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Img 162, by akeki via Flickr CC
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RDC: l'étrange guerre de popotins

A Kinshasa, les fesses sont un atout majeur dans l'arsenal de séduction. Pour accroître le capital charme, presque tous les coups sont permis.

«Mwan na tikaka moke, sima ekoli… » (l’enfant que j’ai laissée petite, son postérieur a grossi.) C’est par ces paroles d’une chanson de l’artiste musicien congolais Werrason que la piste est prise d’assaut. Le DJ enchaîne avec Kipe ya yo, titre d’un autre artiste congolais, JB Mpiana. «Pesa mokongo, tanda biloko … » (donne le dos, et étale les choses). Pas de répit, tout le monde sur la piste s’exécute. Le buste un peu penché vers l’avant, les fesses repoussées et mises en évidence, un léger coup de pied, et c’est parti! D’un même rythme, hommes et femmes  se trémoussent en remuant le popotin, pendant que la musique s’emballe. Et c’est là que la compétition devient rude.

Les filles, généralement bien fournies par la nature, exhibent leurs «avoirs». Pour le plus grand bonheur des admirateurs, qui ne manquent jamais. Celles que la nature a le moins gâtées, s’accrochent pour ne pas être à la traîne. Même si certaines, parmi elles, naviguent entre frustration et acceptation de soi. Nadine N’tanga se retrouve dans le rang des celles qui s’acceptent. Svelte, elle n’a aucun complexe avec sa taille fine. Seulement, elles sont de moins en moins nombreuses, les filles qui assument leur finesse.

Certains les aiment charnues

Aujourd’hui à Kinshasa, capitale de la RDC, la tendance est à la conquête des fortes tailles. Les femmes qui ont des formes généreuses n’hésitent pas à les mettre en évidence. Qu’elles soient vêtues de pagnes ou d’un pantalon, les formes sont bien mises en exergue.

Ainsi, un marché s’est formé depuis plus d’une décennie. De nombreux commerçants de Kinshasa proposent des produits pour développer les postérieurs féminins. Un produit destiné à l’élevage porcin avait même connu un franc succès auprès de la gent féminine. Les demoiselles en quête de rondeurs recevaient une injection de ce produit pour avoir de «grosses fesses».

Mais cela n’a pas toujours été sans conséquence. Carine (le prénom a été changé, ndlr) en a fait les frais, comme le raconte une de ses amies:

«Un creux s’est formé à la fesse droite où elle a reçu l’injection, et toute la chair a été arrachée. Depuis, Carine doit compenser ce vide avec des étoffes, pour retrouver l’équilibre fessier. Malgré ça, elle a quand même pris un peu de volume au pays-bas», ajoute l’amie en question.

Quand elle parle de «pays-bas», n’imaginez pas la Hollande. Il s’agit d’une expression kinoise pour désigner les fesses. Toutes les filles veulent avoir des bassins charnus, une «carrosserie pleine», explique Mamy Ndundu, âgée d’environ 30 ans.

Mais aujourd’hui, finis les produits destinés à l’élevage porcin. La mode est au C4, un médicament dont les filles raffolent. Quand elles n’utilisent pas le Tshia fouin (Ose dire un mot et je deviens comme toi). C’est comme un défi que certaines filles lancent aux autres pour dire qu’elles peuvent aussi grossir comme elles.

«Le C4 est vendu en pharmacie, prescrit essentiellement pour des personnes souffrant de manque d’appétit. Maintenant, les filles qui veulent avoir des postérieurs développés en achètent aussi», explique Vumilya Nyemba, une jeune infirmière de Kinshasa.

Explications à dimension variable 

Cette tendance choque certains parents, du moins pour ceux qui osent en parler. Parmi eux, Ndaya Angélique, mère de huit enfants, dont six filles et deux garçons.

«Si ma fille ose prendre ces produits, je vais l’engueuler pour qu’elle arrête. Et puis, pourquoi vouloir changer son corps, demande la dame. Si Dieu vous a créé mince, restez comme ça, recommande cette mère de famille. C’est vraiment triste de voir que les enfants d’aujourd’hui font n’importe quoi pour avoir des grosses fesses.»

Début de réponse:

«Il semble que les hommes africains aiment les femmes qui ont des formes, tente d’expliquer Mamy Ndundu. Un de ses collègues s’extasie en regardant les filles dans les clips des musiciens congolais.»

Pour le psychologue Timothée Kamanga, basé à Kinshasa, «ce serait pour plaire aux hommes que les filles recourent à ces produits». 

«La non-acceptation de soi et le désir de séduction pour attirer les regards masculins sont les motivations qui poussent les filles à recourir à ces pratique», ajoute-t-il.

Certaines filles font même usage des cubes magies (cube d’assaisonnement), qu’elles utilisent comme suppositoire, juste pour grossir leurs arrières. Et les conséquences sur la santé sont innombrables, avec, par exemple, des problèmes d’incontinence, et autres soucis cardiaques. En entendant, les admirateurs de ces jeunes femmes, continuent de se rincer les yeux.

Jacques Matand

 

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Jacques Matand

Journaliste congolais, spécialiste de la région des grands lacs en afrique. Rédacteur en chef adjoint du site grandslacsTv.com.

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