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Au Cameroun, interdiction de tweeter

La crainte d’une propagation des révoltes arabes semble s'être aujourd'hui propagée jusqu'au Cameroun. Face au rôle-clé des réseaux sociaux dans l’organisation des mouvements contestataires, le gouvernement de Paul Biya aurait interdit depuis lundi dernier, le 7 mars 2011, l’usage de Twitter via les téléphones portables.

Le Journal du Cameroun rapporte que «pour des raisons de sécurité, le gouvernement camerounais demande la suspension de l’intégration Twitter sms sur le réseau MTN.»

En l’absence de déclaration officielle, des sources anonymes justifient l’application d’une telle mesure par souci de contenir d’éventuelles manifestations.

Le service Twitter-MTN avait été officialisé le 19 novembre 2010 à la suite du Forum des leaders africains des médias, à Yaoundé (capitale du Cameroun). Il s’agissait d’une collaboration entre l’opérateur téléphonique MTN et le réseau Twitter, dans le but de faciliter les communications entre les Camerounais, le tout à un tarif préférentiel.

Avec un système de «short code» (code court), les abonnés de MTN pouvaient recevoir des tweets gratuitement, et en envoyer pour le prix d’un SMS.

Pour Dibussi Tande, blogueur camerounais, «le gouvernement n’a pas tiré les bonnes leçons des évènements en Afrique du nord, particulièrement en Tunisie où le régime de Ben Ali a été renversé malgré l’interdiction de tous les réseaux sociaux depuis des années».

D’autant plus que la majorité de ceux qui utilisent les services de Twitter-MTN ne le font pas à des fins politiques. Comme l’explique le journaliste Bill Zimmerman sur le site 27 months, «au Cameroun, un partenariat Twitter-MTN bénéficie à tout le monde. Twitter profite de pouvoir s’imposer dans un marché grandissant […] et les abonnés à MTN peuvent se connecter entre eux et échanger du contenu mobile comme jamais auparavant».

A titre d’exemple, l’entreprise Agro-Hub, qui développe des marchés agricoles, utilisait ce service pour rester en contact et échanger des informations avec les producteurs locaux.

Sur son blog, Dibussi Tande ajoute:

«Les bénéfices socio-économiques de Twitter ont été complètement négligés au profit d’une politique largement symbolique, qui ne change pas la balance du pouvoir numérique entre le régime et les militants opposants à l’intérieur ni à l’extérieur du Cameroun […] la vraie menace potentielle à la sécurité nationale réside dans la combinaison des SMS standard et des smartphones, et non dans un service (Twitter), seulement utilisé par une poignée de personnes.»

Lu sur le Journal du Cameroun, Dibussi.com, 27months.com