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Défilé de mode à Casablanca le 8 mai 2009. Reuters/Rafael Marchante
Défilé de mode à Casablanca le 8 mai 2009. Reuters/Rafael Marchante

Casablanca a son ghetto pour riches et revenants

Réservé à une clientèle aisée, le tout nouveau Morocco Mall de Casablanca serait également fréquenté par des esprits venus d'outre-tombe...

Le tout nouveau Morocco Mall, le plus grand centre commercial d’Afrique du Nord, serait hanté. «Des bruits bizarres et des chevaux auraient été entendus dans le sous-sol, à l’endroit où sont stockées les marchandises», rapporte le site d'information africain Afrik.com. En tout cas, la folle rumeur continue de faire le buzz dans la presse et sur la toile marocaine qui affirme que la direction du mall a même eu recours à des séances d’exorcismes… Psychiatres, spécialistes des rites ancestraux et communicants qui y ont vu un moyen publicitaire pour attirer le chaland ont été sollicités par les médias pour décrypter le phénomène.

Des cancans à n’en plus finir

Une histoire à dormir debout comme le raconte le correspondant de la chaîne de télévision TV5Monde à Casablanca, tellement insolite qu’elle suscite même des vocations à l’image de ce jeune chansonnier qui en a fait un tube qui cartonne sur Youtube. Pour enrayer la rumeur qu’elle juge «malfaisante», la direction du Morocco Mall a réagi par voie de communiqué accusant les auteurs de ce canular de vouloir «générer un sentiment de peur chez la clientèle». Une sortie médiatique qui n’a malheureusement pas convaincu tant le service de relations publiques du centre commercial  avait enchaîné les bourdes. Depuis son inauguration, ce temple du shopping version XXL alimente les cancans de la capitale économique du royaume.

Premier couac, l’expulsion des journalistes marocains de la cérémonie d’inauguration exclusivement réservée à la presse internationale. Quant à la presse étrangère, à qui l’on a déroulé le tapis rouge comme la chaîne française M6: elle a rendu compte du faste hollywoodien de cette cérémonie en relatant les frasques de la chanteuse Jennifer Lopez qui en a assuré le show pour la modique somme de 1 million de dollars, sans compter sa suite royale au Hyatt de Casablanca et la location d’un jet privé pour la faire venir des Etats-Unis.

Quand le glamour côtoie la misère

Mais cette débauche de communication n’a pas eu que des retombées glamour en ces temps de révolutions arabes. Piqués au vif, les médias locaux ont fustigé cette «modernité de façade» soulignant au passage que l’accès au mall est filtré au faciès, les manants étant priés de rebrousser chemin par des gros bras et que la tenue vestimentaire était un critère discriminant. Sur les forums, on s’interroge sur cette hérésie de vouloir faire respecter un code vestimentaire à la clientèle que l’on associe volontiers à une ghettoïsation volontaire des riches, soit à une concession faite aux conservateurs qui depuis la victoire des islamistes aux législatives ont le vent en poupe.

Quant à la presse américaine invitée en force, elle y a surtout vu le nouveau symbole d’un Maroc à deux vitesses à l’image de l’envoyé spécial de l’agence AP (Associated Press) qui s’interroge si le Maroc est réellement prêt pour le Morocco Mall:

«Le Morocco Mall est le symbole des contrastes qui existent dans le pays dans lequel 8.5 millions de personnes vivent dans la pauvreté, un pays classé 130ème sur 186 d’après l’Index du Développement Humain de l’ONU, un pays qui peut, néanmoins, accueillir Shakira ou Kanye West pour des concerts en été»

«Le pays a le plus fort taux d’analphabétisme et le plus grand taux de chômage au Moyen Orient et en Afrique du Nord, d’après le coefficient Gini, un outil utilisé par les économistes pour mesurer l’inégalité de distribution des revenus dans un pays. L’inégalité y grandit en plus, d’année en année», poursuit-il.

De quoi en effet tirer le diable par la queue.

Ali Amar

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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