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Un soldat de l'armée du Mali, dans l'est du pays, en 2006. REUTERS/Luc Gnago
Un soldat de l'armée du Mali, dans l'est du pays, en 2006. REUTERS/Luc Gnago

Mali: la fièvre de la rébellion gagne Bamako

Les actions de la rébellion touareg se poursuivent dans le nord du Mali. Pour protester contre l'inaction des autorités, des manifestations ont éclaté tout près de la capitale du pays.

Mise à jour du 22 mars: Coup d'Etat militaire à Bamako où des mutins ont pris contrôle du Palais présidentiel. Des militaires maliens ont annoncé le 22 mars au matin avoir mis "fin au régime incompétent" en place à Bamako, avoir dissout "toutes les institutions", suspendu "la constitution" et décrété un couvre-feu, dans une allocution à la radio-télévision nationale qu'ils occupaient depuis la veille.

Le porte-parole de ces soldats, le lieutenant Amadou Konaré, a affirmé qu'ils avaient agi pour faire face "à l'incapacité" du régime du président Amadou Toumani Touré "à gérer la crise au nord de notre pays".

                                          ***

Depuis l'attaque de Léré (région de Tombouctou) par les rebelles du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) le 26 janvier, Cheikhna Dicko suit depuis Bamako la situation des habitants de la ville de 23.000 habitants dont il est le maire. Au bout du fil, son homologue de Niafounké. Sa ville est attaquée. Ils recoupent leurs informations : les rebelles sont à proximité de la ville et «lancent des roquettes».

Depuis le début d'une nouvelle rébellion le 17 janvier à Ménaka, le MNLA a officiellement attaqué cinq villes parfois distantes de centaines de kilomètres. L'offensive de Léré est jusqu'à présent celle menée le plus au sud, aux limites du territoire de l'Azawad dont les rebelles réclament l'indépendance.

«L'attaque a eu lieu à 16h00, raconte Cheikna Dicko, un Arabe élu en 2009 par une population majoritairement tamasheq (le nom par lequel se désignent les Touaregs). Un garde de l'unité méhariste a déserté et a rejoint les rebelles à proximité de la ville avec un véhicule. Les militaires ont ensuite quitté les lieux car ils n'estimaient pas être suffisamment nombreux pour résister. Des échanges de tirs ont eu lieu à la sortie de la ville.»

Les infiltrations de rebelles dans l'armée - qui avait intégré des combattants des précédentes rebellions - ont été confirmées par les forces militaires.

Les rebelles ne s'en sont pas pris physiquement aux populations, lui-a-t-on rapporté. La minorité de combattants qui sont entrés dans Léré ont en revanche opéré une véritable razzia.

«Ils ont cassé la banque à céréales de la mairie, pillé le Cescom (centre de santé communautaire), saccagé la maison du sous-préfet, cassé des magasins, volé des motos et des véhicules, du carburant et des chameaux de l'unité méhariste. Ils ont enlevé le drapeau national de la mairie et de la sous-préfecture.»

«Nous les nordistes disons que cette rébellion n'est pas générale. Elle est le fait de quelques tribus tamasheq seulement. Beaucoup sont contre» , tient-il à ajouter.

Déplacement de population

Conséquence des combats ou de leur menace, plusieurs centaines de personnes ont déjà fui les zones concernées.

«Chaque cinq minutes des véhicules arrivent avec de nouvelles personnes, témoigne un fonctionnaire touareg de Léré réfugié à Fassala, en Mauritanie, où une délégation du HCR s'est rendue. L'armée avait abandonné Léré, confirme-t-il. La ville était entourée par les rebelles. Tous les problèmes c'est nous qui les récoltons toujours», déplore l'homme, qui garde en souvenir les massacres de civils perpétrés par l'armée et par les rebelles dans la région au début des années 90.

Après avoir admis le 26 janvier que «des pertes importantes, tant humaines que matérielles, ont été enregistrées de part et d’autre» le 24 janvier à Aguelhoc (région de Kidal), le gouvernement malien a décidé dimanche dernier de constituer une commission d’enquête suite aux «atrocités commises par les éléments du MNLA, de Aqmi et de divers groupes» dans cette localité. De son côté le MNLA nie combattre aux côté d'Aqmi et ne revendique pas tous les combats intervenus à Aguelhoc.

Des représailles

A la communication au compte-goutte du gouvernement commence à répondre l'impatience de la population. En premier lieu celle des familles de militaires. De violentes protestations ont éclaté le 1er février à Kati, ville-garnison située à 15 kilomètres de la capitale.

«Les manifestants s'en sont pris à la sous-préfecture, au tribunal et à la clinique d'un Touareg», rapporte un témoin sur place. La veille, des femmes de militaires ont marché de Kati à la présidence pour demander des explications au président malien Amadou Toumani Touré. Après un long silence ce dernier s'est exprimé mercredi soir à la télévision.

«Au Mali, on n’a plus besoin de prendre des armes pour se faire entendre. La démocratie offre toutes les voies d’expression à tout citoyen», a-t-il assuré dans une intervention visant à éviter que les combats actuels ne dégénèrent en règlements de comptes entre civils dans les rues maliennes.

«Les assaillants ont choisi le harcèlement sur le terrain pour exercer une pression sur l’opinion et, par conséquent, nous opposer les uns aux autres (...) Ceux qui ont attaqué certaines casernes militaires et localités au Nord ne doivent pas être confondus avec nos autres compatriotes Touareg, Arabes, Songhoï, Peulh… qui vivent avec nous, qui vivent nos difficultés, qui ont choisi le Mali, qui ont choisi la République, qui ont choisi la loyauté et qui ont les mêmes droits et les mêmes aspirations que nous à vivre en paix dans un pays dédié totalement à son développement.»

De fait les agressions contre les biens ou les personnes touaregs donnent du grain à moudre aux sympathisants du MNLA qui diffusent la propagande rebelle sur Internet et notamment sur Facebook à grands renforts de chansons, de cartes et de montages photos moquant le président.

De nouvelles manifestations sont prévues le 2 février dans la capitale.

«Compte tenu de la situation prévalant actuellement, je ne peux écarter le risque de débordements sur la voie publique. Je recommande à tous les compatriotes de s’abstenir, ces jours-ci, de tout déplacement en ville non indispensable», a expliqué le 1er février l'ambassadeur de France aux ressortissants du Mali.

Fabien Offner

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Fabien Offner. Journaliste français, spécialiste de l'Afrique de l'ouest. Il est basé à Bamako.

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