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Egypte - Après la rue, la révolution dans les galeries d'art

«Les jeunes artistes sont au centre idéologique de la révolution. Tous réclament les grands lignes du 25 janvier: Etat de droit, liberté d’expression, égalité entre les citoyens quels qu’ils soient. Cette génération d’artistes a mis les deux pieds dans les espoirs du futur». Voilà les termes employés par l'hebdomadaire égyptien Al-Ahram pour parler de l'exposition «Shift Delete 30» qui s'est tenue au Caire du 10 au 31 janvier.

Une exposition qui regroupait 13 jeunes créateurs égyptiens exposés au centre Saad Zaghloul en Egypte avec une volonté: utiliser l'art comme moyen de résistance.

«Jamais l’art en Egypte ne s’est lancé aussi vivement dans la bataille pour l’avenir», affirme Al-Ahram.

13 artistes pour exprimer la frustration, la colère et la peur de ne rien voir changer un an après la révolution et la chute d'Hosni Moubarak. Après être descendus dans la rue, ils comptent bien se faire entendre dans les galeries comme l'explique Al-Ahram, qui précise que chacun a sa propre particularité:

«Amr Amer détourne les panneaux routiers et présente des idéogrammes de barbus et de monaqabat, interdisant l’accès des rues aux salafistes. Keiser tague sur les murs du Caire autant de symboles hostiles au Conseil suprême des forces armées. Ahmad Abdel-Latif présente une photo de Moubarak, le visage passé dans une corde de pendu.»

D'autres sont plus provocateurs. C'est le cas d'Ahmad Qassem qui n'hésite pas à peindre des soldats urinant sur des femmes voilées. Choquant ou audacieux, le message est clair: cette jeunesse égyptienne ne tient pas à se faire voler sa révolution par des extrémistes religieux.

«Les jeunes artistes ont les mêmes objectifs: tous sont plus ou moins libéraux, tous souhaitent que la religion reste à sa place, tous défendent des valeurs qui ne sont représentées ni par l’ancien régime, ni par l’armée, ni par les résultats des législatives» précise le quotidien égyptien.

Depuis un an que les dictateurs du monde arabe tombent les uns après les autres, l'art a laissé place à de nouvelles formes dans les pays arabes. En Tunisie, des street-artistes se sont fait remarquer par leurs pochoirs, en Egypte, d'autres ont décidé d'exposer des pierres lancées par la police égyptienne sur des manifestants pour en faire des oeuvres d'art.

Ces artistes, âgés de 20 à 30 ans, tendent à révolutionner l'art. Et n'ont plus peur ni de se cacher, ni de critiquer ouvertement la politique.

«Car si la révolution a amené de l'optimisme chez les jeunes artistes, elle a aussi fait surgir des craintes. Les dernières expositions le prouvent: la dernière génération n'est pas satisfaite des suites de la révolution» explique Al-Ahram.

Lu sur Al-Ahram

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