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Samuel Eto'o, le 13 février 2011. Giuseppe Cacace/AFP
Samuel Eto'o, le 13 février 2011. Giuseppe Cacace/AFP

Carton rouge pour Samuel Eto'o!

L'année qui s'est achevée ne laissera pas un très bon souvenir à Samuel Eto'o. Le capitaine et buteur du Cameroun en aura vu de toutes les couleurs en 2011.

Mise à jour du 30 juillet: La Fédération camerounaise de football (Fecafoot) a répondu favorablement à la demande du sélectionneur français de l’équipe camerounaise Denis Lavagne. Ce dernier ne souhaitait plus que l’international camerounais Samuel Eto’o, de retour dans le groupe après une suspension pour quinze matchs, porte le brassard de capitaine des «Lions Indomptables».

***

Ouf! 2012 vient de débuter et Samuel Eto'o peut enfin oublier 2011. Il faut dire que l'année qui vient de s'écouler n'a pas été rose pour le capitaine des Lions Indomptables, passé de buteur respecté à diva rejetée par ses propres fans et sa fédération.

Coupe du monde 2010, le début de la fin

Pourtant, en 2010, tout avait sourit à Eto'o, auteur avec l'Inter Milan d'un triplé historique Coupe d'Italie-championnat-Ligue des Champions, couronné d'une Coupe du monde des clubs et d'un Ballon d'Or africain. Une saison exceptionnelle que n'importe qui aurait eu du mal à égaler. Mais c'est finalement au cœur de l'été que le rêve a viré au cauchemar. En Afrique du Sud, le Cameroun rate complètement sa Coupe du monde. Et c'est déjà le début de la fin pour Eto'o.

Entre ce premier Mondial africain et 2012, un peu plus d'un an. Une saison et demi au cours de laquelle la cote d'Eto'o n'a eu de cesse de chuter. Lui, le capitaine du Cameroun, l'idole d'un continent, le héros de tout un peuple, l'enfant chéri du football, n'est plus en odeur de sainteté.

Tour à tour, Eto'o est critiqué pour avoir répondu à l'appel des pétro-dollars en signant à l'Anzhi Makhachkala et pour ne pas avoir qualifié le Cameroun à la CAN 2012 (son maillot est brûlé dans les rues de Yaoundé après avoir raté un penalty). L'attaquant voit son autorité remise en question, son attitude est décriée, et finalement, ce dernier est suspendu pour huit mois.... N'en jetez plus!

Pourtant, l'annus horribilis du natif de Nkon a tourné à l'acharnement en décembre quand la Fédération a tranché dans le vif: Samuel Eto'o peut faire une croix sur 2012 en sélection. 2013 aurait même pu être oublié si les quinze matches de suspension, une sanction franchement lourde, n'avaient pas été ramenés à huit mois. Celui qui est décrit comme le leader de l'affaire des primes de Marrakech ne ratera finalement que quatre rencontres.

Les Lions nous font une crise

Rappel des faits: pour les débuts de Denis Lavagne sur le banc camerounais, les Lions remportent la LG Cup devant le Maroc et le Soudan, tous deux qualifiés pour la CAN, et l'Ouganda. Des premiers pas probants pour une sélection moribonde mais qui, rapidement, tournent au vinaigre lorsque les joueurs refusent de se rendre en Algérie, quelques jours plus tard, pour y disputer une rencontre amicale face aux Fennecs de Vahid Halilhodzic.

En cause, le non-paiement des primes par la Fédération. Une grève menée en toute logique par Samuel Eto'o, le capitaine de la sélection, qui devient dès lors le lion à abattre. Mais l'opinion publique est divisée: d'un côté, les pro, qui soutiennent les Lions sur le principe; de l'autre, les anti, qui critiquent ces joueurs payés des millions qui refusent de jouer pour une poignée de dollars.

Et Eto'o, en tant que leader, cristallise toutes les attentions. Quelques semaines plus tard, la sanction tombe: quinze matches de suspension tandis qu'Eyong Enoh, le vice-capitaine, s'en tire avec deux petits matches.

Le buteur de 30 ans accuse un temps le coup avant de remonter en selle dans un entretien accordé à la chaîne camerounaise Canal 2 International.

«Ils sont tous corrompus, j'ai passé cinq années sans parler à Iya Mohamed (le président de la fédération camerounaise, NDLR). C'était de 2000 à 2006 et je n'étais vraiment pas d'accord avec la manière dont il gérait le football camerounais. Au lieu de s'occuper de notre équipe, il préférait détourner de l'argent. [...] Mais je dois accepter cette décision. Je suis Camerounais et comme n'importe quel Camerounais, je dois accepter d'être sanctionné.»

Si l'intéressé ne fait pas appel, le football camerounais monte au créneau. Pour une fois réunis sous un même étendard, l'ensemble des acteurs du ballon rond rouge, vert et jaune défend le porte-drapeau. A Yaoundé, des manifestations de soutien sont organisées tandis que Jean II Makoun et Benoît Angbwa, deux internationaux proches du joueur, refusent de porter le maillot camerounais tant que les sanctions ne sont pas levées.

Les anciens aussi répliquent. Les ennemis d'un jour deviennent des alliés et même Roger Milla défend l'avant-centre :

«Il s'agit d'un règlement de comptes. Les membres de la fédération ont compris que les joueurs de l’équipe nationale ne les supportent plus et ne sont plus avec leur manière de fonctionner.»

Même son de cloche pour Joseph-Antoine Bell, l'ancien gardien de but à la grande gueule.

«Tout le monde focalise sur l’attitude des joueurs qui est une réaction à une situation, personne ne va à l’origine de cette situation-là. Qu’est-ce qui a poussé les joueurs à ne pas jouer ? Voilà la vraie question. Et pourquoi cela est il arrivé ? […] Ils (Eto'o et Enoh, NDLR) ont fait quoi? Ils sont simplement dans leur rôle de capitaine. Vous ne pouvez donc pas leur appliquer une sanction individuelle autre que la déchéance du brassard. Ils ont représenté l’ensemble du groupe. Une équipe de football n’est pas composée de deux joueurs. Si le match n’a pas eu lieu, ça ne peut pas être uniquement la faute des deux. Si tous les autres ont suivi, ils sont tous majeurs et ce sont des joueurs de haut niveau. Donc, chacun savait parfaitement ce qu’il faisait. Si vous vouliez sanctionner, vous auriez donc dû sanctionner l’ensemble de l’équipe et éventuellement décider de changer de capitaine. Ce dernier est là pour représenter les autres. Et dans ce cas, il n’est pas logique de dire qu’on prive les capitaines de matches pour avoir représenté leurs partenaires.»

Eto'o, une affaire d'Etat?

La rue gronde, les fans menacent, les anciens parlent mais la Fécafoot reste de marbre. Toute la société camerounaise ne parle que de cette mutinerie. Jusqu'en haut lieu, l'affaire de la suspension de Samuel Eto'o inquiète. Personne n'est indifférent. Le chef de l'Etat, Paul Biya himself, est obligé de s'en mêler.

Sur ordre du président de la République, Philémon Yang, le premier ministre, aurait en effet rencontré le président de la Fédération afin de réclamer une certaine clémence, histoire de trouver une solution à cet épineux problème.

Si Biya a mis ses mains dans le cambouis, c'est également pour calmer le jeu. Sous pression, la Fédération fait marche arrière: de quinze matches, la sanction passe à huit mois, soit l'équivalent de quatre rencontres. L'année noire de Samuel Eto'o peut prendre fin. Même si la nomination de Rigobert Song dans le staff des Lions Indomptables n'arrange pas ses affaires.

Nicholas Mc Anally

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Nicholas Mc Anally

Nicholas Mc Anally. Journaliste spécialiste du football africain. Il a collaboré à Afrik-Foot.

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