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Tunisie - Le niqab fait monter la tension à l'université

Sur le campus de l'université de Manouba, dans la banlieue de Tunis, un an après la chute de Ben Ali, souffle un air de révolution. Depuis plusieurs mois, professeurs et étudiants se livrent un combat sans armes autour d'une question: le niqab. Grèves et manifestations s'enchaînent pour réclamer le droit aux femmes d'assister aux cours et de passer leurs examens vêtues du voile intégral. Des revendications auxquelles les professeurs n'ont pas l'intention de céder.

Pour obtenir gain de cause, une trentaine d'étudiants a décidé d'occuper le bâtiment de la direction de la faculté des Lettres, des Arts et des Humanités. Matelas à même le sol ont remplacé chaises et bureaux. Ces étudiants, qui ne se considèrent pas comme des Salafistes, —des musulmans ultra-orthodoxes—, ont pourtant installé un matériel qui diffuse sans discontinuer des chants islamiques, fait savoir Télérama.

Cette situation inquiète de nombreux professeurs, parmi lesquels beaucoup femmes de la génération Bourguiba, et ferventes avocates de la condition féminine:

«Le niqab ne correspond pas à la tradition de la Tunisie! s'exclame une enseignante de français. Comment voulez-vous dialoguer avec vos élèves si vous ne pouvez pas voir leur visage?»

Un discours que Rafika Ben Guirat, professeur de marketing à la faculté de Manouba,  soutient d'autant plus vivement qu'elle a failli être agressée pour «tenue vestimentaire irrespecteuse». Alors qu'elle entrait faire cours dans un amphithéâtre, des étudiants ont protesté contre sa tenue.

«Mes étudiants m'ont suppliée d'arrêter le cours et m'ont escortée jusqu'à l'administration, raconte-t-elle à Télérama. J'avais pourtant une veste rouge, une robe blanche: les couleurs de la Tunisie!» 

Face à ces revendications, le directeur de l'université refuse de céder et a annulé cours et examens pour protester contre leurs méthodes. Etudiants, professeurs, manifestants: tous ont bien l'intention de ne pas se faire voler «leur» révolution.

Télérama rappelle que sous le régime de Ben Ali, ce campus excentré était déjà considéré comme un foyer insoumis, avec ses mouvements étudiants récurrents, ses grèves administratives, ses professeurss qui autorisaient le foulard —ultime signe de résistance alors que le pouvoir pourchassait les islamistes. Aujourd'hui, ce pôle universitaire composé de 26.000 étudiants, dont 60 % de filles, est le symbole d'une Tunisie postrévolutionnaire qui se cherche encore. Et semble cristalliser la question de la place qu'accordera l'université à l'islam avec la récente victoire du parti islamiste Ennahdha à l'Assemblée constituante.

Pour Neila Saabi, doctorante en Histoire à la faculté de la Manouba, la réponse est toute trouvée:

«Il faut réfléchir à de nouveaux modes d'engagement. Car si on ne trouve pas de solutions aux problèmes urgents, il ne faudra pas s'étonner de voir éclater une autre révolution, peut-être moins pacifique. Ça nous concerne tous, les hommes comme les femmes... »

Lu sur Télérama

 

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