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Maroc: le Mouvement du 20 février entend s'inscrire dans la durée


Des milliers de manifestants défilent le 3 juillet 2011 à Casablanca AFP Abdelhak Senna

En manifestant dimanche par milliers dans plusieurs ville du Maroc, le Mouvement du 20 février qui réclame des changements profonds n'entend pas baisser les bras malgré la victoire écrasante du camp du "oui" au référendum sur une révision de la Constitution.

Des cortèges et des rassemblements ont eu lieu dimanche à l'appel du Mouvement qui organise des manifestations depuis le début de l'année.

Comme s'ils ignoraient le succès du plébiscite, des milliers de jeunes ont défilé dimanche dans les villes où ils sont traditionnellement implantés: Casablanca, Rabat et Tanger, au nord du Maroc.

Le mouvement entend visiblement inscrire la contestation: "le 20 février a exprimé hier (dimanche), en manifestant en masse, son refus clair de la nouvelle constitution et nous allons continuer à le faire chaque dimanche", a déclaré à l'AFP Najib Chaouki, l'un des membres du Mouvement.

Pour le politologue Mohamed Madani, "les slogans que le Mouvement a mis en avant dès le départ n'étaient pas conjoncturels. Ils transcendaient la question référendaire pour se focaliser sur la monarchie parlementaire, la justice sociale et la corruption" de l'entourage du pouvoir.

Ce mouvement qui a vu le jour dans le sillage des contestations populaires en Tunisie et en Egypte comprend différentes tendances qui se démarquent des partis politiques traditionnels.

Ainsi trouve-t-on pêle-mêle dans leurs rangs des "cyber-militants", pour la plupart indépendants, des militants de gauche et des islamistes du groupe Justice et bienfaisance, officiellement interdit mais toléré par les autorités.

Peu connu à l'étranger, ce groupe islamiste se veut pacifique mais son message politique est difficile à déchiffrer. En tant qu'ONG impliquée dans l'aide sociale, il détient une grande capacité de mobilisation tant auprès de certaines professions libérales qu'au sein des classes les plus défavorisées.

Dans les manifestations, il forme le plus gros du cortège de jeunes qui réclament plus de démocratie, comme on a pu le constater lors de la manifestation de dimanche à Casablanca, capitale économique du pays qui compte plus de 4 millions d'habitants.

Pour le Parti islamique justice et développement (PJD, opposition parlementaire), qui compte plus de 40 députés au parlement --et qui est le principal rival de Justice et Bienfaisance --le Mouvement du 20 février doit "maintenant jouer un autre rôle politique".

"Ce mouvement de jeunes doit, après le référendum, s'impliquer davantage dans la lutte contre la corruption, et veiller à ce que l'Etat tienne ses engagements", a déclaré Abdelilah Benkirane, le secrétaire général du PJD, au quotidien Assabah.

Ce point de vue est partagé par le politologue Mohamed Tozy, qui a participé à la rédaction de la nouvelle Constitution. Selon lui, les autorités ont "besoin" que "le Mouvement 20 février joue un rôle de +veille+ dans le cadre de la mise en oeuvre des réformes prévues par le référendum constitutionnel.

La nouvelle Charte renforce les pouvoirs du Premier ministre et du parlement tout en préservant la prééminence politique et religieuse du monarque. Il prévoit également des réformes renforçant l'Etat de droit et l'indépendance de la justice.

Selon ce texte, le Premier ministre, issu du parti vainqueur aux élections, aura la possibilité de dissoudre la chambre des représentants, ce qui était jusque là du seul attribut du roi.