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Kenya: l'investiture de l'opposant Odinga, une "tentative de renverser" le gouvernement, selon un ministre

L'investiture symbolique de l'opposant kényan Raila Odinga mardi comme "président du peuple" était "une tentative de renverser" le gouvernement, a soutenu mercredi le ministre de l'Intérieur, accusant de "complicité" plusieurs chaînes de télévision suspendues indéfiniment pour avoir voulu retransmettre l'événement.

Devant des milliers de partisans en délire, Raila Odinga, 72 ans, a prêté serment mardi comme "président du peuple", un geste symbolique s'inscrivant dans le cadre d'un mouvement de désobéissance civile lancé après la réélection en 2017 du président Uhuru Kenyatta, que l'opposant refuse de reconnaître.

Le député d'opposition et juriste TJ Kajwang, qui a supervisé la cérémonie d'investiture, a été arrêté mercredi par la police au sujet de cet événement organisé dans un parc du centre de Nairobi.

 "Ce dont nous avons été les témoins au parc Uhuru était une tentative parfaitement orchestrée de renverser le gouvernement légalement constitué de la République du Kenya", a déclaré le ministre Fred Matiang'i dans un communiqué, ajoutant qu'une enquête a été ouverte.

L'annonce de cette prestation de serment avait fait craindre des violences mais, chose rare, les forces de l'ordre ont gardé leurs distances mardi avec la foule.

M. Matiang'i a soutenu mercredi lors d'une conférence de presse que la police avait agi de la sorte car "des éléments criminels opérant sous la bannière" de la coalition d'opposition Nasa avaient prévu de commettre des violences durant l'événement et de "blâmer la police".

- 'Atmosphère d'intimidation' -

Certains médias "ont participé à la promotion de cet acte illégal", a accusé M. Matiang'i. Il a rappelé que les retransmissions de plusieurs chaînes de télévision ayant bravé une interdiction de diffuser la prestation de serment de M. Odinga avaient été coupées par les autorités. Plusieurs d'entre elles avaient toutefois continué la diffusion sur internet.

Ces chaînes de télévision, qui incluent trois des principales chaînes privées du pays, Citizen TV, KTN News et NTV, "resteront fermées jusqu'à ce que l'enquête soit terminée", a précisé M. Matiang'i.

Le Media Council du Kenya s'est dit "choqué par la tournure récente des événements". "Un combat politique s'est transformé en la plus grande menace et attaque contre la liberté d'expression et les médias de l'histoire récente du Kenya", a-t-il dénoncé mercredi dans un communiqué.

Dénonçant une "atmosphère d'intimidation", les patrons de presse kényans avaient indiqué lundi dans un communiqué que le président Uhuru Kenyatta les avait convoqués pour menacer de "fermer et retirer les licences de tout média qui retransmettrait en direct" la cérémonie.

Les autorités kényanes ont "violé le droit du public à l'information", a soutenu Otsieno Namwaya, chercheur pour Human Rights Watch, cité dans un communiqué. "Le Kenya est sur une pente glissante en ce qui concerne les droits de l'Homme", a ajouté l'ONG.

- Boycottage -

Les Kényans avaient été appelés en 2017 à choisir leur président, mais cet exercice démocratique s'est transformé en une véritable saga, accompagnée de mois de troubles qui ont fait 92 morts, selon des défenseurs des droits de l'Homme, principalement dans la répression de manifestations de l'opposition.

Un premier vote, le 8 août, avait été remporté par M. Kenyatta, puis le résultat avait été annulé par une décision historique de la Cour suprême et un nouveau scrutin organisé le 26 octobre. Affirmant que la victoire lui avait été volée en août et que la nouvelle élection ne pouvait être crédible, M. Odinga avait boycotté le vote d'octobre.

M. Kenyatta l'avait dès lors emporté avec 98% des voix, avant d'être officiellement investi fin novembre.

Depuis l'élection d'octobre, la coalition d'opposition Nasa conteste la légitimité du président Kenyatta en cherchant à créer des structures de gouvernement parallèles. Des "assemblées du peuple" se sont réunies dans certains comtés et l'"investiture" de M. Odinga devait marquer l'apogée du processus.

Les conséquences de cette investiture symbolique restent incertaines, notent les observateurs. Les autorités avaient averti qu'elle pourrait constituer un acte de "trahison", soulevant la possibilité d'une arrestation, à haut risque, de l'opposant.

Mais l'opposant n'a pas prononcé le même serment que celui prévu par la Constitution pour l'investiture du chef de l'Etat, se proclamant par exemple "président du peuple", et non "président".

Le Mouvement de résistance nationale (NRM) lancé fin 2017 par M. Odinga, chargé de mettre en oeuvre le programme de désobéissance civile de l'opposition, a cependant été qualifié d'"organisation criminelle" mercredi par le ministre Matiang'i: "c'est un groupe d'individus qui souhaitent provoquer l'anarchie et le chaos".

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