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Le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, le 26 janvier 2012, à Abuja. REUTERS/Afolabi Sotunde
Le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, le 26 janvier 2012, à Abuja. REUTERS/Afolabi Sotunde

Goodluck Jonathan doit gérer le chaos

Réélu en avril 2011, le président du Nigeria est à la tête d'un pays toujours en proie à de multiples violences. Goodluck Jonathan doit faire face à l'instabilité religieuse et aux tensions autour de l'industrie du pétrole.

Une nouvelle menace est en train d’émerger pour le commerce mondial du pétrole : le Nigeria, qui est à nouveau une force de déstabilisation potentielle pour le pétrole mondial, au côté de l’Iran.

Le déclencheur est double: une décision du président Goodluck Jonathan annulant les subventions (très populaires) des carburants, ce qui a fait descendre dans les rues de Lagos, lundi 9 janvier, des milliers de Nigérians, et un massacre perpétré par le groupe islamiste Boko Haram.

La grève générale a déjà ralenti les échanges commerciaux effectués en monnaie nationale. Et maintenant, selon Chris Kay et Elisha Bala-Gbogbo de Bloomberg, il faut s’attendre à ce que les négociants mondiaux en pétrole fassent partir les prix à la hausse s’ils sentent la moindre perturbation dans l’exportation des 2,2 millions de barils quotidiens de pétrole du pays.

Le delta du Niger, une zone de violence

Au Nigeria, les troubles ne datent pas d’hier: voleurs de pétrole, auteurs d’enlèvements et autres groupes de bandits attaquent depuis longtemps Shell, Chevron et Exxon Mobil, qui procèdent à de vastes opérations d’extraction du pétrole dans le delta du Niger.

Ces bandits sautent dans leurs bateaux, attaquent une des grandes plateformes pétrolières, et avant qu’on ait compris ce qui se passe, les prix du pétrole ont grimpé dans le monde.

Goodluck Jonathan étant lui-même originaire du delta du Niger, il possède une crédibilité qui manquait aux anciens dirigeants. En s’appuyant sur des initiatives lancées par son prédécesseur, Umaru Yar'Adua, le président a géré une période relativement pacifique dans le delta.

L’apaisement des conflits dans le delta ne constitue qu’une des nombreuses tâches auxquelles s’est attelé Goodluck Jonathan depuis qu’il est devenu président, il y a presque deux ans.

Il a aussi cherché à réduire la corruption, à apporter une certaine discipline au budget déficitaire de l’Etat, et à bâtir une économie moins volatile, le tout en voulant transformer l’immense richesse pétrolière du Nigeria en une prospérité largement partagée dans le pays.

Hausse du prix de l'essence

C’est avec cette idée en tête qu’il a supprimé le 1er janvier les subventions aux carburants, précisant qu’elles coûtaient huit milliards de dollars par an, un montant insupportable, et qu’elles profitaient surtout à un petit groupe d’intermédiaires.

Mais depuis cette date, les prix de l’essence ont doublé, la plupart des habitants sont furieux, illustrant ainsi le truisme disant qu’il est facile de mettre en place une subvention, mais extrêmement difficile de la supprimer (l’Arabie saoudite devait elle aussi supprimer les subventions aux carburants, mais elle hésite à le faire à cause de cette règle économique de facto, selon James Herron du Wall Street Journal).

L’Assemblée nationale du Nigeria a soutenu les grévistes et s’est opposée à Goodluck Jonathan sur cette question.

Des conflits religieux

En plus des troubles liés aux carburants, Goodluck Jonathan a déclaré l’état d’urgence à la suite des tueries perpétrées par Boko Haram, qui a lancé un ultimatum aux chrétiens pour qu’ils quittent le nord musulman.

L’an dernier, près de 500 personnes ont perdu la vie au cours d’attaques, dont au moins 43 personnes lors de l’explosion d’une bombe le jour de Noël dans une église de la capitale Abuja.

Goodluck Jonathan a déclaré qu’il soupçonnait des gens de son propre gouvernement et des services de sécurité de soutenir en secret Boko Haram.

La situation géopolitique a été le principal moteur des prix du pétrole depuis 2006, lorsque le matelas de l’offre excédentaire mondiale a commencé à devenir excessivement mince.

Si l’on supprime la menace de nouvelles perturbations d’approvisionnement, les prix seraient probablement bien moins élevés – autour de 80 dollars le baril. Mais il n’y a aucun signe d’apaisement dans le Printemps arabe, les ambitions nucléaires de l’Iran, ou les défis posés à Goodluck Jonathan.

Steve LeVine

Foreign Policy

Traduit par Sandrine Kuhn

Steve LeVine est l’auteur de The Oil and the Glory et correspondant à l’étranger

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