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Les Tunisiens en marche contre l'intégrisme religieux

En Tunisie, le printemps arabe n’a pas eu que des effets positifs. Depuis la chute du dictateur Ben Ali et après la victoire du parti islamiste Ennahda aux élections pour l'Assemblée constituante, on assiste à une émergence de l'intégrisme et du fondamentalisme religieux, notamment des salafistes, qui tentent d'imposer leur loi, tandis que le gouvernement reste attentiste. Exaspérés par la situation, de nombreux Tunisiens n’ont pas l’intention de se laisser faire. Ainsi, le 28 janvier, était organisée à Tunis, la capitale, une grande manifestation pour les libertés, indique le site tunisien Business News.

Selon la police, 8 à 10.000 personnes ont tenu à marcher pour protester contre toute forme de violence et défendre les libertés et le processus démocratique. Tous les leaders de l’opposition ont participé à cette manifestation.

Cette Marche de la liberté s’est effectuée à l’initiative du Parti démocrate progressiste (PDP), rapporte Kapitalis. Cet appel fait suite à l’agression de journalistes et d’intellectuels devant le tribunal de Tunis, le jour du procès de la chaîne de télévision Nessma TV, mise en cause pour avoir diffusé en octobre dernier, Persépolis, un film de Marjane Satrapi. Les auteurs de ces violences sont des fondamentalistes religieux.

Outre les personnalités politiques (Ahmed Nejib Chebbi du PDP, Ahmed Brahim de l’Ettajdid, Iyed Dahmani…), de nombreux intellectuels étaient présents en tête de cortège, à l’image de l’écrivain Abdelaziz Belkhodja (qui est également membre du PDP).

Au cœur de la manifestation, on a pu entendre des chants patriotiques et certains entonnaient l’hymne national. «Emploi, liberté et dignité nationale», «Pour la défense des libertés», «Tounes horra horra, la khwanjia la rejiâa» (Tunisie libre, sans islamistes et sans réactionnaires), «Ôumala’ alwahabia, hezzou yedikom âl khadhia» (Collabos des wahhabites, levez la main sur la cause) sont les slogans que l’on a pu retrouver sur les banderoles brandies par les manifestants. Très présent dans la manifestation, le drapeau tunisien tient également une place très importante.

Madame Abdelkefi est professeur à l’université. Cette dernière s'inquiète de la radicalisation que connaît actuellement son pays.

«Je suis là pour manifester contre toute éventualité de retour à la dictature. Je crains de voir s’installer la violence, les passe-droits et l’utilisation de la religion à des fins politiques. Cela ne peut que m’inquiéter. Moi qui suis universitaire je peux vous dire que devant ce que devient l’université comme champ politique, où à la place du savoir comme symbole, on met un drapeau noir qui appelle au meurtre, à la haine des journalistes, des artistes et de tout ce en quoi on croit, ma crainte d’un avenir incertain est de plus en plus grandissante».

Kapitalis a recueilli le témoignage d’un fonctionnaire qui a voté pour le parti islamiste Ennahda et qui le regrette aujourd’hui:

«Oh, je suis content. Cela s’est très bien passé. Il s’agit d’un signal clair au gouvernement pour qu’il prenne au plus vite des décisions concernant les provocations des extrémistes religieux.»

Lu sur Business News, Kapitalis

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