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Tunisie - Ces intégristes religieux qui se croient tout permis

La librairie Mille Feuilles est probablement celle dont on parle le plus en ce moment à La Marsa, une ville située à une vingtaine de kilomètres de Tunis. Pourtant, elle se serait bien passée de cette publicité. Depuis le 23 janvier, la librairie a reçu des menaces de la part d’inconnus lui ordonnant de retirer un des livres exposés dans sa vitrine. La particularité de cet ouvrage? Son titre: «Femmes au bain, le voyeurisme dans la peinture occidentale», et sa couverture: une peinture datée du XXe siècle représentant trois femmes nues.

L'individu à l'origine de cette mise en garde s'est présenté comme étant un professeur de mathématiques. Il prétendrait agir au nom d'un groupe de Salafistes pour signifier à la librairie que le livre ne respectait pas les valeurs de l'Islam. C'est ce que rapporte le site internet tunisien Tuniscope, qui ajoute:

«Cet ordre viendrait, éventuellement, d'inconnus "ultra-conservateurs" qui s’organisent en milices et qui s’autoproclament groupes de contrôle moral ayant pour mission de vérifier si les gens sont en train de respecter "la loi de Dieu" et de défendre l'islam, partout et par tous les moyens.»

L'histoire aurait pu en rester là. Les deux responsables de la librairie, Lotfi el Hafi et Amina Hamorouni, prenant cette menace au sérieux, ont retiré le livre de la vitrine le soir même... Avant de le replacer le lendemain.

«Je l'ai remis le lendemain matin parce qu'il ne faut pas céder», a expliqué Lotfi el Hafi à L'Economiste Maghrébin.

Une démarche qui semble-t-il n'a pas été appréciée puisque le 25 janvier, un autre homme est venu dans la librairie se plaindre de l'ouvrage.

L'Economiste Maghrébin indique que cet homme s'est présenté au titre d'huissier-notaire travaillant pour la police, et a demandé «de manière très agressive» à ce que le livre soit retiré.

«Il nous a dit qu'il ne voulait pas qu'on ait de problèmes», a déclaré Amina Hamorouni. Nous lui avons expliqué qu'il avait été vendu. Mais il nous a conseillé d'éviter de recommencer pour notre bien» poursuit la jeune femme.

La librairie devrait déposer une main courante auprès de la police. 

«Pour certains, cette histoire n'a, en apparence, rien de grave, mais au delà d'une simple menace apparait une nouvelle forme de "censure" qui vise à éradiquer tout contenu intellectuel qui peut toucher à la religion, à la société et à la femme, notamment son corps qui est soumis, au nom de l'art, à l'exploitation et l'avilissement...» affirme Tuniscope.

Ouvrage de Jacques Bonnet, le livre au centre de toutes les tensions retrace l'histoire de la représentation du nu à travers des thèmes picturaux mythologiques, historiques et bibliques.

Lu sur Tuniscope, L'Economiste Maghrébin

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