mis à jour le

Jean Ping, le président de la commission de l'Union africaine. REUTERS/Thomas Mukoya
Jean Ping, le président de la commission de l'Union africaine. REUTERS/Thomas Mukoya

Union africaine: renaître ou mourir

Si l’organisation panafricaine ne veut pas disparaître dans les oubliettes de l’histoire, elle doit de toute urgence trouver un nouveau souffle.

Mise à jour du 30 janvier: Le sommet de l'Union africaine n'est pas parvenu le 30 janvier à Addis Abeba a élire un président pour son organe-clé, la Commission, les chefs d'Etat se divisant à peu près à égalité entre le Gabonais Jean Ping et la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Quatre tours de scrutin ont exposé les lignes de fracture entre Afrique anglophone et francophone, australe et occidentale, même si les dirigeants africains s'efforçaient de minimiser la portée de ces divisions.

****

L’Union africaine finira-t-elle comme l’Organisation de l’unité africaine (OUA), « un petit club de dictateurs »? Si elle veut éviter ce destin funeste, elle doit relever trois défis en 2012 : avoir un leadership fort, trouver des sources pérennes de financement et susciter l’adhésion populaire.

Cherche chef désespérément

La crise libyenne et surtout l’intervention occidentale pour renverser le régime de Kadhafi ont profondément divisé le continent, certains y voyant une forme de néo-colonialisme

D’autres ont pleuré la disparition d’un généreux donateur, sachant s’attirer de nombreux courtisans grâce à ses inépuisables pétrodollars.

Il faudra réconcilier les deux camps et cela ne sera pas facile.

D’autant plus que le président de la Commission de l’UA a un défaut de taille pour parler haut et fort.

S’il n’est « qu’ un » ancien ministre, les présidents en exercice, dont de célèbres autocrates bien vissés à leur siège, ne se gênent pas pour le lui faire remarquer. Et ne le considèrent pas comme un égal. Et même s’il est un ancien chef d’Etat, il est perçu comme un « has been ».

Le « chef » de la Commission, installé dans son tout nouveau siège « made in China », devra en outre faire le grand écart entre les deux grandes supers puissances africaines : l’Afrique du Sud, la locomotive économique, et le Nigeria, le géant démographique.

Pretoria et Abuja lorgnent tous les deux sur le prochain siège (permanent) de l’Afrique au sein d’un conseil de sécurité de l’ONU élargi aux pays émergents. Sur le plan diplomatique, la guerre est de plus en plus féroce, et  a des implications mondiales.

Les Sud-Africains se tournent vers les Chinois, les Nigérians vers les Etats-Unis.

Le président de la Commission risque fort de se retrouver dans les années à venir entre le marteau sud-africain et l’enclume nigériane.

 « chercher l’argent »

L’autre grand défi  reste bien sûr le financement de l’organisation panafricaine. La Libye de Kadhafi savait se montrer plus que généreuse, mais les nouveaux maîtres de Tripoli risquent d’être plus avares. Même scénario pour l’Egypte.

Jusqu’à présent, le financement était assurée par le « club des cinq » (Afrique du Sud, Algérie, Egypte, Libye, Nigeria), chaque pays versant 15% de la partie « africaine » du budget. Est-ce que le Nigeria se montrera aussi généreux si la candidate sud-africaine rafle la mise ?

Comment vont réagir les bailleurs de fonds occidentaux, si l’UA devient de plus en plus pro-chinoise, notamment en défiant la Cour pénale internationale (CPI)?

Un rapport du Sénat français notait récemment que « sur l’ensemble de son budget de 250 millions de dollars (175 millions d’euros), seuls 45 millions proviennent des contributions des Etats membres » et « au sein de cet ensemble, seuls quelques pays contribuent de manière significative ».

La montée en puissance de Pékin, qui ne reconnaît pas la CPI et était hostile à l’intervention de l’OTAN en Libye, risque de froisser les Occidentaux. A trop embrasser l’un, on provoque la jalousie des autres.

L’UA doit réfléchir sérieusement à des moyens propres pour se financer. Pourquoi ne pas instaurer une taxe sur tous les trajets aériens en provenance ou à destination d’un pays africain? Au début, cette taxe doit être minime pour être relativement indolore. Pour être ensuite augmentée progressivement.

 « Sois mon ami »

Mais encore plus que l’argent, ce qui manque à l’organisation panafricaine, c’est une véritable adhésion populaire. Le panafricanisme est pourtant un noble idéal.

Une journée de l’UA fériée dans tous les 54 Etats membres pourrait être l’occasion de célébrer les grands panafricanistes, de faire vivre les mythes d’un idéal.

Des concerts géants pourraient être organisés, avec l’aide financière de grands groupes privés qui seraient ainsi associés à une image positive de l’Afrique.

Ces concerts pourraient être diffusés par les chaînes africaines. Si on peut diffuser les matchs de la CAN, pourquoi pas des concerts une fois par an?

Et l’UA devrait justement être associé d’une manière ou d’une autre à la CAN, le football restant le sport roi sur le continent.

Les livres d’histoire des pays membres pourraient aussi consacrer plusieurs pages à l’idéal panafricain ainsi qu’à l’histoire de l’OUA puis de l’UA.

Des bourses, même modestes,  devraient être délivrées aux élèves méritants.

Il est impératif de créer du « lien » entre les technocrates d’Addis et les citoyens du continent.

L’UA pourrait investir massivement les réseaux sociaux, en animant en plusieurs langues des pages Facebook, en répondant aux questions des internautes, en favorisant l’émergence de blogs «panafricains», en se servant plus souvent de Twitter.

Bref, l’Union africaine ne devrait pas oublier qu’elle vit au XXIème siècle et qu’un Africain sur deux a moins de 20 ans.

Adrien Hart

A lire aussi

Quand Pékin fait main basse sur l'Afrique

Jean Ping, un homme bardé de certitudes

L'impuissance de l’Union africaine

Les maux croisés de l’Union africaine

L'Union africaine en déroute face à Kadhafi

Cour pénale internationale: l'Afrique entre en résistance

Adrien Hart

Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

Ses derniers articles: L'Afrique qui marche est anglophone  Le Sénégal a du pain sur la planche  Mali: Paris et Washington, pas d'accord 

Boni Yayi

Bénin

L'impossible vérité sur l'affaire Patrice Talon

L'impossible vérité sur l'affaire Patrice Talon

Alerte rouge

Au Bénin, la contestation s’habille en rouge

Au Bénin, la contestation s’habille en rouge

Masterchef

Les présidents préfèrent les cuisiniers blancs

Les présidents préfèrent les cuisiniers blancs

Jean Ping

Election présidentielle

Au Gabon, Jean Ping n'a pas abandonné son combat contre le régime

Au Gabon, Jean Ping n'a pas abandonné son combat contre le régime

Gabon

L'immense solitude d'Ali Bongo lors de sa cérémonie d'investiture

L'immense solitude d'Ali Bongo lors de sa cérémonie d'investiture

Ali Bongo

Le Gabon s'est résigné à attendre la prochaine élection présidentielle

Le Gabon s'est résigné à attendre la prochaine élection présidentielle