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Favoris de la CAN, les Eléphants de la CAN ont déçu lors de leur premier match. REUTERS/Stringer.
Favoris de la CAN, les Eléphants de la CAN ont déçu lors de leur premier match. REUTERS/Stringer.

Afrique: ton football fout le camp!

Déjà décriée lors des dernières éditions pour la mauvaise qualité de ses matchs, la Coupe d'Afrique des Nations 2012 offre un niveau de jeu très faible.

Quelqu’un regarde-t-il encore cette Coupe d’Afrique des Nations (CAN)? Si c’est le cas, il a bien du mérite. Quel ennui! Mais quel ennui! Depuis le début de la compétition, il faut prendre soin de garder sa télécommande à la main en s’installant devant la télévision.

Suivre un match de cette CAN en zappant ne fait pas courir beaucoup de risque. On ne rate pas grand-chose si ce n’est quelques buts bien peu nombreux et quelques images des tribunes et des supporters toujours amusantes.

Qui va gagner? Franchement, à voir le jeu pratiqué, on dira que l’on s’en moque un peu même si le cœur penche pour le Sénégal (est-ce enfin son année?), la Côte d’Ivoire (cela ferait du bien au pays et aux Ivoiriens) et, bien entendu, la Tunisie et le Maroc (assumons notre fibre maghrébine…).

L'histoire d'amour du foot africain

Il fut un temps où la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) était un rendez-vous privilégié et pas seulement pour les recruteurs. C’était un moment unique attendu par les amoureux de beau jeu fatigués par l’emprise des froides tactiques à l’européenne.

L’Afrique et le ballon rond, cela a longtemps été une histoire d’amour, de «hourra football», d’attaques débridées, de défenses un peu dépassées, pas très rigoureuses et de joueurs aussi inconnus que talentueux que l’on découvrait presque par hasard, au détour d’un débordement sur l’aile, d’un retourné acrobatique ou d’une longue chevauchée balle au pied.

Petits ponts, râteaux, ailes de pigeon: le public qui se lève, les commentateurs qui hurlent au micro... On pouvait perdre, on pouvait gagner mais l’essentiel était de bien jouer. Puis est venu le temps du réalisme. Celui des coachs européens venus inculquer aux joueurs africains l’art de la rigueur, du bon placement, de la gestion des efforts. Fin des fantaisies et terminé le temps des attaquants que personne n’oblige à revenir défendre et du (vrai) numéro dix qu’on laisse libre de ses mouvements.

Disons-le tout de suite, cela n’a pas débouché tout de suite sur la catastrophe actuelle. Il y a eu une période dorée, celle des années 1980 et du début des années 1990. Une époque bénie parce qu’elle a permis la coexistence, fut-elle parfois heurtée, entre, d’un côté la folie et la générosité du jeu africain et, de l’autre, la rigueur à l’européenne. C’est ce qui a permis à des équipes comme le Cameroun, le Nigeria ou l’Algérie de briller.

Le mélange était savant car il préservait l’essentiel. Le beau geste, l’inclinaison à attaquer, à toujours opter pour l’offensive. C’était aussi l’époque où défendre le 4-3-3 voire le 3-5-2 ne vous faisait pas passer pour un dangereux illuminé. Surtout, c’était encore le temps où les gamins africains n’étaient pas abreuvés d’images de football européen et ne cherchaient pas à imiter des attitudes standardisées qu’ils voyaient sur l’écran.

La mauvaise influence européenne

Le recours à des entraîneurs occidentaux connus pour leur manque d’appétence pour le football offensif (Le Guen entraînant le Cameroun, Valid Halilhodzic pour l’Algérie, aaargh…), l’expatriation de nombreux joueurs africains désormais calibrés et défensivement normés par leurs clubs respectifs, l’emprise de la télévision qui prend désormais le pas sur ce que l’on peut imaginer ou créer en jouant dans la rue ou dans un terrain en mauvais tuf, tout cela explique pourquoi le jeu africain semble souvent si insipide.

A cela s’ajoute l’affairisme de fédérations bien peu préoccupées par la formation et, surtout, l’édiction de philosophies de jeu à défendre à tous prix quelles que soient les sélections et leur âge. En Algérie, au Cameroun, au Nigéria (trois grands absents de cette CAN), qui s’occupe de dire «c’est ainsi que l’on doit jouer car, quitte à perdre, perdons la tête haute». Il y a bien l’Egypte, équipe au jeu à la fois robuste, technique et tourné vers l’offensive, mais il se trouve qu’elle aussi est absente de la CAN.

Alors gardons la main sur la télécommande. Et continuons d’espérer. Un jour, peut-être, un Guardiola sénégalais ou sud-africain fera son apparition. Livre sacré à la main, il réhabilitera le football africain, et le rendra conforme à ses traditions et aux attentes des supporters. Et ce n’est qu’ainsi que la CAN redeviendra un grand rendez-vous du football.

Akram Belkaïd

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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