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Le ministre de l'intérieur Claude Guéant. REUTERS/Charles Platiau
Le ministre de l'intérieur Claude Guéant. REUTERS/Charles Platiau

Cette France de Sarkozy qui ne veut plus de nous

Monsieur Guéant ne sait peut-être pas que s’il fait très froid en ce moment en France, ici, l’on a très faim.

Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur de notre très cher ami Nicolas Sarkozy ne veut plus nous voir en peinture dans son pays. Même nos étudiants qui finissent leurs études chez lui, il veut qu’ils rentrent dare-dare dans leurs pays respectifs qui, dit-il, ont plus besoin de leurs compétences que la France. Dur, dur ! Monsieur Guéant ne sait peut-être pas que s’il fait très froid en ce moment en France, ici, l’on a très faim.

On a beau faire, pas de boulot, donc pas de quoi bouffer, et quitte à choisir, on préfère aller là où on peut avoir de quoi manger. Le froid, on peut le supporter avec de vieux habits même ramassés dans les poubelles. Quant à la faim, je le mets au défi de venir essayer de la supporter, ne serait-ce que pendant deux jours. La seule façon pour lui de nous empêcher d’emprunter nos pirogues qui, somme toute, ne sont pas forcément moins sûres que les plus gros bateaux de croisière italiens, pour aller chercher à bouffer et dans le même élan, colorer un peu son pays, est de nous aider beaucoup à créer des emplois chez nous.

Sarkozy n’est pas d’humeur très riante

Si nous fuyons nos pays, ce n’est pas parce que nous ne les aimons pas. C’est à cause de la faim et de certains dictateurs qui ont une compréhension très africaine des droits de l’homme et de leurs citoyens. Or, depuis que le triple A de notre très cher ami Sarkozy est devenu un simple double A, et que du coup son boulot des cinq prochaines années semble très compromis, il n’est pas d’humeur très riante.

Je l’ai vu à la télévision l’autre jour et il n’avait pas l’air d’être prêt à aider des éternels fauchés à boucler leurs éternelles fins de mois difficiles. Surtout que nous sommes nombreux à avoir toujours des fins de mois difficiles. Dur, dur! Que nous reste-t-il à faire? Trouver d’autres amis prêts à nous aider? Il y a les Américains qui sont d’excellents amis. Mais peut-être parce qu’ils sont durs d’oreille, chaque fois qu’on leur dit « aide », ils répondent « trade ». Trade veut dire « commerce ».

Par le passé, nous leur avions vendu nos hommes et femmes les plus musclés. Ça ne nous a pas beaucoup enrichis. Bien au contraire. Aujourd’hui, nous leur vendons nos pétrole, café, cacao et autres cacahuètes, et ça ne nous enrichit pas davantage. Et si nous leur proposions des djembés fourrés aux liasses de CFA? Nous pourrions demander à notre ami Robert Bourgi d’aller les démarcher pour nous. Il est un excellent représentant en djembés fourrés aux liasses de CFA. Il y a aussi les Chinois qui sont de très chers nouveaux amis.

Les Chinois sont de très bons amis

Mais chaque fois que nous nous tournons vers eux, nos anciens amis rient jaune. Il est vrai que les Chinois sont de très bons amis qui nous aident à nous endetter quand plus personne ne veut nous prêter de l’argent, mais généralement les produits qu’ils nous vendent à des prix défiant toute concurrence ont des durées de vie défiant tout autant le bon sens. On appelle ça du « chinetoc » et très souvent, c’est vraiment du toc.

Et surtout, ils ont le défaut de ne pas créer d’emplois chez nous pour nous, mais plutôt pour leur nombreuse population. On se demande d’ailleurs comment des gens qui ne font qu’un seul enfant arrivent à nous battre sur ce terrain ; nous qui sommes polygames et dont la richesse est le grand nombre d’enfants. C’est ce que nos parents nous disaient et nous sommes encore nombreux à le croire. Nous avons d’autres nouveaux amis tels que les Coréens, les Indiens, les Brésiliens, mais leurs pays sont trop éloignés pour nos pirogues. Même motorisées. Alors, mes chers frères et sœurs, sans vouloir vous saper le moral, je crains que nous n’ayons à bosser encore plus et beaucoup mieux que nous ne le faisons actuellement, si nous ne voulons pas crever de faim.

Venance Konan (Fraternité matin)

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Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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