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Tunisie - Emirs du Golfe et rois du braconnage

Y en a marre des émirs du Qatar! Les associations tunisiennes de protection de l’environnement enragent. La raison? Des dizaines de dignitaires du Golfe, notamment de l'émirat du Qatar, se rendent régulièrement dans la région d’El Makhrouka, située à 200 km de Tataouine, au sud de la Tunisie, pour s'adonner à un petit plaisir qui coûte très cher: la chasse à l'outarde et à la gazelle de Thomson, deux espèces animales protégées.

Les associations tunisiennes dénoncent les pratiques de déprédation de la faune saharienne en voie de disparition.

Dans le désert du Sahara, ces dignitaires du Golfe installent régulièrement des tentes d’envergure... Non pas pour contempler le paysage féerique de la région, mais pour s’adonner à leur sport favori: la chasse l'outarde.

«Ils se déplacent en véhicules 4x4, guidés par des GPS et armés de fusils Sniper. Ils disposent même de cartes détaillées du désert, leur facilitant les déplacements dans les coins les plus reculés du Sahara, traquant leur proie fétiche, sans risque de se perdre», explique le quotidien algérien El Watan.

Sur les lieux des battues, ils font appel à des guides locaux pour les emmener vers les endroits où se trouvent leurs proies.

Pour lutter contre ces pratiques, les associations de protection de l’environnement tunisiennes ont lancé un appel aux autorités tunisiennes, les pressant d'intervenir. El Watan souligne que, récemment, les mêmes défenseurs de l’environnement avaient observé un sit-in devant l’ambassade du Qatar à Tunis, le 30 décembre dernier, scandant des slogans tels que «il faut sauver les dernières outardes de la Tunisie du braconnage!».

La presse tunisienne avait même rapporté la déclaration du président de la Fédération tunisienne des associations de chasse, annonçant que «des militants vont intenter des actions en justice à l’encontre des responsables tunisiens ayant accordé des autorisations de chasse aux émirs du Golfe après la révolution».

Pourtant, ces pratiques ne sont pas nouvelles, notamment en Tunisie. Déjà en 1980, les spécialistes avaient tiré la sonnette d'alarme sur les conséquences de ces battues sauvages qui menaçaient l'équilibre écologique de cette région saharienne.

L'outarde et la gazelle sont classées parmi les animaux protégés en vertu d'un décret daté du 20 août 1983 en Algérie. Avec l'arrivée au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika en 1999, cette activité s'est de plus en plus développée jusqu'à aujourd'hui.

Comme le souligne El Watan, «Contrairement à l’Algérie, la société civile tunisienne n’est pas restée inactive.»

Une réaction tunisienne qui pourrait s'expliquer par le mécontentement de plusieurs Tunisiens face au nouveau rôle de premier plan joué par le Qatar en Tunisie? Lors du premier anniversaire de la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, le 14 janvier dernier, le Qatar était l'invité d'honneur des festivités. Tout un symbole pour certains.

Lu sur El Watan

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