mis à jour le

Une étoile filante traverse le ciel de Cancun le 13 août 2010. Reuters/Gerardo Garcia
Une étoile filante traverse le ciel de Cancun le 13 août 2010. Reuters/Gerardo Garcia

Maroc: une fortune tombée du ciel de Mars

Les débris d’un corps céleste rare et précieux d’origine martienne tombés dans le sud marocain font la fortune des «chasseurs de météorites»

Mise à jour du 6 janvier 2013: La météorité découverte dans le désert marocain en 2011 serait une pierre de type inconnu venu de la planète Mars d'après une étude de chercheurs américains de l'université du Nouveau Mexique dirigée par le professeur Carl Agee publiée sur la revue Science. Northwest Africa 7034 (NWA 7034) qui pèse 320 grammes et est âgée de 2 milliards d'années seulement est surnommée Black Beauty.

*****

18 juillet 2011, deux heures du matin, une boule de feu traverse le ciel étoilé de la vallée de l’Oued Draâ au Sud-est du Maroc. Aznid Lhou, berger de son état, est l’un des témoins oculaires de cet extraordinaire phénomène cosmique. Selon son récit à l’AFP, «cette boule était d'abord de couleur jaune avant de tourner au vert, éclairant toute la région et se brisant apparemment en deux morceaux». D’autres témoins ont également indiqué qu'un «double bang supersonique» avait été entendu dans toute la vallée.

Un caillou tout droit venu de… Mars!

Il s’agit en fait de la chute d’une météorite de sept kilos tombée au Maroc en juillet, qui d’après les scientifiques de la Meteoritical Society, l'association scientifique internationale de référence est d'origine martienne. Les experts de cette organisation ont analysé des mois durant des fragments de l’objet céleste dispersés après son impact sur la terre et ont conclu qu'elle provenait bien de la planète rouge. Le Pr Hasna Chennaoui Aoujehane, experte marocaine des météorites qui a dirigé des investigations sur le terrain, a aussi confirmé l'origine martienne de la météorite. Citée par Libération, Carl Agee, directeur de l'Institute of Meteoritics à l'université du Nouveau Mexique qui en a acquis un morceau de 108 grammes, estime que «cette découverte est d'une grande importance, la météorite n’ayant pas été contaminée par un long séjour sur notre planète avant d'être analysée».

Un Graal pour exobiologistes

«Plus l’arrivée sur Terre est récente, moins grands sont les risques de contamination par des organismes vivants terrestres et donc plus il est facile de montrer que d'éventuelles traces de vie sont bien d'origine martienne» explique le site spécialisé Futura-Sciences.

Aussi explique Paris-Match, «les traces fossilisées de bactéries ou de microbes que l’on pourrait y trouver constitueraient donc la preuve tant attendue qu’il y a ou qu'il y a eu de la vie sur Mars. Des scientifiques croient pouvoir découvrir des fossiles de micro-organismes sur d'autres météorites martiennes».

La rareté de cette météorite martienne, baptisée Tissint  du nom du village où elle a atterri avant de s’éparpiller en débris sur le sol, réside dans le fait qu'elle est la cinquième dans les annales dont la chute a été observée par des témoins. Des météorites venant de Mars, tombant sur la Terre, ne sont observés que tous les 50 ans en moyenne. Ce n'était pas arrive de mémoire d’astronome depuis 1962 au Nigéria. La première observée de visu le fut en France en 1815 près du village de Chassigny (Haute-Marne). Tissint est donc un nouveau Graal pour les exobiologistes.

Un champ de Mars plus cher que l’or

L’intérêt porté à ces bolides martiens ne réside pas seulement dans la recherche scientifique et de l’éventuelle découverte de traces de vie extraterrestres. Les fameux morceaux de la météorite marocaine, dont le poids varie d'un à 987 grammes, ont été patiemment collectés fin 2011 par des nomades qui les ont vendus à des courtiers.

«Les villageois qui s'étaient aussitôt lancés à la recherche de ses fragments, au lendemain de sa chute, ont trouvé là mieux que de l'or, un vrai cadeau du ciel négociable aux alentours de 300 euros le gramme!» relate l’hebdomadaire Le Point. Les intermédiaires les ont revendus à des collectionneurs privés et à des musées du monde entier à des prix variant de 500 à 1000 dollars le gramme, selon Carl Agee. La valeur de cette météorite est ainsi de 10 à 20 fois supérieure à celle de l'or, dont le gramme s'échange à environ 56 dollars. Soit entre 11000 à 22500 dollars l'once. La valeur totale de la météorite frôle donc les 3 millions d’euros! Une vraie fortune tombée du ciel!

Maroc, terre promise des «martiennes»

Cette météorite provient de déjections qui ont résulté de la collision, il y a des milliers d’années, d'un astéroïde avec la planète Mars. La roche a alors pérégriné dans l'espace avant de rencontrer la Terre. Pour en déterminer l’origine martienne, les astrophysiciens ont comparé sa composition et son âge avec d’autres corps similaires découvert depuis des dizaines d’années. Ces caractéristiques communes laissent croire qu’il s’agit bien de débris provenant de la planète rouge. En 1975, la mission spatiale américaine Viking avait permis d'étudier l'atmosphère de Mars, composée à 95 % de dioxyde de carbone (CO2). «La découverte en Antarctique d'une météorite comportant des cristaux avec de minuscules bulles de gaz, de composition strictement similaire à l'atmosphère de Mars, confirmait l'hypothèse initiale» ajoute Le Point. La plupart des météorites de ce type proviennent de la ceinture d'astéroïdes, région du système solaire située entre Mars et Jupiter. Fin 2011, la Meteoritical Society, avait répertorié quelque 41600 météorites, un nombre qui augmente d’environ 1500 chaque année.

Le boom du e-commerce cosmique

Dans le sud marocain, les découvertes récurrentes de météorites font de cette région une sorte de terre promise des astres en perdition dont les plus recherchés sont les «martiennes».Un ouvrage de référence sur le sujet est d’ailleurs paru récemment dont l’auteur est un collectionneur marocain féru de cailloux extraterrestres. Sur internet, des forums de «chasseurs de météorites» révèlent l’ampleur de ce hobby lucratif. Certains aficionados y égrènent les principales trouvailles au point que pour nombre d’observateurs, il pleuvrait des météorites sur le Maroc:

«La dernière était à Benguerir en 2004, il y a eu Oum Dreyga en 2003 mais à Zag au Sahara Occidental, également, Oued el Hadjar en 1986 et à Douar Mghila en 1932» peut-on lire sur ce forum.

D’autres en proposent même la vente à travers des petites annonces postées sur la Toile. Mieux, certains sites marchands se sont même spécialisés dans leur revente, faisant de ce commerce un business florissant qui s’étend à tout le Sahara si l’on en croit le journal algérien L’Expression qui voit non sans humour dans ces poussières cosmiques une richesse sur laquelle l’Union du Maghreb Arabe (UMA) pourrait se bâtir.

Ali Amar

A lire aussi

Raël, prophète du plaisir

Casablanca a son ghetto pour riches et revenants

Maroc, pays où la schizophrénie est reine

 

Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

météorite

satarbf

Une météorite tombe

Une météorite tombe

Actualités

Vidéo : La caméra cachée de la météorite sur une TV LG : Plus vrai que nature !

Vidéo : La caméra cachée de la météorite sur une TV LG : Plus vrai que nature !

APS

Tcheliabinsk: la météorite a pu frôler le Soleil avant de tomber sur Terre

Tcheliabinsk: la météorite a pu frôler le Soleil avant de tomber sur Terre

or

AFP

Centrafrique: le mirage de la mine d'or de Gaga

Centrafrique: le mirage de la mine d'or de Gaga

AFP

Le teff, céréale sacrée d'Ethiopie, aliment en or pour l'export?

Le teff, céréale sacrée d'Ethiopie, aliment en or pour l'export?

Rapport

Le circuit de l'or en RDC

Le circuit de l'or en RDC

planète Mars

Fatwa

Aller sur Mars est-il proscrit par l'islam?

Aller sur Mars est-il proscrit par l'islam?