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Carlo Ancelotti, Nasser al-Khelaïfi et Tamim bin Hamad al-Thani. Mohammed Dabbous/REUTERS
Carlo Ancelotti, Nasser al-Khelaïfi et Tamim bin Hamad al-Thani. Mohammed Dabbous/REUTERS

Quand le PSG drague le Maghreb

Les dirigeants qataris du PSG lorgnent sur le monde arabe du football. Leur plan de séduction implique l’arrivée d’un footballeur maghrébin dans la ville Lumière.

En juin 2011, quand le Paris Saint-Germain passait aux mains du cheikh du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani, les observateurs annonçaient une ère de changement. Quelques mois plus tard, l’expression paraît en-deçà de la vérité. En fait, sous l’égide du fond d’investissement Qatar Sports Investments (QSI, une ramification du fonds souverain Qatar Investments Authorithy —QIA), le club de la capitale fait sa révolution.

Sous l’impulsion du prince héritier du Qatar, dont l’ambition n’a d’égale que sa richesse, le PSG voyage dans un autre univers. Le voilà bien placé pour s’offrir un titre national qui lui échappe depuis 1994, en attendant de s’attaquer à la Ligue des champions, graal européen. Et pour que Paris atteigne les sommets, rien n’est laissé au hasard. La politique de recrutement entre autres, facteur déterminant qui n’a pas que vocation à renforcer l’effectif.

La signature de l’Argentin Javier Pastore, début août 2011 pour 42 millions d’euros (montant record en France), annonçait la nouvelle dimension du PSG. Les tractations finalement infructueuses pour attirer David Beckham le confirment. Car outre l’aspect sportif, l’Anglais ouvrait la porte à des perspectives inédites en termes d’image et de merchandising, notamment vers l’Asie, où le milieu de terrain est une idole qui fait vendre.

L’appétit qatari ne s’étend pas qu’à l’Europe et l’Asie. Le monde arabe est aussi une cible privilégiée de ces ogres que rien n’arrête.

Pourquoi le PSG s’intéresse-t-il au Maghreb?

En prévision de la Coupe du monde 2022 qu’il organisera, le Qatar scrute la moindre parcelle de visibilité. L’acquisition du PSG et son relooking marquent une étape importante. Depuis, c’est la chaîne de télévision nationale Al Jazeera qui est passée à l’attaque. Déjà diffuseur du championnat de France à l’international, le groupe s’est octroyé, pour 90 millions d’euros, un lot de droits télé sur la Ligue 1 en France pour la période 2012-2016.

Et l’homme à la tête d’Al Jazeera, Nasser al-Khelaifi (qui occupe également le poste de président de la Fédération qatarie de tennis ainsi que  celui du… PSG), n’est de toute évidence pas rassasié puisqu’il a destitué les historiques TF1 et Canal + de nombreux lots de droits de diffusion de la Ligue des champions en France (seule la chaîne cryptée a pu sauver les meubles). Montant de l’opération: 61 millions d’euros.

Pour promouvoir le filon du football européen et français partout dans le monde et notamment dans le monde arabe, les hauts dirigeants qataris ont donc besoin de produits phares, dont le PSG. L’objectif est clair: outre la volonté d’ériger le club parisien en géant, les Qataris souhaitent en faire une vitrine du ballon rond siglé Qatar. Un travail de longue haleine, l’aura du PSG étant encore dérisoire face à celle de clubs comme Manchester United, le Real Madrid ou encore le FC Barcelone (club sponsorisé par la Qatar Foundation).

Ramener le succès dans la maison parisienne est indispensable. Mais la stratégie de séduction est plus poussée. L’un des objectifs est d’incorporer à l’effectif déjà fourni de Carlo Ancelotti un joueur maghrébin, dans le but d’en faire une icône à laquelle les fans de football dans le monde arabe pourraient s’identifier. Une manière aussi de rendre hommage aux origines des nouveaux patrons.

Un joueur maghrébin: le cheikh dit oui, Leonardo dit non

Cette perle rare, Paris a cru l’a tenir, au cœur d’un été 2011 bouillant durant lequel le club a déboursé 85 millions d’euros dans le recrutement. Un véritable feuilleton s’est joué entre la formation francilienne, son propriétaire suprême Tamim bin Hamad al-Thani et son bras droit Nasser al-Khelaifi, le club anglais de Queens Park Rangers (QPR) et Leonardo, le directeur sportif parisien en charge du recrutement. Objet de l’histoire: Adel Taraabt, meilleur joueur de Championship (le championnat anglais de deuxième division) avec QPR.

Âgé de 21 ans, le milieu de terrain marocain sortait d’une saison remarquable outre-Manche. Suffisant pour séduire le cheikh du PSG, qui voyait en lui le meneur de jeu idéal pour Paris et la star espérée. QPR, de son côté, n’entendait pas laisser filer son joyau facilement. Prix fixé par Flavio Briatore, alors patron du club anglais: 13 millions d’euros plus divers bonus financiers. Rien d’insurmontable pour le chéquier qatari, d’autant plus que Taraabt était séduit par la perspective de rejoindre le PSG.

Mais, au souhait des deux parties se sont opposés les choix de Leonardo. Le technicien brésilien n’était pas très enthousiaste à l’idée de donner à Adel Taraabt les clefs du PSG sur le pré vert. A tel point qu’il a provoqué la colère de Flavio Briatore, tellement ulcéré par sa proposition (environ 8 millions d’euros) qu’il a préféré rompre tout contact avec le PSG. S’il a finalement recruté Jérémy Ménez et Javier Pastore à défaut de son compatriote Ganso, Leonardo a pris de gros risques... dont celui de contrarier son patron, réputé intransigeant.

La pilule fut difficile à avaler pour Taarabt. Mais, elle ne fut pas plus gouteuse pour Madjid Bougherra. Dans le viseur parisien depuis quelques temps, le défenseur central algérien des Glasgow Rangers en Ecosse était plus que jamais candidat à la tunique des Rouge et Bleu cet été.

Mais lui aussi s’est heurté à l'avis négatif de Leonardo, soutenu par l’entraîneur, d'alors Antoine Kombouaré. Le premier n’était pas emballé par Bougherra (il fit venir plus tard l’Uruguayen Diego Lugano) tandis que le second privilégiait le défenseur serbe Milan Bisevac (qu’il eut sous ses ordres à Valenciennes). Depuis, Madjid Bougherra s’est engagé à Lekhwiya SC, club champion du Qatar 2011, détenu par un certain… Tamim bin Hamad al-Thani.

Le Marocain Younès Belhanda (à gauche) face à l'Algérien Djamel Mesbah. Jean Blondin/REUTERS

Une autre piste défensive mène au Marocain Medhi Benatia. Peu en vue à ses débuts en France, le natif de la région parisienne a posé ses valises en Italie en 2010. Titulaire avec le club d’Udinese, il donne entière satisfaction dans la botte transalpine. Son profil séduirait le PSG et Leonardo, qui apprécie les joueurs de Serie A (championnat d'Italie). Benatia, formé à Marseille, est convoité par d’autres grosses écuries mais laisse la porte ouverte à Paris.

Dans la lignée d’Adel Taarabt, Younès Belhanda est une hypothèse des plus plausibles. Etincelant avec Montpellier depuis le début de la saison, le maestro Marocain serait une cible de choix pour l’avenir. Bien qu’il compte poursuivre pour l’heure dans l’Hérault (sud-est de la France), Belhanda ne cache pas son intérêt pour Paris.

«J’aime bien la ville de Paris, le stade. (…) Ça fait longtemps que je suis attiré par le PSG», a-t-il déclaré au Canal Football Club.

Reste à convaincre l’excentrique président montpelliérain, Louis Nicollin, ainsi que le nouveau coach parisien Carlo Ancelotti. Sans oublier bien sûr le rigide Leonardo…

Récent vainqueur du Ballon d’or algérien 2011, Ryad Boudebouz, qui évolue à Sochaux, est lui plus sceptique vis-à-vis du PSG. Suivi par plusieurs gros clubs, le milieu de terrain apprécie l’intérêt parisien mais ne semble pas enclin à rallier le Parc des Princes.

«C’est flatteur quand un club comme Paris s’intéresse à vous. Le PSG, ça m’intéresse comme n’importe qui. J’ai dit que ça m’intéresse un peu moins que les autres grands clubs de Ligue 1, Lyon Marseille, Lille. Tout simplement parce qu’au PSG, il y a beaucoup de très bons joueurs, et je n’ai pas envie de partir de Sochaux pour être sur le banc», a-t-il confié à L’Equipe.

Paris a-t-il tant besoin d’un Maghrébin?

Le raisonnement de Boudebouz soulève un débat. Car comme pour Beckham, la question de l’intérêt sportif se pose: le PSG et sa potentielle recrue maghrébine trouveraient-ils leur compte sur le terrain?

Grâce à la campagne de recrutement opérée depuis l’été 2011, les disponibilités dans le onze titulaire d'Ancelotti ne sont pas légion. A part, peut-être, en défense où seul le capitaine, Mamadou Sakho, semble indéboulonnable, les places sont chères. Et les Pastore, Nene, Ménez et autres Sissoko (en attendant de plus gros poissons) ne seront pas faciles à déloger.

Historiquement, peu de Maghrébins ont su s’imposer au PSG. Parmi les 14 joueurs issus du Maghreb à avoir revêtu le maillot parisien, seul Mustapha Dahleb (1974-1984) s’est hissé parmi les grands noms, lui, le troisième meilleur buteur de l’histoire du club. Derrière, aucun n’a vraiment marqué les esprits. Pis, depuis les départs successifs de Selim Benachour en 2005 et d’Hocine Ragued en 2006, le PSG n’a plus compté de Maghrébins dans ses rangs. Une situation qui pourrait changer dans les temps à venir… si tout le monde sait se montrer convaincant.

Nicolas Bamba


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Nicolas Bamba

Nicolas Bamba est un journaliste français, attaché au thème du sport notamment. Il a collaboré avec L'Equipe et Sports.fr

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