mis à jour le

L'artiste ivoirien Aboudia s'est inspiré de la crise en Côte d'Ivoire dans son oeuvre. REUTERS/Finbarr O'reilly
L'artiste ivoirien Aboudia s'est inspiré de la crise en Côte d'Ivoire dans son oeuvre. REUTERS/Finbarr O'reilly

La sécurité, prochain cheval de bataille de Ouattara

Artisan de la réhabilitation de la Côte d'Ivoire sur la scène internationale, Ouattara doit maintenant se consacrer à la sécurité de son pays.

Après plusieurs mois de crise sociopolitique meurtrière en Côte d’Ivoire, le président Ouattara a fini par s'imposer et dirige le pays depuis plus de six mois maintenant. Durant cette période, il a su revaloriser l’image de son pays, très affaiblie ces dix dernières années sur la scène internationale et restaurer l’autorité de l’Etat au niveau national.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est de nouveau fréquentable et crédible aux yeux de la communauté internationale et auprès des bailleurs de fonds internationaux. Elle n’est plus vue comme un Etat xénophobe et raciste.

Pendant dix ans, à la moindre crise politique, l’ancien pouvoir s’en prenait aux étrangers avec des discours démagogiques qui trouvaient un écho favorable auprès des esprits fragilisés par plusieurs années de chômage et de «galères». On leur faisait croire que ces étrangers étaient à l’origine de leurs souffrances, malgré de nombreux contrats signés avec des entreprises occidentales.

Ouattara a apporté du changement...

Qu’on soit partisan ou adversaire politique de ce nouveau pouvoir, l’honnêteté intellectuelle et morale nous amène à constater et reconnaître les actions positives de ces six mois de gouvernance Ouattara-Soro.

Le pays commence enfin à être gouverné et géré de manière responsable. Par exemple, les fonctionnaires et les agents de la présidence de la République sont désormais au travail à partir de 7h30 le matin et effectuent réellement leur temps de travail et cela du lundi au vendredi soir. Les week-end qui débutaient le vendredi, voire même le jeudi pour les plus nantis, pour cause de funérailles ou autres engagements privés ou familiaux sont aujourd’hui bannis.

Les rues sont propres, les caniveaux entretenus et des travaux d’assainissement ont été réalisés afin d’éviter dorénavant les drames à chaque saison de pluie. Les trottoirs sont dégagés et les ordures sont ramassées tous les soirs. Plus surprenant encore, les policiers et gendarmes commencent à éviter les raquettes sur les routes. A l’hôpital, dans l’administration, pour passer des concours, à l’école publique, on n’est plus obligé de donner de grosses sommes d’argent pour que l’Etat fasse son devoir, même si les habitudes demeurent toujours.

... mais les FRCI  restent un problème

Cependant, la même exigence intellectuelle et morale veut également que les faiblesses du gouvernement Ouattara-Soro soient reconnues de la même manière. Pour tous les Ivoiriens, quel que soit leur bord politique, la principale faiblesse de ce gouvernement reste sa gestion problématique des Forces Républicaines de Côte Ivoire (FRCI), qui commence à s’améliorer.

Pendant dix ans, le président Gbagbo a été pris en otage par les Forces de Sécurité et de Défense (FDS) qui se targuaient ouvertement d’avoir installé le «Woody de Mama» au pouvoir en 2000. De la même manière, certains éléments non immatriculés et incontrôlés des FRCI s’étaient donnés certaines libertés aux conséquences dramatiques, au motif qu’ils ont «permis la prise de pouvoir effective» du nouveau président, par leur engagement au combat.

Le chef de l’Etat ivoirien était en effet confronté à une montée de l’insécurité qui a fragilisé son pouvoir et l’a obligé de fait à prendre des mesures drastiques contre son armée afin qu’elle mette de l’ordre dans ses rangs. Ce qui a été fait, et les effets commencent à se faire sentir.

Il faut cependant reconnaitre que depuis la crise postélectorale ivoirienne, on ne sait plus «qui est qui». N’importe qui peut se faire passer pour un élément des FRCI, une arme à la main, habillé en treillis, avec des tongues aux pieds et des lunettes noires sur le visage.

Beaucoup d’armes ont été distribuées de part et d’autre, et à n’importe qui. Des bandits de grands chemins, on été libérés de la prison d’Abidjan pour aller combattre. Des jeunes désœuvrés, à la recherche d’un sens à leur existence, se sont sentis valorisés par le fait de détenir de nombreuses armes de guerre et s’exhiber en tenue militaire sans aucune formation. A ceux-là, il faut rajouter les Dozos, ces chasseurs traditionnels qui ont pris goût à la vie de soldat et refusent désormais de reprendre leur métier de chasseurs.

Aujourd’hui, la principale préoccupation du président Ouattara est de trouver le moyen de pouvoir désarmer tout ce monde et faire revenir la sécurité dans le pays. Il sait aussi que certains acteurs politiques et militaires peuvent ne pas avoir intérêt à ce que la sécurité revienne. Cela pourrait menacer leur pouvoir, les rendre de fait inutile et voir peut-être leurs ambitions fortement contrariées. Tous ces éléments font malheureusement partie des stratégies et manœuvres politiques que doit gérer le nouveau président régulièrement élu en Côte d’Ivoire.

Macaire Dagry

A  lire aussi

Alassane Ouattara, le meilleur ami de la France

Côte d'Ivoire: Ouattara peut-il vraiment réussir?

Côte d'Ivoire: Ouattara fait les mêmes erreurs que Gbagbo

Côte d’Ivoire : les quatre pièges à éviter en 2012

Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

Ses derniers articles: Les Ivoiriens ont déjà les yeux rivés sur la présidentielle de 2015  La France ne peut plus faire l'impasse sur son passé esclavagiste  Les jeunes ivoiriens, prisonniers du désespoir et de la violence 

Alassane Ouattara

Crise

Derrière les mutineries en Côte d'Ivoire, un bras de fer politique?

Derrière les mutineries en Côte d'Ivoire, un bras de fer politique?

Election présidentielle

Cette Côte d'Ivoire qui ne vote pas et rêve d'un retour de Gbagbo

Cette Côte d'Ivoire qui ne vote pas et rêve d'un retour de Gbagbo

Politique

Notre résumé de tout ce qu'il faut savoir sur l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire

Notre résumé de tout ce qu'il faut savoir sur l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire

FRCI

Le Temps

Après avoir échappé aux Frci : Koua Justin raconte son enlèvement manqué (Le Temps)

Après avoir échappé aux Frci : Koua Justin raconte son enlèvement manqué (Le Temps)

Le Temps

Pour enlever Koua Justin : Les Frci envahissent la direction des Impôts de Daloa (Le Temps)

Pour enlever Koua Justin : Les Frci envahissent la direction des Impôts de Daloa (Le Temps)

Le Temps

En visite dans le Zanzan : Miaka Ouretto découvre les dégâts causés par Les Frci (Le Temps)

En visite dans le Zanzan : Miaka Ouretto découvre les dégâts causés par Les Frci (Le Temps)

Guillaume Soro

côte d'ivoire

Mamadou Koulibaly, le révolté ivoirien

Mamadou Koulibaly, le révolté ivoirien

côte d'ivoire

Hamed Bakayoko, le grand shérif ivoirien

Hamed Bakayoko, le grand shérif ivoirien

Côte d'Ivoire

Des soldats français au banc des accusés

Des soldats français au banc des accusés