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Tunisie - Le neveu de Ben Ali «victime d'un acharnement»

Condamné à 15 ans de prison ferme et 150.000 dinars d'amende (environ 75.000 euros), pour une affaire de chèques sans provision par le tribunal de Tunis en octobre 2011, Imed Trabelsi, le neveu de Leïla Trabelsi, l'épouse du dictateur déchu Zine el-Abidine Ben Ali, vient de s'exprimer de la caserne de l'Aouina où il est détenu depuis son arrestation le 14 janvier 2011.

Avec l'accord de son avocat, maître Wissem Saidi, ce dernier s'est confié par écrit et en français au quotidien Le Parisien qui publie l'interview ce mardi 17 janvier 2012.

Après sa grève de la faim entamée au début du mois de novembre 2011 et qui n'aura duré que 28 jours, l'homme le plus détesté de la Tunisie fait part de sa «surprise» quant aux soulèvements populaires tunisiens de janvier 2011, estimant que la situation ne lui semblait «pas explosive au point d'imaginer une révolution»:

«Il est vrai aussi que certains proches, ou qui se faisaient passer comme tels, profitaient de leurs relations pour faire des affaires, reconnaît-il. Mais pour cela, il fallait l'accord des responsables politiques en charge des secteurs économiques concernées.»

Dans cette interview, le détenu Imed Trabelsi accable l'ex-président Ben Ali en soulignant qu'il «s'est peu à peu éloigné du peuple»:

«Beaucoup de nouveaux éléments se sont accumulés, favorisant sa chute: la crise économique, mais aussi les restrictions envers les libertés et les opposants politiques», poursuit-il.

Pour Imed Trabelsi, la révolution n'est pas terminée. La Tunisie n'a toujours pas de «justice équitable et de médias libres et indépendants». Deux conditions «qui ne sont pas réunies pour le moment». Une analyse sur laquelle le détenu, «victime d'un acharnement», s'appuie pour relativiser ses condamnations:

«Je n'ai pas bénéficié de la grâce générale accordée au cours du mois de mars 2011. (…) Ces chèques provenaient des comptes de mes sociétés dans le cadre de mon activité professionnelle, et n'étaient pas destinés à me payer des voitures ou des costards! J'ai également été condamné à 4 ans de prison pour avoir consommé du cannabis. On m'a fait des analyses soi-disant positives 14 jours après mon arrestation, alors que je n'ai pas touché à ça depuis 10 ans. Dans sa décision, le juge écrit que cette peine très lourde était justifiée "compte tenu de la personnalité de l'accusé"».

Interrogé sur plusieurs affaires de vol et de détournement de fonds, notamment sur l'affaire des «intimidations» autour de l'enseigne française de magasins de bricolage, Bricorama, Imed Trabelsi concède à demi-mot ses méthodes quelque peu condamnables, «je ne suis pas un ange», pour ensuite faire entendre une conscience professionnelle le plaçant au-dessus de tout soupçon:

«Mais je travaillais 14 heures par jour, et la plupart de mes sociétés n'étaient pas bénéficiaires à leurs débuts. Je n'ai par ailleurs jamais tenté de saisir les biens d'autrui.»

Il reste que si le fond des propos peut correspondre au personnage, le niveau de langue utilisé laisse planer les doutes quant à la rédaction des réponses par l'interviewé. Réputé pour son niveau de français médiocre, certains Tunisiens estiment que le neveu du dictateur déchu aurait juste en partie dicté ses réponses rédigées par son avocat ou sa compagne.

Une volonté soudaine mais opportune d'Imed Trabelsi de revaloriser son image, qui passe par des compliments adressés à la population, «le peuple tunisien est dotée d'une intelligence innée», et par la promesse d'une vérité à venir qui, selon lui, permettra à chacun de «juger l'histoire de façon claire et équitable».

En attente de cette «vérité», Imed Trabelsi, dont la plupart des propriétés à Tunis notamment dans les quartiers populaires de La Marsa, sont désormais exploitées par la population, devra purger sa peine et comparaître devant les tribunaux militaires dans les prochains dossiers en examen. Tandis que le frère de Leïla Trabelsi, Belahssen Trabelsi, est toujours en fuite au Canada et que l'ex-président et son épouse son toujours exilés dans l'un des palais de Jeddah en Arabie Saoudite, du fond de sa cellule, Imed Trabelsi profite de l'anniversaire en demi-teinte de la révolution tunisienne pour faire entendre sa version dans l'un des quotidiens nationaux français les plus lus.

Lu sur Le Parisien, France soir

 

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