir essaie de calmer la colère liée à la rébellion touareg


Heurts entre police et des familles de soldats combattant les rebelles touaregs, le 2 février 2012 à Bamako, au Mali AFP

Le pouvoir à Bamako tentait vendredi de calmer la colère liée la rébellion touareg qui a provoqué des manifestations contre sa gestion de la crise et contre des civils à la peau claire, au moment où des discussions entre le Mali et la rébellion ont lieu à Alger.

Après les avoir déjà entendues jeudi, le président malien Amadou Toumani Touré a de nouveau reçu vendredi des femmes inquiètes du sort de leurs maris soldats qui combattent dans le nord du Mali contre les rebelles touareg.

"Il s'agit de fermer la page de l'incompréhension, et d'ouvrir une nouvelle page pour que tout le monde puisse se parler", a déclaré un chargé de mission à la présidence de la République.

"Le président reconnaît que les femmes ont le droit d'avoir des nouvelles de leurs maris sur le front. C'est aussi nécessaire de mettre les soldats maliens dans les conditions face à l'ennemi. Le gouvernement s'y attelle", a-t-il ajouté.

Les femmes et proches des soldats dénoncent le silence sur la situation de ces soldats et la "mollesse du pouvoir" face aux rebelles touareg qui, depuis la mi-janvier, ont lancé une offensive dans le nord du Mali, en y attaquant plusieurs villes.

Des manifestations parfois violentes ont eu lieu jeudi à Bamako, Ségou (centre) et surtout à Kati, ville-garnison à 15 km de la capitale.

Des propriétés de touareg ont été saccagées mais les manifestants ont également exprimé leur colère en s'en prenant aux biens d'autres communautés à la peau claire, comme les Arabes du Mali ou des Mauritaniens installés dans le pays.

La vie reprenait timidement vendredi à Bamako où la circulation était cependant nettement moins dense qu'à l'habitude, a constaté un journaliste de l'AFP, qui a vu les restes de onze boutiques saccagées, des traces de pneus brûlés sur plusieurs artères.

Par crainte de nouvelles violences, les Touareg restaient terrés chez eux dans la capitale ou avaient trouvé refuge chez des amis maliens ou étrangers noirs.

Prières pour la paix

Quelques dizaines de Mauritaniens de Bamako avaient trouvé refuge à leur ambassade jeudi. Vendredi, une partie d'entre eux étaient retournés à leurs domiciles, a-t-on appris de sources concordantes.

Le Haut conseil islamique du Mali, pays à l'écrasante majorité musulmane, a appelé vendredi à l'organisation de prières dans les mosquées pour que la paix revienne et que "les Maliens vivent en frères".

Les violences se sont produites en dépit d'un appel du président malien à ne pas faire "l'amalgame" entre civils et rebelles touareg.

Depuis le 17 janvier, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et d'autres rebelles touareg mènent dans le nord malien une offensive et ont attaqué plusieurs villes en divers points de cette immense zone quasi-désertique: Ménaka, Aguelhoc et Tessalit, Anderamboukane, puis Léré et Niafunké.

Ces attaques ont fait plusieurs morts et blessés des deux côtés, chaque camp faisant état de lourdes pertes chez l'adversaire, mais leurs bilans sont difficiles à confirmer de sources indépendantes.

Outre les manifestations de colère, ces assauts ont provoqué l'exode de milliers de personnes, qui ont trouvé refuge dans des campements au Mali, mais aussi au Niger et en Mauritanie.

Vendredi, le ministre malien des Affaires étrangères, Soumeylou Boubèye Maïga, se trouvait toujours à Alger où il était arrivé la veille pour une rencontre avec des rebelles touareg. Rien n'a encore filtré sur cette réunion.

Face à l'aggravation de la situation, le président Touré a procédé à un "mini-remaniement" de son gouvernement, en permutant les ministres de la Défense et de la Sécurité, l'un prenant le poste de l'autre.

Les Etats-Unis se sont déclarés "profondément inquiets des violences à répétition dans le nord du Mali".

Inquiétude d'autant plus grande que cette zone est aussi le théâtre d'opérations d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui y détient treize otages occidentaux, dont six Français.

 

 

l'auteur

Slate Afrique avec l'AFP

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mise à jour 03/02/2012

 
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