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Les graines d'artistes des révolutions arabes

Ils ont exprimé leur rage sur des murs, ont laissé parler leur imagination pour libérer la colère contenue depuis des années du temps des dictateurs. Ils sont aujourd'hui exposés dans les plus grandes galeries et musées internationaux. Issus des révolutions arabes, ils offrent un regard novateur sur l'art arabe avec leur création. Et pourrait bien réinventer l'art arabe contemporain.

C'est le cas d'Achraf Foda, une Saoudienne d'origine égyptienne, dont l'oeuvre sera exposée à Francfort en janvier 2012. Son art? Des pierres lancées par la police militaire égyptienne lors des révolutions, dont elle a décidé de faire une oeuvre d'art. Comme un moyen de ne pas oublier. El-Reedah Saie, de la Galerie d'Art moderne et contemporain islamique de Londres, qui représente l'artiste, explique au quotidien britannique The Guardian:

«Avant les soulèvements dans les pays arabes, l'art arabe était perçu soit comme étant exotique [...], soit comme étant ancré dans la tradition islamique. Les artistes se méfiaient de montrer leur travail qui pouvait être perçu comme trop politique.»

Aujourd'hui, les artistes révolutionnaires ne se cachent plus. Ils s'offrent, au contraire, aux yeux du monde entier. Londres, Paris, Dubai, désormais, toutes les grandes capitales mondiales se les arrachent.

Nermine Hamman s'inscrit dans cette nouvelle fascination mondiale du grand public pour l'art arabe, qui témoigne de l'importance des révolutions arabes. Artiste égyptienne exposée à Paris en novembre 2011 à la Villa Emerige, elle est l'une des artistes post-révolutionnaires les plus en vue du moment. Elle s'est notamment fait connaître par des photomontages combinant des photos de soldats prises durant les manifestations de janvier 2011, place Tahrir, sur des fond de paysages idylliques. Ces photos ont été exposées aux Rencontres de la photographie à Bamako, au Mali.

Un relent d'intérêt pour l'art arabe qui s'explique par la multiplication d'expositions sur le sujet. Ainsi, la Biennale de Venise a tenu, en 2011, la plus grande exposition consacrée à l'art arabe contemporain en Europe, The Future of a Promise, tandis qu'à Londres, le maire, Boris Jonhson, présentait le tout premier festival de culture arabe contemporain, Shubbak, dans lequel les pierres de la place Tahrir d'Achraf Foda seront exposées. 

«Il y a un véritable appétit de comprendre le contexte des soulèvements dans le monde arabe», affirme El-Reedah Saie au Guardian.

Mais ces artistes émergents ne font pas que susciter l'intérêt du large public. Ils intéressent également les acheteurs. Venetia Porter, conservatrice de la section de l'art islamique et contemporain au British Museum a ainsi expliqué au Guardian que les œuvres de certains artistes qui coutaient 5.000 livres (environ 6.000 euros) en 2005, coûtent désormais jusqu'à 50.000 livres (environ 60.000 euros)...

Lu sur The Guardian, RFI

 

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