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© Damien Glez, tous droits réservés.
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B.-H.L.: moi, ce héros (Libyen)

Persuadé que la crise libyenne est soldée, Bernard-Henri Levy cultive un statut de héros d’Afrique. Il prépare son film intitulé Libya avec la guest star Nicolas Sarkozy.

Moi, B.-H.L., employé du Moi. Moi, B.-H.L., mondain mondial. Moi, B.-H.L., «Africain» né à Béni Saf, born again à Neuilly-sur-scène et «créé» à Saint-Germain-des-Prés, metteur en scène de son propre retour sur les incandescentes terres nord-africaines, sur ce continent dont la société paternelle importait le bois ivoirien, gabonais et camerounais.

Moi, B.-H.L., tour à tour observateur et acteur des turbulences soudanaises ou libyennes, émancipateur autoproclamé des peuples, déclic français dans le coup de pouce de l’OTAN au «printemps libyen», storyteller de rebelles aux mines pas trop patibulaires.

Moi, B.-H.L., 22e personnalité la plus influente au monde, selon la revue américaine Foreign Policy, suprême intellectuel engagé du XXIe siècle, héritier théorique –bien que politiquement insaisissable– de Jean-Paul Sartre, le philosophe qui entendait «prendre part à l’histoire». Si le «nouveau philosophe» B.-H.L. a reconnu le siècle passé comme celui de Sartre, il dessine l’actuel à son image. Gloire à ceux qui le surnommeraient Bernard «Histoire» Levy. Honte à Noël Godin qui voulut faire de B.-H.L., en 1985 à Liège, un Jean-Paul «Tarte».


Moi, B.-H.L., adepte du grand écart. Entiché du café de Flore, mais aussi de la faune de Benghazi. Ségolèniste mais sarkocompatible. Pourfendeur de la guerre qui néanmoins la suscite et indique sur son site que «L’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre». Garant, auprès de Benjamin Netanyahou, d’une normalisation promise des relations entre Israël et les nouvelles autorités libyennes qui, pourtant, se déclarent «surprises» par cette affirmation…

Le globe-trotter

Moi, B.-H.L., aventurier surprotégé qui traque, comme un chasseur d’autographes, les photos avec ceux qui risquent réellement leur vie, comme le commandant Massoud ou John Garang. Moi, B.-H.L., superstar flamboyante et journaliste fantasmé, véritable Tintin qui traverse des tempêtes de sable sans que sa tenue vestimentaire n’en porte les moindres stigmates. Comme les péripéties épisodiques du globe-trotter d’Hergé, le philosophe décline ses épopées : «B.-H.L. au Darfour», «B.-H.L. en Bosnie», «B.-H.L. en Afghanistan», «B.-H.L. en Libye»…


Moi, B.-H.L., tout à la fois sigle, marque, mascotte et mannequin de sa propre légende. Moi, B.-H.L., poil à gratter qui peut réquisitionner deux heures de l’emploi du temps surbooké d’un président-presque-candidat, comme le 21 avril dernier, pour faire de lui une interview qui ne devrait censément pas servir son projet de réélection, puisqu’elle sera diffusée après l’été 2012. Poil à gratter mais brosse à reluire qui joue de sa peoplisation pour que des fuites savamment distillées offre à la face de l’opinion le mystère de cet entretien historique; et la preuve que B.-H.L. a l’envergure pour déranger un chef d’Etat.


Moi, B.-H.L., auteur multicarte qui brouille les pistes en naviguant entre éditoriaux, romans, essais philosophiques, documents et fictions, entre la solitude littéraire, les esclandres médiatiques, les apparitions snobs et les productions audiovisuelles. Funambule de l’intellect qui se défend de faire romancier quand le style pompier dérange et qui se défend de faire journaliste quand le romanquête fait grincer les dents des puristes de la déontologie. Aux gardiens du temple, rappelons que B.-H.L. s’est fixé, par revue interposée, sa propre «Règle du jeu»...

Le cinéaste

Moi, B.-H.L., réalisateur pénétré qui éjaculera Libya comme il enfanta Bosna!. Au cas où Moustapha Abdeljalil ne porterait pas avantageusement le smoking requis sur le tapis rouge des festivals de cinéma, B.-H.L. pourrait être tenté par sa propre adaptation fictionnelle de sa propre adaptation documentaire de son propre livre.

Moi, B.-H.L., redeviendrait le directeur de casting inspiré du long-métrage Le Jour et la Nuit. Alain Delon, légèrement rajeuni par le maquillage et des extensions capillaires poivre et sel, interpréterait un B.-H.L. criant de vérité. Christian Clavier camperait un Nicolas Sarkozy d’autant plus crédible qu’il a déjà interprété Napoléon dans sa campagne d’Egypte. Pour ne pas être absente du générique, Arielle Dombasle (muse-épouse de B.-H.L.) aurait l’abnégation de prêter sa blondeur et sa moue à celles de la teigneuse Aïcha Kadhafi.

Pour trouver le comédien capable d’interpréter la démesure de son père, rien de tel que
les préceptes de Charlie Chaplin qui sublima les folies dictatoriales par ses tics d’humoriste. Fellag interprèterait un Guide libyen plus fou que nature. Et s’il «n’y a plus d’après» à Tripoli, cela rappellera toujours Saint-Germain-des-Prés…

Damien Glez

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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